‹ Le Valet par circonstance, ou, Le panorama de quelques maisons de Paris vues dans l'intérieurChapitre 14 sur 19 · LEGE H · texte numérisé non relu

LEGE H

Il fallait donc le dire et le prouver. Continuons : « Cet être tire tout de ?) lui-même , et ne donne aux êtres » qu’il forme de sa substance que ce » qui convient à chacun d’eux, sui- » vant leur nature : de manière qu’il » est tout en eux et qu’ils sont tout » en lui; ce qui fait qu’il n’y a dans » toute la nature, a parler exactement, » qu’un seul être, une seule substance, a qui est toujours la même, quoi-

» qu’elle se présente à nos yeux sous » des formes differentes ; formes qui » semblent étrangères les unes aux » autres, mais qui, au fond, dérivent » toutes de la même source et d’un » seul et même élément.

» Cet être élémentaire , dont la lu- » mière , toute simple quelle est , ne » nous donne encore qu’une idée très- » imparfaite , est tout à-la-fois la cause, » le cqinmencement et la fin , causa » et ejfectus , initium et finis, réunit » les contraires, en ce qu’il produit » le jour et les ténèbres , le chaud et »y le froid, le sec et l’humide, la ma- » tière subtile et la matière gros- » sière, le corps et l’esprit, le bien et » le mal ; mais c’est précisément de » ces contrariétés, de ces différences » essentielles et nécessaires que ré- » suite la nature des choses , qui ne » sont telles que nous les voyons que

» parce qu’e'tant soumises aux lois de » la statique et delà nécessité, il n’est » pas possible qu elles puissent exister » autrement ».

J’espère que , pour cette fois, votre principe avoue qu’il est soumis à des lois telles qu’il n’a pu faire autrement.

Le vôtre a-t-il fait mieux ? peut-il empêcher qu’un bâton n’ait deux bouts?

L £ G E Ri

C’est pour cela qu’il s’appelle bâton ; mais c’est lui qui l’a fait ainsi pour distinguer d’une manière sensible le fini de l’infini : au surplus trouvez-vous mon analyse exacte?

CANTINI.

Jusqu’à présent très-exacte.

L E G E Ri

Si vous n’en eussiez pas convenu ,

je vous aurais confondu , car c’est votre préface que j’ai citée textuellement.

CANTINI.

Vous avez une heureuse mémoire.

LÉGER

L’effort n’est pas considérable, car je louche au tenue de ce qui me reste à citer pour faim connaître votre système. f

« L’être élémentaire étant donc le » premier et le principal agent dont la » nature se compose, a, sans contre- » dit , un pouvoir sans bornes comme » son existence et sa durée ; mais il » n’a, et ne saurait avoir ni pensée, » ni entendement, ni volonté, ni des- » seins. Etant simple et n’ayant point » d’organes, il ne peut ni voir, ni en- » tendre, ni vouloir, ni sentir, ni par- >) 1er, ni penser; il n’a que la puissance

)) d’agir et la propriété du tact, fa- » cultés qui tiennent à son essence , » ne jouissant des autres avantages » que dans les êtres qu’il a formés de » sa substance et auxquels il a donné » des organes et des sens assez bien » combinés pour qu’ils puissent jouir , » pendant un temps limité et relatif » à leur constitution individuelle , des i> avantages précieux dont l’espèce hu- » maine est éminemment et inégale- » ment douée.

» L’homme n’a pas seulement reçu » de la nature des yeux, des oreilles et » un tact merveilleux qui le met à )) portée de faire tout ce qu’il imagine y et ce qu’il juge devoir lui être utile; « mais il a de plus le don de la parole , n et un sens intime auquel se reporj* tent toutes ses sensations. Ce sont ces n facultés qui lerendent capable de por- » ter son jugement sur les objets dont

» il est environné, et sur tous ceux » auxquels son imagination peut at- » teindre; et sous ce point de vue il » est l’organe de l’Être-Suprême , et » peut être regardé non - seulement » comme le plus parfait des êtres » créés , mais comme une divinité vé- » ritable, émanée de la grande puis- » sance qui vit en lui : Ego dixi et » vos dii estis es Jilii excelsi omnes . » Qu’il est grand, qu’il est sublime, » le privilège de l’homme, qui lui per- » met de nommer et d’admirer son » créateur, lequel ne peut lui parler, » ni le voir, ni l’entendre, et qui n’a » que le pouvoir de l’admirer ! »

Tels sont, Messieurs, la substance et le but du poème de l’Ether, où l’on voit que le fluide qu’on suppose remplir l’espace, car, par Éther, nous n’entendons pas autre chose, est le principe qui, incapable de sentir, de vouloir,

de parler , de voir , ni d’entendre , a crée' par son aveugle instinct la matière, et doué l’homme des facultés que luimême il n’a pas. Mais je meurs de soif : permettez-moi de reprendre haleine et de boire.

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