XVI II
Va ton chemin, mon pauvre cœur.
Dans le soir rempli de fumées ; Toutes les maisons sont fermées, Suis la lune, mon pauvre cœur.
Ainsi je cours après la lune Comme après ma fuyante image ; Elle est au fond de l'ombre brune Ou dans l'eau se dérobe et nage.
J'attends ; mais aujourd'hui encor Nulle lèvre de soie et d'or Ne se clora sur mon visage Pour un consolant mariage.
Ainsi je marcherai toujours ; Et mon âme appelle au secours, Mais qui ? Le soleil s'achemine Et suit sa route de collines.
MÉLA>'COLIE
Pourtant, je veux chanter aussi Comme une abeille sans souci Et rire aussi comme une abeille Sur un rosier qui s'ensoleille.
Je suis triste comme la plaine Et joyeuse comme l'abeille Dans le jour qui souffle une haleine Embuée autant que vermeille.
Peul-êlre serai-je plus gaie Quand, dédaigneuse du bonheur, Je m'en irai vieille et fanée, La neige au front et sur le cœur;
Quand la joie ou les cris des autres Seront mon seul étonnement Et que des pleurs qui furent nôtres Je n'aurai que le bavement.
Alors, on me verra sourire Sur un brin d'herbe comme au temps Où sans souci d'apprendre à lire Je courais avec le printemps.
Le bonheiii' est mélancolique, Le cri des plus joyeux oiseaux Paraît lointain comme do l'eau Où se noierait une musique.
A l'œil qui s'en repaît longtemps La couleur des fleurs est moins fraîche ; L'herbe a parfois l'air d'être sèche Sur le sein même du printemps.
L'allégresse comme un mensonge Hausse sa note d'un degré Et l'angoisse au cœur se prolonge Sous un jour trop longtemps doré
J entends tout bas pleurer les roses, Les branches vertes, l'eau d'argent ; Mon pauvre cœur tant indigent Est plus sûr de ses jours moroses Que le lac ne l'est de son eau Calme où nagent des feuilles rondes El que l'amour du jeune oiseau Ne Test des ramures profondes.
XXÏV
Langueur pure, douce harmonie Des pelouses et des sentiers, Les crapauds chantent dans ma vie Avec leurs violons mouillés.
\xv
Les mélancoliques crapauds Avec leurs violons sous l'eau Font une musique à la lune.
O crapauds, vos violons verts Faits d'eau morte et de cristal clair Sont cachés sous la mare brune.
La lune est au milieu de vous Dans l'eau et son visage doux Pleure la pâle destinée D'une musique insoupçonnée.
XXVÏ
La lune blanche au rire éteint Glisse dans l'air où rien ne pèse ; On entend le frisson lointain D'un long murmure qui s'apaise.
L'heure est si pure qu'on dirait Que la montagne est transparente Et que les arbres dilués Sont les reflets d'une eau dormante.