‹ Le vallonChapitre 4 sur 8 · XX VU · texte numérisé non relu

XX VU

Après moi celui qui viendra Sur la route grise et poudreuse Verra l'empreinte de mon pas Dont l'argile un instant se creuse, Mais ne se demandera pas Quelle peine appuya ce pas Sur la route silencieuse.

Les corbeaux qui suivront de près Ma marche indolente et menue, Assis en cercle dans les prés Sous un ciel de brume chenue, Auront l'air d'un peuple étranger Qui complote de me manger Quand la lune sera venue.

Le merisier sous le brouillard Aura sa rouge chevelure Pleine d'oiseaux donl le départ Est annoncé par la froidure, Et ce merisier émouvant Comme une personne inconnu© Se dressera pour ma venue Avec sa chevelure au vent.

.le verrai s'éloigner la lune Comme un oiseau dans le brouillard, A l'heure où la blême infortune Me pressera pour le départ.

Et l'arbre me dira : Demeure, Pourquoi partir? Rien n'est plus doux Que raulomue blonde qui pleure Avec ses fouilles dans ton ron.

C'est vrai, c'est vrai, ma chère automne, Vous revoilà. Mon cœur aussi A des feuilles qu'il abandonne Au vent sur le gazon jauni.

MELANCOLIE ir,9

XXXIÏ

Le vent glacé lord mes cheveux Sur la route et fait pleurer l'ombre ; Je me sens seule sous les cieux Où chavire la terre sombre.

Les murs et les chemins sont froids, Les maisons sont noires et mortes ; Je me sens prise malgré moi Dans les feuilles que Tair emporte Et le sol chavire sous moi.

Ma maison est assise au venl Dans une plaine sombre et nue Comme un tombeau pour un vivant Où s'agite ma chair menue.

Les longs brouillards viennent frôler Au soir ma porte solitaire, El je ne sais rien de la terre One ma tristesse d'exilé.

MELANCOLIfc. 171

Je sors lorsque la nuit descend,

Quand les monts sont noirs sous Tair pâle

Et que les pins en gémissant

Couvrent mes pas dans leur rafale.

Je sors sans héroïque espoir

Pour glisser dans l'ombre mon âme

Quand la lune courbe sa flamme

Comme une lampe au vent du soir.

Arbres, montagnes, champs neigeux,

Je vous vois naître Dans un rayonnement laiteux

A ma fenêtre.

Le jour passera somnolent

Sans autre fête Que l'averse des flocons blancs

Lente et muette, Et grave, je m'étonnerai De quelque livre Où les jours tièdes et dorés

Aident à vivre.

Tant mes regards s'habitueront

A voir descendre L'averse molle des flocons

En froide cendre.

Le ciel est plus gris qu'une feuille morte Oui traîna longtemps dans la boue et Teau; Les rameaux menus que le vent emporte Sont les os du pin et ceux du bouleau. On entend couler ainsi que des larmes Quelques gouttes d'eau dans les rochers noirs ; Cet instant glacé a pour moi des charmes. Il ne change rien à mes désespoirs.

Rien ne me rebute et rien ne m'attire ; L'hiver me sourit dans ses jours neigeants, Et quand il viendra, je laisserai rire Le jeune printemps.

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Lorsque l'eau voudra, lasse d'être morte, Tordre ses cheveux d'algues au soleil.

Le vent du printemps poussera ma porte Et me tirera de mon long sommeil.

Il me dira : Viens, prends ma main légère, La neige a fondu, les toits vont fleurir, Une jeune mousse a caché sous terre Avec son tapis le vieux souvenir.

L'ombre est transparente entre les ramures. Ton cœur doit souffrir d'un hiver si long. Entends l'eau chanter argentine et pure Comme un rossignol. — Je dirai : Allons. Et peut-être alors en mon cœur qui pleure J'entendrai piailler de petits oiseaux Qui ne veulent pas que le printemps meure Dans ma chair trop jeune et seront éclos.

Alors je serai comme une malade Qui traîne ses pas dolents dans les fleurs. Une odeur de ciel lumineuse et fade Montera, pareille au sang, dans mon cœur ; Les feuillages clairs mouillés par la pluie Laisseront tomber leurs pleurs sur mon front El cette fraîcheur mettra dans ma vie Le calme léger et vert d'un vallon.

Dans son coin profond d'ombre verte

Fleurit la digitale rouge ;

Toutes ses clochettes ouvertes,

Elle éclaire l'ombre et ne bouge.

Elle est une âme seule et qui brûle sans bruit

Dans sa douleur et dans la nuit ; Mais la douleur la tient loin du jour qui dessèche

Et sa flamme est fraîche.

Quand il a plu sur le jardin, Quand toute l'herbe est arrosée Et qu'un pleur fait sur chaque brin Trembler sa goutte de rosée, J'aime qu'un rayon lumineux Traverse la plaine mouillée Et répande le jour laiteux Dont chaque corolle est baignée.

Souvent le cœur qu'on croyait mort

N'est qu'un animal endormi ;

Un air qui souffle un peu plus fort

Va le réveiller à demi ;

Un rameau tombant de sa branche

Le fait bondir sur ses jarrets

Et, brillante, il voit sur les prés

Lui sourire la lune blanche.

MELANXOLIE 179

XLÏI

Dans les prés pleins de scabieuses Sous un ciel pâle et sans éclat, Mon Ame autrefois plus rieuse Apprend à sourire tout bas.

Elle apprend à taire sa peine Et sa robe couleur du temps Est un nuage qui se traîne Et so miro dans les ôlangs

XLIÏI

Comme la lumière apaisée

De l'âme est plus sereine à voir

Que celte jeunesse embrasée

Agitant un faux désespoir.

Je ne cherche plus dans les landes

L'odeur trop forte des lavandes ;

L'aile flottante du brouillard

Me donne un parfum de départ.

Elle m'exile, me soulève

Dans le sommeil d'un demi-rêve

Et ne garde d'un vain plaisir

Que la douceur du souvenir.

MELANCOLIE ISl

Aussi quand le soleil se lève Sur ma campagne nuageuse, Voyez quelle verdure heureuse Repousse l'écorce et la crève.

La source qui fend les rochers Baigne la pervenche pourprée ; De l'herbage qui la cachait Sort la primevère étonnée

Et le printemps qui paraît nu Dans sa robe de lin mouillée Souffle un air do brise inconnu Plus frais que l'aube révoilléo.

Douce chanson, claire chanson, Tu sors de mon âme elle-même, Comme la rose hors du buisson Penche sa pourpre qu'elle sème.

Tu nais grave comme le jour Avec un lumineux silence Où le rêve de ton amour A le calme d'une eau qui pense, Et tu rejoins si purement Les voix de l'ombre et de la plaine Qu'on ne distinguo pas le venl Ni les parfums de ton haleine.

Comme les jours dorés sont longs

A s'endormir dans les vallées ;

Les massifs d'arbres sont moins blonds

D'où la clarté s'en est allée ;

Mais il traîne sur les rameaux

Comme une vapeur de lumière

Et la nature tout entière

A l'air de se noyer dans l'eau

De la lune rose et légère.

XLYII

Ici peu d'abeilles dorées ; Mais de petits papillons noirs Fleuris sous les sombres nuées Volètcnt dans la paix des soirs Gomme des ombres de pétales Au-dessus du seigle vert pâle.

Tel un vent qui viendrait des bois Mon pas les chasse devant moi, Léger troupeau qui se rallie Conduit par ma mélancolie.

Au milieu des hautes fougères Dont la dentelle verte éclaire L'ombre penchante des ravins, Je sentais les plantes légères S'attacher souples à mes mains Comme des toiles d'araignées Faites de feuilles ajourées.

186 LE TALLON

Dans ce long ravin de fougères Où je m'achemine en rêvant Tout le silence de la terre S'est endormi comme le vent.

Un fin bouleau d'écorce blanche, Plus léger qu'un saule, se penche ; Sa retombante chevelure Faite d'une grêle ramure Où l'on aurait jeté des feuilles S'incline jusqu'à la fougère, Et je vais, laissant au mystère Cette fraîcheur qui se recueille.

Dans ce clair réduit de fougères Où la digitale est en fleur, Allons nous reposer, mon cœur, Des sécheresses de la terre.

Je m'avance sous l'ombre verte, Pure comme une âme entr'ouverte Dont le silencieux vallon S'allongerait dans ce bas-fond.

Il me semble toucher mon Ame En caressant les frais rameaux Oui font avec une odeur d'eau Soupirer leurs tranquilles palmes.

Comme j'allais dans les fougères Dont mon front rêveur est frôlé, Un doux oiseau s'est envolé De sa ramure familière.

Et mon pas s'éloigna sans bruit Pour laisser à la verle nuit Qui sur lui descend du branchage Cet oiseau dont le trille pur Comme le regard de Tazur Pénètre l'ombre des feuillages.

MELANCOLIE ISλ

LU

Dans les pins élégants et hauts

L'azur blanc pénètre Plus brillant que dans les bouleaux

Ou que dans le hêtre.

O bois de pins, colonnes fines Qui nombreuses vous balancez Sur le flanc pâle des collines, Souvent je vous ai traversé ; La lune sur vous verte et douce Se suspendait et je sentais, Calme navire aux mâts légers, Remuer votre sol de mousse.

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