‹ Le vallonChapitre 5 sur 8 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

0 pin, colonne nue Qui s'achève en sombre verdure,

Vous êtes sur la nue La solitude hautaine et pure.

MELANCOLIE l'H

Quand je partirai, paysage, Ma douleur d'ici sera morte, Et j'irai vers un autre orage Avec une raison plus forte.

Où mes yeux se poseront-ils, Sur quelles feuilles éclairées Plus douces à l'âme en allée Que celles du dernier exil ?

Le cercle sombre des montagnes Entoure un ciel de pâle azur ; C'est le temps où dans les campagnes Le seigle et les orges sont mûrs.

Les alouettes inquiètes Frôlent la graine des épis Et les petits des alouettes Trébuchent en dehors du nid.

La terre blonde qu'on moissonne A plus de clarté que le jour ; L'air est fumeux comme en automne Et l'aurore est sur les labours.

Le paon triste annonce la pluie:

Ce soirencor tu i)leureras, 0 mon ciel de mélancolie ; Un voile gris le couvrira, Noyé d'une averse infinie ; Puis l'arc-en-ciel s'arrondira D'un bout à l'autre des collines, Sa lueur rose éclairera Les feuilles humides et fines De mon jardin et s'éteindra.

Le ciel et la terre sont noirs Mais sur les montagnes ombrées Le soleil qu'on ne peut plus voir Allonge une lueur dorée.

Le reflet d'un oiseau a traversé l'étang Et dans l'eau j'ai cru voir un ciel de mon enfance Où le rondeau joyeux des martinets s'élance Par un soir de printemps.

Etang, ciel du passé brumeux de souvenirs, Ciel reculé et bas enfoncé dans la terre.

Je suis dans ma blanche maison, Affairée autour de la table Et j'entends piailler le jour blond Qui remplit la fenêtre aimable.

Quand plus fort grésille le feu Qui m'appelle aux chaudes cuisines, Mon regard frôle ton air bleu Où respirent des branches fines,

0 ma fenêtre, et ton baiser De feuillage dans la lumière Vient sereinement se poser Sur ma pauvre âme prisonnière.

Quelquefois sur le seuil de pierre J'écoute, pensive, le chant Des martinets, delà lumière Et des guêpes brunes du champ.

Le jour dans sa ronde joyeuse D'ailes, de feuilles et de cris Bat ma maison silencieuse Comme un nid de chauve-souris.

Mais qu'autour de moi l'heure vaine S'illumine d'un temps si pur, Je suis grave et même sereine D'avoir l'ombre en mes quatre murs.

LXÏ

Je suis dans ma maison chérie D'où je vois les jours s'écouler ; Tour à tour soleil, brume, pluie Vont rire, fondre et s'envoler.

Ah ! que de soirs dont je recueille Le dernier soupir plein d'azur Et que d'abeilles, que de feuilles Tombent mortes le long du mur.

Pourquoi toutes ces morts légères

Autour de moi Dont l'aile est aussi passagère

Que Tair des bois?

Tandis que mes heures dolentes

Fauchent les jours, Il me fauche aussi, triste plante,

Le temps qui court.

J'arriverai dans la tempête

Et mon bras nu N'aura pas la feuille que jette

L'arbre tordu.

Sur le cercle des monts veloutés d'herbe fine L'azur est immobile et sans ombre aujourd'hui Et je crois cheminer sous la voûte opaline D'une bulle légère, immense et qui reluit. 0 beau soir lumineux, une lune rêveuse Va s'élever dans l'air toute pâle et roulant Et, la terre fondant de clarté vaporeuse, Je me sentirai pure et dans un pays blanc.

MELANCOLIE gOl

Ah ! ne me croyez pas pleureuse, Je suis sereine sous le jour Comme dans l'herbe qu'elle creuse Une source à l'eau de velours.

Je reflète avec un temps sombre Les nuages et l'arbre noir, Mais j'aime mon silence et l'ombre Qui s'incline sur mon miroir.

Que serais-je, ô triste pensée, Sans ton aile grise à mon dos, Dont je me sens plus caressée Que d'un voluptueux manteau ?

MÉLANXOLIE 303

Mélancolie, ô ma colombe

A l'œil tendre, à la plume grise,

Toi qui me suis quand le jour tombe

Vers l'étang que la lune irise ;

Toi qui becquetés mon bras frêle

Comme une sœur encor mutine

Et dont le baiser me rappelle

L ongle pointu d'une main fine.

Ce soir j'ai ri, vois-tu, d'un rire qui s'écoute, Pour rire, pour sentir entre mes froides dents Cette gaîté qui tombe en perles goutte à goutte Avec un tremblement.

Parfois de crépuscule pleine Avec la lune sur le cœur, J'ai Tâme flottante et sereine

Du jour qui meurt.

Je vis sans rêve, sans pensée, Comme doit vivre une colline Sous l'ombre bleue et traversée

De vapeur fine.

J'ai senti clans la plaine Mon ombre vivre autant que ma personne humaine Qui me semble sur l'herbe un mirage jeté Par un rayon solaire au milieu de Tété.

Parfois dans mon miroir où larde l'indolence

Je m'apparais songeant sur un fond de silence ;

La fenêtre d'en face y fait danser sans bruit

Son feuillage d'été que la brise conduit ;

Une bruine d'or s'effrite sur mes tempes.

J'ai le cadre fumeux et léger des estampes.

Alors de ce tableau de rêve où peu à peu

Les formes et le jour s'accusent moins ombreux,

Je palpe en hésitant la prochaine atmosphère

Comme un pan d'horizon détaché de la terre ;

Et mon âme indécise et qui se débattait

Entre mon être morne et mon pâle reflet

Me fuit. Je sens soudain que sa chaleur me quitte

Et que c'est le reflet seulement qu'elle habite.

Le 6oir, au soleil je m'assieds

Devant ma porte ; Le jardin, les arbres fruitiers,

l.a brise forte Soufflent jusqu'à moi la rumeur

Des tièdes feuilles Sans que mon immobile cœur

En lui l'accueille.

Je devine les coteaux mous

Oui se prolongent, Sur l'étoffe de mes genoux

Mes mains s'allongent Et je m'abîme à regarder

Ces deux mains frêles Comme si mon corps tout entier

Était en elles.

Parfois je ne suis plus que deux jambes marchant. Qu'une main qui chavire au fil d'une rivière, Qu'un œil mouillé de pleurs qui regarde en arrière.

Lentement je m'exile et je sors de moi-même, Mon front m'est étranger et j'ai peur de ma main.

Bouleau léger qu'un souffle immobile balance Dans la langueur du soir, je ne suis que silence,

Feuillage sourd, corolle aveugle, herbe levante Qui vivent lentement d'obscure volupté,

Et fraîcheur, pureté,

Caresse vaporeuse Qui traverse en rêvant la paix mélodieuse.

MELAN'COLIE 211

Vers cet espace calme où tourne l'hirondelle Et qui ne connaît pas le cri des chairs mortelles, Portez-moi, longs soupirs des oiseaux et des branches, Que je coule dans l'air avec le vent muet.

Leur essor me soulève en sa fuite endormie Au-dessus du bonheur, ô ruisseau d'harmonie..,

O sonore ruisseau, musique aérienne Où l'âme se balance en son éternité, Calme enveloppement de lumière lointaine Aux pâleurs de l'été.

Je ne suis qu'un soupir émané de la terre.

MFLANCOLTE 213

Mon ombre, ô compagne légère Comme l'ombre d'une fougère...

Ombre, fantôme de ma vie Qui partout me suit en chemin, Souvenir et mélancolie De mon destin ;

C'est moi qui t'attache à la terre,

Pesant lien, C'est ma chair lourde, ombre légère,

Qui te retient.

Étendez mon ombre à mes pieds Si vous dessinez mon image, Elle est le miroir familier De mon passage.

0 nuit verte de la vallée, Souviens-toi de mon pas traînant, Que la feuille par moi frôlée Garde dans son gémissement Le silence d'un cœur vivant Et sa mélodie isolée.

O vallon où je m'environne De fraîcheur et d'humidité, Mon âme tranquille te donne Le silence de sa beauté.

Elle est faite de ton feuillage, De ton ruisseau triste et mouvant, Et c'est de ce léger passage Que le vient ton apaisement.

J'aurai trouvé l'apaisement A me fondre avec le murmure Et le rêve de la nature Dans son musical flottement;

A mourir comme fait la brise Dont s'éloigne le clair réseau, Nuage indolent qui se brise, Chute de feuille, reflet d'eau.

MLLANCOLIE 217

Si vous venez sous mes ombrages, O voyageurs, vous reposer, Goûtez la fraîcheur des nuages Où glissent mes plus doux baisers ; Écoulez les feuilles luisanles Remuer avec un bruit d'eau Au-dessus des sources dormantes Où mon rêve sobre est enclos.

Sous la lumière atténuée Cheminez sans voix et gardez Le souvenir de ces nuées Oui caressent les noirs sommets Dans la pluvieuse buée.

21 s LE VALLON

Mon cœur, ne te réveille pas, Dors sous les ombres lumineuses ; Tu n'es pas mort, tu vis tout bas Dans la nature harmonieuse.

L'air ne semble-l-il pas dormir Sur la campagne somnolente?

Oh ! comme la vie est fuyante Avec son pâle souvenir.

MEI.ANCOLIK 219

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