XXXII
Comme un tumulte dans la brume Les cris sont effacés et mous ; L'air déplace dans ses remous Les sourires et l'amertume Et reste lumineux et doux.
Une vapeur mauve et légère Du ciel bruinait sur les monts Sa lueur caressait la terre Et la profondeur des vallons; Sur la verte et rase prairie Elle s'allongeait en fumant.
Fraîcheur qui pénètre la vie, Mollesse de l'ombre et du venl, O paysage, instant de calme.
Paysage qu'on voudrait mettre Dans un cadre au faîte arrondi Et simple comme une fenêtre Ouverte sur le jour pâli.
MELANCOLIE 2i?l
Comme un plus sombre azur dans le jour qui s'éteint
Les monts sont d'un bleu noir et léger.
C'est le moment, mon cœur, de descendre au jardin
Oublier les soins ménagers.
Pauvre ûme, laisse là l'ennuyeuse misère ; Vois courir sur les champs les nuages courbés. Vois, le ciel est si bas qu'il va toucher la terre
Comme pour t'absorber.
l.V VAIXON
Écoute Talouette au foud du ciel perdue.
MLLANCOLIE 223
Le soir fugitif a passé
Dans un instant bleu de lumière.
La nuit descend et l'on dirait
Qu'elle a toujours voilô In terre.
O souvenir, ù jour doré,
Ai-je touché ta main légère?
Te voilà dans les bois, Nuit douce et blanche, Et ton ombre se penche Autour de moi.
Tout à rheure, mauves de brume, Les pins veloulaient le coteau Et Tazur était comme une eau Vaporeuse où la lune fume.
Mais rien de Tinstant lumineux Dans ces espaces ne demeure.
Ainsi Tâme ferme les yeux Sur sa peine afin qu'elle meure.
MFL\NCOLIK
LXXXVIÏl
Le lis pousse dans le jardin Avec cette fleur de lupin Dont l'odeur céleste s'épanche Et la lueur du pâle été Nimbe en poussière de clarté Leurs liges blanches.
22f» LE VALLON
De tristes pavots effeuillés Sont tombés sur le sol mouillé Dans la pluie et le vent d'orage.
Des gouttes d'eau pleines de feux Jettent de minces rayons bleus
Sur le feuillage :
Ces gouttes sont le seul éclat Du jardin qui pleure tout bas
Après l'orage.
Arbres qu'on n'a pas ébranchés, Arbres, colonnes de feuillage Droites et fines sur les prés, Quelle fraîcheur de paysage M'est apparue à votre image, Vous dont les rangs sont séparés Parla lueur verte des prés.
O prairie où je me promène, Le verne jusqu'à Therbe étend Son feuillage humide qu'il traîne
En miroitant.
Avec le frêne et le bouleau Il cache une obscure rivière Qui ne révèle de son eau Que la voix claire.
MELAN'COLli: 220
Bois de bouleaux léger sur moi, Jamais ce tombeau de dentelle Que je visitais autrefois Dans son silence de chapelle, Jamais ces grêles clochetons Élevant leurs pierres feuillues Ne vaudront les ombres menues Que tes rameaux pleureurs me font.
Va, mon âme, promène-toi
Dans la nuit verte des ramures,
Nul n'écoutera mieux ta voix
Que le silence et la nature,
Nul ne pleurera mieux sur toi
Que le murmure du feuillage
Et que les larmes de l'orage
Qui s'égoutte aux branches des bois.
Le soleil s'est levé lentement ce matin, Il a fondu la brume et la lune pâlie; Un rayon qui me vient du lumineux jardin Couvre de sa clarté ma table rajeunie.
Ma fenêtre s'emplit de murmure et d'oiseaux Et sans la regarder je la devine ouverte Sur le jardin voilé d'un humide réseau D'haleine matinale et de ramure verte.
Ouand je me suis levée avec le petit joiu-,
Au coin de la vitre bleutée La lune toute ronde et d'un pâle velours
Penchait sa figure elîacée.
La brume caressait les arbres du lointain
Dans son eau tranquille et brouillée ; Du fond de l'horizon une hirondelle vint
Reconnaître l'aube mouillée.
Elle glissa. Le givre avait blanchi les prés,
Et toute mon âme saisie, J'écoutais sous le ciel le murmure ignoré
D'une flottante mélodie.
MELANCOI IK
0 mes fougères, j'ai passé Dans votre vallon immobile ; Le jour lentement eiTacé Inclinait son azur tranquille Dans le ramage des bouleaux Et sur vos feuilles de dentelle Que des reflets bleus comme une eau Couvraient d'une teinte irréelle :
Mes tristes mains ont caressé Lentement dans le soir tranquille.
Larges fougères immobiles, Votre feuillage et j'ai passé.
Je marchais. La nuit est venue Entre les colonnes menues Des pins et des bouleaux pleureurs.
Nés de la brise et du silence Sur les seigles en somnolence Volaient des insectes frôleurs.
Les feuilles se sont effacées Comme des lumières sans bruit Et je n'ai plus vu dans la nuit Qu'une ombre verte balancée.
MELANCOME 23r
XCYIII
Le soir est descendu sur moi, Sur la vallée et dans les bois.
Dans un réduit de feuilles claires Les bouleaux penchaient vers la terre Leurs troncs veloutés de blancheur.
Une clochette dans sa fleur Se balançait, mauve et légère, Sur une mousse de fraîcheur Avant d'éteindre sa lumière.
XGIX
En revenant sur le chemin J'avais un bouquet de clochettes Mélangé d'une herbe en aigrettes, Et je relevais dans ma main.
Or, je vis la lune descendre Toute petite dans les fleurs Et plus mauve de leurs couleurs.
0 bouquet gracieux et tendre, La lune a tenu dans ton cœur Et sur ma table solitaire Tu garderas dans ta fraîcheur Le silence de sa lumière.
Nuit enveloppante et frôleuse, Tu prends les pins et les vallons, Mon jardin luisant, ma maison Et mon âme silencieuse.
0 bonheur des sources tranquilles, Vents apaisés, jours immobiles, Je marche dans votre clarté.
Je ne ride pas l'eau dormante En passant ni la brise errante Ni la beauté.
J'ai pris les étangs, ils sont là Avec leur face miroitante, Le ciel d'été rêve tout bas Dans cotte page murmurante ;
La fleur est là, le jour est là ; Je les ai pris sans mots ni poses Et l'arc-en-ciel met sans éclat Son cadre humide sur mes roses.
cm
Adieu tristesse, adieu bonheur; Adieu jeunesse, adieu misère.
Je pénètre l'âme des fleurs, De Tunivers, de la lumière.
Le vent m'emporte en murmurant, Je suis sur la blanche atmosphère Prise dans réternel printemps Qui se balance sur la terre.
Imilez mon tranquille essor, Mon sommeil au-dessus des âges, De la misère, de la mort
Et des orages ; Bercez-vous du rythme serein De l'enveloppante harmonie.
Vapeur blonde ou brouillard chagrin Sur la prairie.
Pûle amour et pâle terreur, Couple enlacé loin de mon cœur
Sous un ciel sombre, Entends la rumeur de mon chant, Vague abeille au-dessus des cliamp.^
A travers Fombre.
Mr.T,\Nr,()i.iF, -ji.