‹ Le Vallon-MillyChapitre 10 sur 13 · l'iriiilrrrs iiiiilildlions. teccoiuic piél;ue. XWIII · texte numérisé non relu

l'iriiilrrrs iiiiilildlions. teccoiuic piél;ue. XWIII

cipc dans le recueillement que cette intimité favorise et où se révèle à nous-mêmes ce que notre cœur et notre esprit contiennent de plus profond et de plus pur. « Le plus souvent, — dit-il en racontant comment il devint poète, — je rentrais à la campagne pour passer le mélancolique autonme dans la maison solitaire de mon père et de ma mère, dans la paix, dans le silence, dans la sainteté domestique des douces impressions du foyer.... Tantôt, courant les forêts, soulevé par l'enthousiasme intérieur qui me dévorait, comme porté par un esprit qui empêchait mes pieds de toucher le sol; tantôt assis sur une roche grisâtre, le front dans mes mains, écoutant, avec un sentiment qui n'a pas de nom, le souffle aigu et plaintif des bises d'hiver, où le roulis des lourds images qui s(! brisaient sur les angles de la montagne ou la voix aiTiennc de ralou('lt(! que le vent emportait toute chantante dans sou l()url)illun, connue ma pensée, plus forte que moi, emportait mon àmc!. (les impressions étaient-elles joie ou tristesse, douleur ou soullrance ? je ne pourrais le dire ; elles participaient de tous les sentiments à la fois. C'était de l'amour et de la religion, des pressentiments de la vie future, délicieux et tristes comme elle, des extases et des découragements, des horizons de lumière et des abîmes des ténèbres, de la joie et des larmes, de l'avenir et du désespoir! C'était la nature parlant par ses mille voix au cœur encore vierge de l'homme, mais enlin, c'était de la poésie. » Ainsi s'explique la nouveauté de ces (i accents » où ne perçait, uulli! étude, où se livrait seulement, dans sa touchante et géniale ingénuité, l'àme la plus riche et la plus tendre qui fût jamais. C'est là le « secret » des Méditations, et l'on ne comprendrait rien au Vallon non plus qu'au Lac, si l'on ne remontait d'abord à la source de poésie d'où émanent ces vers.

Lorsque Lamartiui' écrivit le Vallon il était encore sous le coup de la douleur qui lui avait dicté le Lac. La jeune fenmie qu'il avait rencontrée et aimée à Aix-les-lUiins, en 1816, qu'il était allé rejoindre à Paris au cours de l'hiver suivant, venait de mourir (décendire 1817). L'éltranlemcnt qui eu résulta pour l'âme du poète ne fut pas sans conséquence pour la direction de son

24 LAMAliTINK.

génie. Jusqu'alors la poésie était restée pour lui cliose d'art, chose cxtérieuro en somme; celle fois, c'était le tréfond de son être qui s'éveillait, qui montait à la lumière, dans le silence attendri de sa communion avec la nature. « Onand le vide des atlachemcnls perdus me rendit le chant intérieur, ma voix était changée et ce chant était triste comme la vie réelle. Toutes mes libres attendries de larmes pleuraient au lieu de clianler. .le n'imitais plus personne, je m'exprimais nidi-mème pour moi-même. Ce n'était pas un art, c'était un soulagement de mon propre comu- ipii se berçait de ses propres sanglots, .le ne pensais à personne en écrivant çà et là ces vers, si ce n'est à une ombre et à Dieu. Ces vers étaient un gémissement ou un cri de l'àme. Je cadençais ce gémissement ou ce cri dans la sollilude. dans les bois, sur la mer, voilà fout. Je n'étais pas devenu plus poète, j'étais devenu plus sensible, plus sérieux et plus vrai : ce lut la cause du succès, si inattendu pour moi, de ces Mcdilatious, quaml elles me lurent arrachées presque malgré moi |)ar des amis à qui j"en avais lu qneKpies fragments à Paris. Le public enteuflit une âme sans la voir, et vil un homme au lieu d'un livre, Depuis J.-J. Rousseau, Iternardiu de Saint-Pierre et Chateaubriand, c'était le poète qu'il attendait. Ce poète était jeune, malhabile, médiocre mais il était sincère. H alla droit au cœur, il eut des soupirs jtour échos et des larmes pour applauilissemenls. »

Au temps ilu Vallon d'ailleuis. Laïuailine s'esl déjà repris; il n'est plus sous le coup innuédial du chagiin qui l'a frappé; son désespoir s'adoucit par la f»»i (pi'il est parvenu à connnuniquer à son amie mourante. Dans le découragement où il se berce encore, (pielque peu de sérénité se laisse déjà entrevoir. Noublions pas ()ue, moins de deux ans plus tard, Lamartine sera marié.

il ne faut point cheicher d;ms le Vallon un plan délerniint'', im eiïorl de composition connue il s'en rencontre dans la plupart des pièces de V. Hugo. M. Emile Faguet dit excellemment à ce sujet : « Ces sortes de poèmes, absolument nouveaux à leurs dates, n'étaient autre chose que des impressions. Cela représente huit heures du soir en été, connue dit .Vugier quelque part. Pas

LE VALI.O.N. •io

niêiiio cela, car cola peut se peindre : celarepn'seiilail, avec des mots, l'état d'uno, âme tendre à huit heures dii soir en été ou en automne. De propos ferme, Lamartine en écartait tout fait, tout incident, toute circonstance qui, en limitant, en arrêtant sur un certain point l'impression, l'eût déterminée. C'était risquer de ne plus rien peindre du tout; c'élail, si Ton avait du génie, arriver à exprimer l'ànie même dans sa nature intime. Il

y a réussi quelquefois \insi le Vallon : voilà qui esl fait avec

rien. Pas même une indication sur la secousse morale qui a incliné peu à peu le poèh; à l'état d'esprit qu'il veut peindre. J'ai trop vu, trop senti, trop aimé, voilà tout.... Exprimer l'état de fatii;ue d'une âme trop lonjïlemps secouée et la sensation de grand repos qu'elle Irouve dans cette fatigue acceptée, et ce silence inléi'ienr de l'être qui veut se recueillir, s'assoupir, onMier: voilà le dii'ticile ; voilà ce qui inqiorte, et voilà l'insaisissahle et le fugitif que le poète ri'ussit à rendi'e. »

On peut cependant noter, sinon trois parties ilans la pièce, au moins trois moments dans le développement poétique dont la coutenqtlation dn (c Vallon » esl le point de départ :

1° L'expression de la lassitude qui s'est emparée de Lamartine et que lui rend plus sensible encore le recneillement où le plonge la vue de ce calme paysage : « Hepose-toi, mon âme, eu ce dernier asile; Tes joui's... déclinent connue l'omln'e.... Kt seide tu descends le senliei' des tond)eaux » (les douze pi'emiêres strophes).

'■2" A partir du vers i'.l, le poète, sortant de sa méditation intime, jetli' les yeux sur le monde extérieur où tout est aclivitt' et vi(>. Il s'avise que l'humanili' n'est pas tout, qu'un être n'est jamais isolé dans l'univers, (pi'il y Irouve des liens de sympathie et de solidarité' auxquels il peu! se raccrocher, dans le mouvement de (h'iive (jni l'enqjorte : (( La nature est là ((ui t'invite el (|ui faime; Di-tache Ion amour des faux biens (]ue In perds.... n.

.")" Enfin, dans la dernière strophe, Lamartine lonqtrend d'où lui vient ce réconfort qu'il trouve au spectacle des choses : c'est (pie Dieu s'y manifeste dans sa puissance et sa bonté inlinies. où l'homme se trouve enveloppé avec les autres êtres : « Sous la nature, enfin, (b'couvie son auteur. » Et c'est dans la sérénil(' que s'achève celte élégie connnencée dans la désespérance.

'^(i lAMAiniNE.

Mon cœur, lusse de lotil, iiiriiic de rcsprivinco, .N'ira |)liis de ses vœux iiiiiioiluiicr le sori-;

I. Voici les iiidicntioiis tloiiiiéi's par l.iuiiailiiir lui-mènio, thins son r.Diiniiciilniir. a O vallon est siliK' dans los nionlafrnos du Daupliint-. aux environs du f/rond Lenips: il se creuse entre deux collines lioisées, et son embouchure est lerniée par les ruines d'un vieux manoir (|ui apparlenail à mon ami Aymon de Virieu. Nous allions (juelquefois y passiM' des lieuies de solitude, à l'oml^ie des pans de nnu'S abandonnés (|ue mon ami se proposait de r(>levei' et d'habiter un jour. Nous y tracions en idée des allées, des pelouses, des é'Ian^is. sous les anlitiues chiilaifj;nicrs qui se teudaieid leurs branches d'une colline à l'aidre. Un soir, en revenant au t,n"Uid l.emps. demeure de sa i'amille, nous descendîmes de cheval, nous remimes la bride à de petits berfjei's. nous ùlàmes nos babils, el nous nous Jetâmes dans l'eau d'un |>elil lac ipii borde la roule, .le ua;rcais très bien, et je traversai facili-ment la nappe d'eau; mais, en croyant jireiidre pied siu" le bord opjiosé. j(> plongeai dans une forêt sous-marine d'herbes et de joncs si épaisse, qu'il me l'ut impossible. mal^;ié les plus vijjoureux ell'orts. de m'en défrajjer. ,1e commençais à boire et à perdre le sentiment. (|uaud une main vifjoureuse me jirit par les cheveux et nie ramena sur l'eau, à demi noyé, ('/était Virieu. (pii connaissait le l'ond du lac. el ([ui me traîna évanoui sur la i)laf,'e. ,Ie repris mes sens aux cris des berfrers. — Depuis ce l('m|)s. Virieu .-i icb.'ili i^n ell'el le château de ses pères sur les fondciiirnls lii" r.iiicii'mir in.isiirc. Il y ;i plaiili' des jardins, creusé des réservoirs pour relcnir le ruisseau du \allou; il a inscrit une strophe de cette méditation sur un mur. en souvenir de nos jeunesses et de nos anntiés; puis il est mort, jeune encore, entre les berceaux de ses enfants. «

'2. il faut se j^arder de picmlre ce nihilisme à la lettre. I.amai'tine vient d'écrii-e (lin IS17) Vlmiiiortali lé on il ;i aflirmé. eu termes mat;iii- (i(|ues, sa coidiance inébranlable en la di\ine l'i'ovidence :

l'onr moi. qn.unl je wriais. dans les célestes plaines. Les astres s'écartani tie leurs routes certaines.... Seul \o serais flebout. seul nialt:;ré mon elfroi, Kire éternel et bon, irsiiircniis en loi, Et, certain du retour de l'éternelle aurore. Sur les inon<les détruits, je l'attendrais encore.

Jiicux (|ue cela, il a trouve, dans la mort de l'être aimé, une preuve de

Prêtez-moi sonlemenf, vallon de mon cnljincL',

Un asile d'un jour poui' attendre la mort. i

Voici l'étroit sentier de l'obscure vallée :

Du liane de ces coteaux pendent des Itois épais,

Qui, courbant sur mon front leur ombre entremêlée.

Me couvrent fout entier de silence et de paix. s

Là, deux ruisseaux cacliés sous des ponts de verdure

Tracent en serpentant les contours du vallon;

Ils mêlent vm moment leur onde et leur mumure,

El non loin do leur source ils se perdent sans nom. 1-2

La source de mes jours connue eux s'csl écoulée;

Kllc a passé sans bruil, sans nom et sans retour:

Mais leur onde est limpide, el mon âme troublée

N'aura pas rélléchi les clartés d'un beau jour'. ir,

La IVaîcbem' de Iciu's lils. I"<ind)re qui les couroiuie, M'encliaint'iil l(»ut le jour sur les bords des ruisseaux.

jilns (II' riiiiiii(nl;ililL' :

Ito liiiil ce i|iii r;iiiri;iil. ii'fsl-il plus rien ([ui l'aime? Ah! sur w grand secrot, n'inlorrogc que toi : Vois mourir ce qui ("aime. Klvire, cl réponds-rnoi !

1. Belle image qui nail. de l'aspecl même des lieux, sans ctrort de rtiétoriipie artificielle : ces deux sources représenicnl la vie d'Elvire (c'est le nom (ju'il donne le ])lus souvent à la jeune t'emmc qu'il aima) et celle de Lamartine. Elles vont se perdre dans les lierhes, connue ces deux vies dans la mort, à huiuelle le poète aspire, au moins au début de la i)iéce. Itans les Confulriœcs (p. "»21. Édit. Hacliette), Lamartine |iarlant des conditions dans lesqiudles il a composé le Vallon^ dit : « Ces vers rapiiellent le site et les sentiments que cette solitude, ce.s Lois et ces eaux taisaient alors murnun'er en nous. Si l'on écrivait le nnunnu'e des Lois et des eaux, on aurait mieux que ces faibles strophes. L'âme du poète est une eau courante ipii écrit ses muruuires et qui les chante. »

28 I.AMARTINE.

Comme un enfant l)eiTé )inr un clianl monotone.

Mon âme s'assoupit au nuu'mure des eaux'. 20

Ali! c'est là qu'enloui'é d'un renijiarl de verdure.

D'un lutrizon hoi né (jui sullit à mes yeux.

J'aime à fixer mes ])as, et, seul dans la nature,

A n'entendre (|ue r(Mide. à ne voir f|ue les eieux-. -Ji

J'ai trop vu, Irop senli. lro|i aimé dans ma vit^ ; Je viens ehercher, vivani, le cahne du Léllié". Beaux lieux, soyez pour moi ces bords où l'on nuldie: L'oubli seul désormais est ma félicité. js

Mon eœiM' esl en repos, nH)ii àm(> esl en silence:

Le bruit lointain du monde expire en arrivant,

Comme un son éloigné qu'affail)lil la dislance,

A l'oreille incertaine ajiporlé par le vent^. :,■>

D'ici je vois l;i vie, ;i travers un nua!4(\

S'évanouii" pour moi dans l'ondire du |)assé;

L'amour seul esl ivsté, connue une «.irande imayc

Survit seule au réveil <lans un sony(> elfacé. :,i\

1. Ces vers ollVciil iiii iin-rvcillciix cxciniilc (riiMi'riKinii' : il esl iiii|i(issiljlo (le roiidiv, de fiirou plus seiisildo, plu- iiiusic.ilo. niic iiiipiTssinii de lassiliidc toiuliv ot iii('liMicolii|iio:

2. C'ost vc r(>coui's à l;i iintmc, conimo nioyoïi (rapaisciiiciit. do rofUciiloiiKMil, do rrprisr de sni-niêiiic. (|iio nous avons sijjnalé pins liani, ol qui (>st uni' dos oxprossions rMi'aol{''iisli(|uos do l'(irii;inalilo olio/. I.aniarlino.

3. Lrt/ir [t'u <^VL\- : oubli uii dos llonvos dos l'inCors dans la niyliiolo{jic païoiuie. liCs omitros dos morts Imvaionl do son oau cl |)ordaionl. disaiton, la nionioiio du passo.

4. La coniiiaraison os! assez mal vonuo, ou plulol c'osl à poino une romparaison : « t.o lu'uil lointain du niondo » osl (oui jusio dans lo nionie cas (pio « lo son oloii;uô (pi'anaiblil la distance ». It y a là nn laisser aller do ]ionsoc (|ui aboulil à un « ron-ron )> do mots.

lîepose-toi, mon âme, en ce dernier asile,

Ainsi qu'un voyageur qui, le cœur plein d'espoir'.

S'assied, avant d'entrer, aux portes de la ville,

Et respire un moment l'aii- embaumé du soir. 40

Comme lui, de nos pieds secouons la poussière;

L'homme par ce chemin ne repasse jamais :

Comme lui, respirons au bout de la carrière

Ce calme avant-coureur de réternelle paix. u

Tes jours, soml)res et courts comme les jours d'automne, Déclinent comme l'ombre au penchant des coteaux; L'amitié te trahit, la pitié t'abandonne^, Et, seule, tu descends le sentier des tombeaux. 48

Mais la nature est là qui t'invite et qui t'aime;

Plonge-toi dans son sein qu'elle t'ouvre toujours :

Ouand tout change pour toi, la nature est la même.

Et le même soleil se lève sur tes jours ^ ,r2

1. Voyez, la désespérance a déjà disparu : le calme de la nature a produit son elTel. La pièce se relève et va changer de sens.

2. Lamartine n'a donné aucun renseignement sur cette « trahison d'amitié » dont il se plaint ici. il ne semble pas, du moins, qu'on puisse rini|)utcr à Virieu, l'ami le plus proche, le plus intime, jjresque l'unique ami de ce tempslù. Il est probahlo que ce n'est qu'une forumle explétivc destinée à accentuer encore Visolcment du poète.

5. Dans cette sorte d'éternité sereine de la nature, Lamartine n'a pas toujours vu une cmisolatioii [)Our l'iionuiie. Voyez notanunent le passage fameu.\ de CliiUle llarold (XLII^ :

Triomphe, disait-il, immortelle nature,

Tandis i|ue devant toi ta frêle créature, *

Elevant ses regards de ta beauté ravis,

Va passer et mourir, triomphe, tu survis!...

Quoi donc! n'aimes-tu pas au moins celui (jui t'aime?

N'as-tu pas de pitié pour notre heure suprême'?

Ne peux-tu, dans l'instant de nos derniers adieu.v.

D'un nuage de deuil te voiler à mes yeux?

Mes yeux moins tristement verraient ma dernière heure

Si je pensais qu'en toi quelque chose me pleure!

De lumière et d'ombrage elle t'entoure encore :

Détache ton amour des faux biens que lu perds ;

Adore ici l'éclio qu'adoiait Pythayore'.

Prête avec lui roreillc aux oék'sles concerts. m

Suis le jour dans le ciel, suis idinbre sur la torre;

Dans les plaines de l'air vole avec raquilon;

Avec le doux rayon de l'astre du mystère

Glisse à travers les bois dans l'ombre du vallon. go

Dieu, pour le concevoir, a l'ait l'intelligence* :

Sous la nature enlin découvre son auteur !

Une voix à l'esprit parle dans son silence :

Qui n'a pas entendu celle voix dans son cœur? tu

1. Cet a éclio » c'ost la musique des asires, expression de l'harniouio céleste, ([iio les Pythagoriciens iirèk-ndaient ôlre perceptible au sage.

2. Vers prosaïque et phrase mal écrite. La pensée même ne se relie pas très clairement à ce (pii |)récèile; on s"atlen(lrail plutôt à ceci : « Dieu a mis la Nature |très de i'honnne jiour (ju'il y |)ùl trouvei- Texpression de sa toute- puissante bonté. » Si l'intelligence suflisail poui' concevoir Dieu, le rôle, ci-dessus indiqué, de la Nature serait inutile. La dernière strophe d'ailleurs est manquée; elle n'a ni la précision, ni l'ampleur, ni l'éclat des « conclusions » que Lamartine sait généralement doimer à sgs pièces.

Le poème de Milly fait partie du recueil des Harmonies poétiques et religieuses qui parut en Juin 1850, au loudeuiaiu de la réception du poète à l'Académie française, quelques mois seuleinent après la mort de sa mère. Cette pièce, consacrée aux souvenirs de ta famille et de la terre natale, forme une sorte de contraste avec le reste du volume où l'inspiration chrétienne, la préoccupation apologétique et, si j'ose m'ex])rinier ainsi, le lyrisme abstrait tiennent toute la place. Milly est une œuvre de tendresse et d'amour, un honnnajïe rendu à la mère du poète et à la sainte enfance qu'il lui doit d'avoir menée.

Si l'on en croit le « conunentaire » de Lanjarline, la pièce aurait été écrite en Italie, c'est-à-dire avant le mois d'août 1828, époque à laquelle il revint de Florence où il occupait les fonctions de seciétaire d'andiassade, puis de chargé d'allaires depuis près de trois ans *.

iNul doute que la première partie du poème \w. date, en effet, de cette époque, et l'allusion au « brillant exil » où il se trouve (vers 2) en témoigne assez clairement. Mais la fin a dû être retouchée, sous l'empire d'un souci qui- n'aurait pas eu de sens (lu vivant de la mère du poète. A partir du vers 275, Lamartine

i. Il avait été. désigné pour re dernier poste en l'ahsciice du marquis (le Maisont'ort. En août 182S, it^ nouveau ininistro pléuiiiolentiaire. baron (le Vilrolles, étant arrivé à Florence, Lamartine obtint un congé et rentra en France.

Zt LA.MAr.TINE.

se montre (loiiiino par la crainte <le voir le loyer natal ]iasser à d'autres mains :

niciilùl iiciil-ètro... écarte, ô mon Diou. ce présage! liieiilot un étranger, inconnu du village. Viendra, lor à la main, s'emparer de ces lieux, Qu'habite encor pour nous l'ombre de nos aïeux.

Je dis qu'avant la mort de Mme de Lamartine une pareille préoccupation ne se serait pas comprise, et ([u'en tout cas elle eût revêtu une lornu^ toute dillérenle. Ce n'est pas envci's « l'ombre des aïeuxj) que le saciilèj^e eût été à craindre, mais envers la mère clle-nn-nH', qu'on nous eût montrée à la veille d'être chassée du lenq)le de la lamille. Rien de tel n'a eu lieu : .Mme de Lamartine est restée, jusqu'au bout, en pleine et tranquille possession de Milly, et, loin d'être alors en proie à des eTnbarras de fortune, le poète lui-même venait de recueillir la succession considérable de son oncle l'abbé, où se trouvaient le beau château, la terre et les bois de Montculot (près Dijon).

D'ailleurs, si la notice de Lamartine et Ihisldire du lierre planté i»lus tard par sa mère |>our justilier la desciiplion donnée dans le poème, si l;i ((unposilion mênu' où il n'est fait allusion {(u'à la mort du père (vers ICô et suivants) prouvent jus(pr;i l'évidence que le commencement de Milly est antérieur à 18'".'. en revanche deux vers de la seconde jiarlie allesleut ipie les parents étaient morts quand la pièce fut achevée :

Ne soullVe pas, mou dieu, que noire liniidiic liéritage Passe de main en main tro([ué contre un vil prix.... Ou'un avide étranger vienne, d'un pied sujjcrbe.

Ité|i()uiller l'()r]dielin

I',l hlas|ilièmer Ion nom sous ces mêmes ]iorli(pies tli'i ma mère à nos voix enseignait tes canti(pies.

Toiii ( lia l'ail évidemment allusion au paiiaj,^ (pii eut lieu au coninhMH cnieiU de 1850, et dont Lanuuline parle dans les Cotijidcnrcs ' : (( .l'avais enqtruidi' uin> somme considérable pmii racheter de ma lamille la teire et la maison de ma mère, re Milly on nous avons tant rèvél... \ la mort de mu mère, ce bien

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