‹ Le Vallon-MillyChapitre 11 sur 13 · Trélace des Confidences, p. 8(Iidit. Ilacliette · texte numérisé non relu

Trélace des Confidences, p. 8(Iidit. Ilacliette

lie cd'iir pliilùl (jiit) de lerre allai! se vendre poui- être partagé en cinq parts dont je n'avais pas une. Il allait passer à desinconluis. Mes sœurs et mes beaux-frères, aussi ainigés que moi, ni'ofl'raient généreusement tous les moyens de sauver le dépôt commun de leurs souvenirs. J'étais plus riche alors ; j'achetai Milly. J'espérais y fniir mes jours. »

Dans cette même préface, Lamartine raconte longuement comment « le poids de cette terre, dont il paya jusqu'au dernier cep avec de l'argent d'emprunt » l'écrasa par la suite. En 1845, les instances des créanciers devinrent tout à coup pressantes : il fallait vendre. Le poète s'y résolut, avec désespoir : « Je fis venir lui ces hommes estimés dans le pays, qui achètent des propriétés en hloc pour les revendre en détail, un de ces monnayeurs intelligents de la terre, et je lui dis : « Vendez de Milly ce qu'il faut pour faire cent mille francs. » Ou plutôt, comme dit au Juif le marchand de Venise, dans Skakespeare : « Vendez un morceau de ma chair ! )) Nous allâmes ensemble sur les lieux, pour examiner quelle partie du domaine pouvait le plus convenablement s'en détacher et se diviser en lots accessibles aux acquéreurs du voisinage. Mais c'est là ([ue l'embarras devint plus insoluble et l'angoisse plus déchirante entre nous. « Monsieur, me disait-il, en étendant les bras et en coupant l'air de gestes comme un arpenlenr coupe le terrain, voilà un lot qui se vendrait facilement ensendjle et qui n'ébréchera pas trop ce qui vous restera. — (lui, r('|iondais-je, mais c'est la vigne qu'a plantée mon père, l'anni'c de ma naissance.... — Eh bien, reprenait l'appréciateur, en voilà un autre qui tenterait bien les acheteurs de petite foilnni'.... — (lui, r(''|)li(piais-je, mais cela ne se peut pas ; c'est la rivièi'c, le pii' cl le vci'ger où notre mère nous faisait jouer et baigner dans noire enfance.... — Ce coteau derrière la maison ? — Mais c'est celui cpii bornait le jardin et qui faisait face à la fenêtre du salon de famille.... — Eh bien, la maison pi'incipale ?... — Mais j'y veux moui-ir dans le lit de mon père... — Allons ailleurs! » Nous marchions en vain, nous ne

Irouvions rien qui pût se détacher sans emporter en même temps

un lambeau de mon âme. »

C'est alors qu'arrive une lettre d'Emile de Girardin qui, contre

une grosse somme, demande au poêle des Souvenirs d'enfance.

Mais (pielle lutte avant de dire « oui )il vaut-il mieux profaner

ces souvenirs (pie la terre où ils sont allachés? Enfin, le poêle se

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résigne, et, pour sauver la maison pateniolle, il écrit : Les coufi- (lences.

Gi'àoo à ce récit. (I('i)orilaiil de tendresse inpénm^ el pieuse, nous savons tout de la l'aniilie et du domaine natal de Lamartine. « Dieu m'a fait la grâce de naître dans une de ces familles de prédilection cpii sont comme un sanctuaire de piété où l'on ne respire que la bonne ode\u" que quelques générations y ont répandue en traversant successivement la vie; famille sans grand éclat mais sans tache, placée par la Providence à un de ces rangs intermédiaires de la société où l'on lient à la fois à la noblesse par le nom, el au peuide par la modicité de la l'urltmc. |iar la simplicité de la vie el par la n-sidcnce à la campagin". aii milieu des paysans, dans les mêmes habituiles et à peiiprésdans les mêmes travaux. Si j'avais à renaître sur celte terre, c'est encore là que je voudrais renaître. »

Le pays où il luiquil n'était ni beau ni riche. « Les premiers paysages que mes yeux contemplèrent n'étaient pas de nature à agrandir, ni à colorer beaucoup les ailes dema jeune imaginalion. Au counnencemeni, je ne vis {|ue ce que voient les eid'anls du plus agreste des hameaux dans un pays sans phy^ionduiie gr;indiose. »

Les Confidences nous donnent une copieuse el extpiise description du vallon de Milly el de la maison (pii s'y cachait' : « La maison s'y cache en elîet, car on ne la \(iil d'aucun eôl('. ni du village, ni de la granil'ronle.... Llle est carrée, elle n'a (pi'un étage el Irctis larges lenèires sur chacpu' face. Les nnn-s n'en sont point cri'pis; la pluie el la mousse ont dduiu' aux jtierres la teinte sond)re el séculaire des vieux cloîtres d'abbaye. Ihicôléde la cour, on entre dans la maison par une haute porte en bois sculpté. Cette porte est assise sur un large perron de cinii marches en pierres de taille. Mais les pierres, (pii ont des diujensions colossales, ont été tellement écornt'es. usines, nivelées par le temps el par les fardeaux (pi'on y dépose, (pi'elles sont entièrement disjointes, (pi'cdles vacillent en murmurant sourdement sous les pas, cpie les orties, les pariétaires humides y croissent

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