Doileau avait dit
De la foi d'un cluéLien, les mystères terribles D'ornements égayés ne sont pas susceptibles;
maib Clintoaubriand avait renversé celte opinion dans le Génie du christianisme cl dans la rréface des Martyrs.
2. Histoire de la rccolution de 1848. Voyez l'OEiivrc de Lamartine par Robcrtel, p. 2G9.
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durer. Candidat à la présidence de la République, il échoua avec moins de 20 000 voix contre i millions et demi accordées au prince Louis Napoléon, et, après le 2 Décembre, rentra dans la vie privée pour n'en plus sortir.
Hélas! une troisième période de sa vie commençait (1852- 1806) : ruiné et chargé de dettes, il lui fallait, à plus de soixante ans, se remettre au travail, non plus même en rappelant les poétiques souvenirs de sa jeunesse, comme il l'avait lait jusqu'alors {Raphaël, pages de la vingtième année, les Confidences, les Nouvelles Confidences. Geneviève, etc.), mais en publiant des ouvrages à livraisons, destinés à rapporter promptement de quoi subvenir à la vie journalière: Histoires de la Reslauralion, des Consliluanls,de la Turquie, de la Russie, Cours familier de littérature. Vie des grands hommes, etc.
Il venait enfin d'échapper par une dotation à la misère grandissante, lorsqu'il mourut (18G9), délaissé de l'ingrate génération dont il avait été la plus pure gloire, presque inconnu de celle qui surgissait, et qui, dès le premier jour, se donnait tout entière à Victor Hugo.
Mais l'heure de la justice est venue pour Lamartine : on se souvient que, « s'il traversa la politique comme une aurore pleine de promesses, entraînant avec lui les espérances de paix et de fraternité qui ont fasciné l'Europe pendant quelques jours de ce siècle », i! fut aussi le chanteur et l'enchanteur par excellence, le magicien et le charmeur des âmes entre tous ceux qui se sont servis de la parole humaine.
Et c'est avec un élan d'admiration et d'amour que la France se retourne vers celui qui reste, en même temps qu'un des plus beauv génies poétiques du siècle, un des honnnes d'État les plus honnêtes qu'elle ait portés '.
1. Voyez, pour le jugement des œuvres de Lamartine, la Préface déjà citée de M. de Laprade, le beau livre de M. Ch. de Pomairois, et, pour le détail de la biographie de Lamartine, les préfaces de M. de Ronchau'l, la correspondance dî Lamartine et l'introduction de M. Robertet {L'Œuvre de Lamartine, 1887).
ly INTRODUCTION
LAMAninE ET I.E XIX* sif.r.i.p.
C'est sans aucune arrière-pens(-e critique que M. Victor de Laprade t'crivait on 18G2 : « On peut déjà parler de Lamartine comme d'un ancien ». Mais on comprendrait mal ce jugement si l'on n'y voyait qu'un témoignage d'admiration, un etfort pour placer Lamartine au rang des grands écrivains qu'on appelle classiques et qui restent les modèles incontestés du génie humain.
Il faut y lire surtout la conviction pleine de regret que Lamartine est le poète d'un autre âge que le nôtre, et que, pour l'apprécier justement aujourd'hui, nous avons besoin de reporter son œuvre au temps où elle a paru.
Les excès de la Révolution française avaient montré le danger des théories sceptiques et matérialistes où avait sombré le xvm' siècle. Il fallait que la réaction autoritaire représentée dans l'ordre social par l'Empire eût son contre-coup dans le monde des idées : la reprise de la tradition spiritualiste coïncida naturellement avec la réouverture des églises '.La philosophie, la littérature, tous les arts sortirent rajeunis et comme régénérés de la tempête tragique qui avait emporté leurs souillures. Naguère encore la mythologie païenne encombrait leur domaine de ses imaginations mensongères ou immorales : voici que de toutes parts on renonce aux allégories aussi bien qu'aux idées qui s'y cachaient. Plus de Grâces, de Muses, de Jeux et de Ris, de Satyres et d'Amours! On comprend combien la conception du monde et de l'homme s'en trouve modiliée : u Le plus grand vice de la mythologie était d'abord de rapetisser la Nature.... Avec «es élégants fantômes, elle ôtait à la création sa gravité, sa grandeur et sa solitude.... Il fallait , chasser ce peuple de Faunes et de Nymphes pour rendre aux Igrottes leur silence et aux bois leur rêverie. Le dôme des forets s'est exhaussé, les fleuves ont brisé leurs petites urnes poin- ne
t. Voyez à ce sujet le Catéchisme jMi/>drin/, dont M. Paul Albert donne des extraits [Littêmturc française au xix° siècle, fouie I. p. 135). — Voyez aussi l;i Préface du Génie du christianisme (cdilioii de 1828) : « Ce fut an miliiHi dos dt-hris de nos temples (]ii(> ce livre fui publié pour ramener (Jaiis ces temples les pompes du culle et les serviteurs des autels ».
INTRODUCTION. Il
plus recevoir que les eaux de l'Abîme, du sommet des montagnes; le vrai Dieu eu rentrant dans ses œuvres a donné son immensité à la Nature. »
C'est Chateaubriand qui parle ainsi; mais il est, à cette aurore du siècle, le maître qui conduit le chœur de l'adoration universelle. L'idée de Dieu, dominant toute la pensée et toute l'imagination, est le lien qui rapproche alors tous les hauts esprits. Lamartine était, par son éducation, préparé à ressentir plus profondément que tout autre l'influence mystique et religieuse. « 11 y a des âmes, dit-il en faisant un retour sur lui-même, que la solitude et la contemplation élèvent invinciblement vers les idées infinies;... toutes leurs pensées se convertissent en enthousiasme et en prière, toute leur existence est un hymne muet à la Divinité et à l'espérance. Elles cherchent en elles-mêmes, et dans la création qui les environne, des degrés pour monter à Dieu, des expressions et des images pour se le révéler à elles-mêmes, pour se révéler à lui.... » C'est là l'objet propre de la poésie, qui « chante des impressions variées dans leur essence, uniformes dans leur objet, puisqu'elles vont toutes se perdre et se reposer dans la contemplation de Dieu.... Quelle qu'ait été, quelle que puisse être la diversité de ces impressions jetées par la nature dans mon âme et par mon âme dans mes vers, le fond en fut toujours un profond instinct de la Divinité, en toutes choses, une vive évidence, une intuition plus ou moins éclatante de l'existence et de l'action de Dieu dans la création matérielle et dans l'humanité pensante; une conviction ferme et inébranlable que Dieu était le dernier mot de tout, et que les philosophies, les religions, les poésies, n'étaient que des manifestations plus ou moins complètes de nos rapports avec l'Être infini, des échelons plus ou moins sublimes pour nous rapprocher successivement de Celui qui est *. »
Tel est, sous une forme admirable, le Credo de Lamartine, et telle est la raison de l'unité de sa pensée.
Est-il besoin de faire remarquer que ce Dieu n'est pas l'entité métaphysique de Descartes, ni le Démiurge de Voltaire, « l'horloger céleste » que suppose l'ordre de l'univers? c'est l'Inlini personnel, le « Dieu vivant » d'Abraham, d'isaac et de Jacob, en un mol
\. Lamartine, Préface des Harmonies et Préface des P?e7?iièîcs 7néditations (1854)