ÉPILOGUE 3ai
pays très différents, la Loire-Inférieure et l'Eure-et- Loir. — Dans la Loire-Inférieure, tous vont à la messe, et tous, pour y aller, revêtent les habits du dimanche. Le samedi, les femmes sont occupées à empeser et à repasser leurs coiffes et les chemises des hommes. Le dimanche matin, la population féminine, soigneusement et joliment coiffée, coquettement vêtue, avec des raffinements de propreté, la population masculine habillée de drap noir, tout le monde se dirige par groupes vers l'église. Je néglige le côté spirituel et fondamental de l'acte, pour n'en retenir que le côté matériel : Tédifice, la cérémonie, les enfants de chœur, le prêtre en ses habits de soie et d'or, tout donne aux yeux une impression d'ordre et de beauté, à l'esprit une jouissance, au corps une détente. De toute la journée, pas un costume de travail ne paraît dans le pays. C'est le repos, c'est le bien-être. — En Eure-et-Loir, rien de semblable. Pas un homme ne quitte ses vêtements de travail. Peu de femmes interrompent leur labeur quotidien. Les vêtements sont ceux d'hier, les pensées celles du lendemain, l'effort celui de tous les jours. Il y a bien quelque armoire où reposent des redingotes et d'antiques chapeaux haut de forme, mais cela ne sert que pour les enterrements et les mariages, car les foires même n'existent plus, les marchands venant à domicile. Bien peu, pour Pâques et la Toussaint, à peine pour la fête locale et le i4 juillet, quitte-t-on ces vêtements de travail, qui semblent incrustés à ces corps, à ces corps de sauvages, vous avez dit le mot. Les
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chevaux do bois de la fote loc.ilc et les bals, dan» la lourde atmosphère de l'auberge, sont les seules diversions à rcMdiserrient de ces corps et de ce» esprits dans les préoccupalioîis matérielles et l'ellort continu (pii les absorbent. — Si la tenue et la propreté du vêlement, si les impressions artistiques, si l'idée morale ont une valeur, même en dehors de toute conception religieuse, quelle sera, de ces deux populations, celle dont les mœurs seront plus alïinées, plus policées? Poser la question, c'est amener la réponse ... »
Oui, (( de quelque côté qu'on examine les destructions qui se préparent, conclut M. Maurice Barrés, c'est le plus morne enlaidissement de la vie rurale et, j'y reviens comme à mon leitmotiv, c'est une dégradation de la sensibilité française privée de tous ses modèles » (i).
Au surplus, ce sont bien des « modèles » d'art qui souvent, disparaissent. Dans l'enquête (2) que fit M. Doumicenjuin 1911, on lit, pour l'Yonne, des constatations comme celles-ci : « L'église de Germing est très intéressante ; elle date des xv^ et xvi^ siècles, il s'y trouve de beaux vitraux et de belles statues. Le chœur de l'église est détérioré par une infiltration d'eau qui envahit les murs intérieurs. Cette infiltration est due au manque d'entretien des chêneaux et de déversoirs de pierre percés d'un étroit canal qui doivent aisément s'obstruer...
(i) La grande Pitié des Églises de France, Revue des deux mondes du i5 décembre igiS.
(2) Publiée dans le Correspondant.