ÉPILOGUE
rend les travaux de plus en plus difiîciles, la commune ne peut obtenir l'autorisation préfectorale pour faire la dépense que le Conseil municipal, d'accord avec une population entièrement catholique, a votée. » Ne croirait-on pas lire les doléances qu'adressèrent, inutilement, de 1794 à 1800, au gouvernement central, les administrateurs de la Somme, désireux de sauver la cathédrale d'Amiens !
Mais l'Esprit, créateur et conservateur, ne finira-t-il point par écraser la Bête destructrice? La vigoureuse protestation lancée le 5 avril 1797 par Chalgrin et ses collègues du Conseil des Bâtiments civils aux protecteurs ministériels des « spéculateurs voraces et mercenaires qui, dans le plus beau monument d'architecture, ne voient jamais que du fer, de la pierre et du plomb à démolir et à vendre », cette protestation est aujourd'hui reprise par tous les artistes assez indépendants pour braver le chantage du « cléricalisme ». Et leur voix, bon gré mal gré, sera entendue : elle ne retentit plus dans un désert.
(( Quand les clochers seront effondrés, prédit Barrés, et les statues saintes exilées auprès des Dianes et des Mercures gallo-romains dans les salles poussiéreuses de nos musées départementaux, une génération surgira qui voudra relever les temples de Tâme dans nos villages français. »
Le génial auteur des Déracinés Ta compris : il ne suffît pas de prévoir leur relèvement, il faut encore les empêcher de tomber. Pour cela, il
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importe do frapper droit les onnoinis mortels de leur Ame irnmorUdIe ; et c'est pourquoi, en dévoila ht les origines et les premiers résulUits de si sauvages entreprises, nous espérons avoir contribué, trop modestement, à faire cesser enfin la grande pitié des églises de France.
I. — Le Vandalisme protestant de 1562 à 1569. Quelques exemples.
(Voir p. 14).
Le lecteur a constaté à quel point se ressemblent le vandalisme protestant et le vandalisme jacobin. Pour lui permettre de compléter le rapprochement, nous ajoutons ici quelques exemples de destructions postérieurs à 1761, exemples empruntés il l'ouvrage de M. Jean Guiraud (i).
En i562, la horde saccage, à Poitiers, la bibliothèque de l'abbaye Saint-llilaire, l'une des plus riches et des plus fréquentées du royaume. A Vendôme, Jeanne d'Albret, reine protestante de Navarre, ordonne de monnayer les objets d'art — dont plusieurs du xii® siècle — de la collégiale de Saint-Georges, ainsi que les tuyaux d'argent de ses orgues; elle pousse le fanatisme jusqu'à faire briser les tombeaux des Bourbons, aïeux de son mari, y compris celui de son beau-père. A Lyon, durant plusieurs mois, le sang coula à flots comme, plus tard, sous le proconsulat des conventionnels, et l'or et l'argent des églises payèrent les assassins. La Grande-Chartreuse fut brûlée après pillage, et les bandes du baron des Adrets allèrent jusqu'au Puy saccager les églises et les faubourgs de la capitale du Velay. A Aubeterre,
(i) Histoire partiaUj Histoire vraie.
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on détruisit les boiseries de Saint Jacques, la croix du cimetière, les cloches, les manuscrit» ciduriiinés. A l'abbaye de la Chaise-Dieu, sous les ordres de Blacons, on mutila des chefs-d'œuvre du xiv" siècle et, suivant une légende locale, on aurait violé la sépulture de Clément VI et bu dans son crâne. \ Toulouse, on prit d'assaut trois églises et six couvents, on tira à coups de canon sar quatre clochers, et on endommagea ainsi celui de Saint-Sernin, merveille de l'art roman.
En i563, à Bernay, il ne resta plus un meuble à l'abbaye. A Béziers, quatre ou cinq cents protestants armés s'emparèrent des trésors des églises, parmi lesquels celui de Saint-Nazaire dont le grand retable, orné de pierreries, valait 20.000 livres ; un bourgeois de Béziers avait à lui seul reçu en dépôt une centaine de chapes ; l'église Saint-Jacques fut brûlée avec sa belle bibliothèque.
En i564, à Angoulême, fut de même brûlée une bibliothèque renfermant une centaine de manuscrits et de livres précieux dont les parchemins étaient couverts d'admirables miniatures; et si l'on veut savoir au juste ce qui restait d'une cathédrale après le passage des Huguenots, on n'a qu'à lire le procès verbal rédigé par le gouverneur d'Angoulême au sujet de la cathédrale, l'un des plus remarquables spécimens de l'art romanobyzantin : « Avons vu et aperçu dès l'entrée toutes les images, ouvrages et enrichissements qui avaient coutume d'être autour de ladite église, mêmement aux portes et aux entrées, toutes renversées par
terre, rompues, brisées et enfoncées à coups de gros marteaux ;... pareillement toutes les vitres et vitraux rompus et brisés ;... pareille rupture et brisement de tous les autels, chapelles, images rompues et démolies, les orgues emportées,... les peintures eflacées et en plusieurs endroits les pierres arrachées, les monuments et sépulcres rompus, même ceux de messire Jean et Charles, en leur vivant comtes d'Angoulêmc, aïeul et bisaïeul du roi, leurs corps mis à l'air et découverts, et celui dudit comte Jean trouvé entier, lui avaient coupé la tête et massacré son corps en plusieurs endroits à coups de dague,... et cette église toute déformée et pleine des dits fragments de verre et pierres et images rompues, n'y étant demeuré aucun autel ni forme d'autel ». — Les sans-culottes ne travailleront pas mieux à Notre- Dame ou à Saint-Denis I
En i566, Vienne reçut de nouvelles visites: ce qui restait d'églises fut profané et il ne subsista presque plus rien d'entier au palais de l'archevêque. A Castres également on démolit encore quatre églises et un couvent. A Montpellier on acheva de raser les églises : malgré trois jours de labeur, la cathédrale résista, mais, raconte un historien protestant, « ils ne laissèrent ni tuiles, ni bois, fer, plomb, ni vitres tenant aux murailles ; furent les grandes et fortes voûtes laisssées découvertes et les murailles nues ouvertes aux portes et aux fenêtres comme les vieilles ruines et masures pour faire logis aux bêtes sauvages, corneilles
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et chats liuauts, ot ikî fut la lorce de la maçonnerie et gros comble, on eût vu la ruine et démolition totale (le l'édificfî, chose de f,'rand(î lonj^'ueur, travail et dépense... On mit bas une des grosses tours et clochers (|ui entraîna avec soi une grande partie du f(^nd de l'église, ainsi que deux murailles du milieu tenant au cloître ». — C'est bien le système que nous vîmes le gouvernement jacobin appliquer, dix années durant, à des cathédrales plus célèbres encore !
A Orléans, en 1067, ^^ cathédrale Sainte-Croix résista moins bien que celle de Montpellier : après deux dévastations, le fer et le feu en vinrent presque complètement à bout. A Auxerre, la cathédrale Saint-Germain ne fut plus qu'une mauvaise écurie pour les chevaux des huguenots : les autels avaient été abattus, les statues brisées, les vitraux du XIII® siècle enfoncés à coups de bâtons, le jubé attaqué à coups d'arquebuse, les cloches fondues, les 7000 tuyaux d'orgue rompus, les tapisseries, grilles de fer, plombs des tours et 'des arcsboutants emportés, le trésor pillé. On ne voyait dans les rues voisines que a tas confus de décombres et de matériaux ». Finalement, on renversa un pilier qui entraîna dans sa chute la voûte de la chapelle Notre-Dame, puis le clocher du chœur. La bibliothèque du chapitre de Notre-Dame des Vertus et la magniQque collection de manuscrits de Saint-Germain furent dévastées et brûlées.
Les archives de Pont-Saint-Esprit eurent le même sort, et le baron des Adrets, directeur de l'expé-
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dition, rasa l'église de la ville et sept autres églises du Languedoc. Le seigneur de Saint-Amans dévastait pendant ce temps la cathédrale et l'abbaye bénédictine de Saint-Pons. La collégiale de Luzarches, du xiii" siècle, était elle aussi ravagée et en partie ruinée.
Pour l'année i568, citons le sac de l'église de Coulanges-la-Vineuse (Yonne) par les bandes de La Rochefoucauld ; l'incendie de l'abbaye de Pontigny et de l'église de Saissac (Aude); les profanations des tombeaux de la Charité où le corps du cardinal de Lenoncourt fut jeté à la rivière.
Pour 1699, à Couches (Eure), le sac de l'église Sainte-Foy, bel édifice à peine achevé, de style flandioyant et Renaissance ; les incendies de l'église de Courson, des églises Saint-Etienne et Saint- Sauveur de Nontron.
Alet, dont la cathédrale fut ruinée en 1677 ; Gien, ville laissée par l'édit de paix aux protestants pour l'exercice de leur culte, où la collégiale Saint-Étienne, monument de la piété d'Anne de France, fdle de Louis XI, fut presque entièrement renversée, ainsi que l'église paroissiale Saint-Laurent et deux couvents, à l'instigation du pasteur Lambert qui déclarait que « pour chasser les pigeons, il fallait abattre les colombiers )) ; Périgueux, où le bras de saint Front, les chefs de saint Léon et de saint Barthélémy furent profanés ; Montréal (Aude) où furent démolis le couvent des Carmes et les quatre cinquièmes de la collégiale Saint- Vincent, cent autres villes peutêtre furent soumises aux mêmes barbaries.