II. — Les Archives enlevées et (( triées
Chap. ni.
D'après le Tableau indicatif des dépôts, archives et chartriers existant à Paris... (Arch. Nat. A B V'^ i), tableau dressé par l'Agence Temporaire des Titres, voici la liste des dépôts enlevés dont nous n'avons fait qu'indiquer le nombre. Tous les noms ne sont point d'ailleurs désignés.
Collèges. — Archives transportées au Dépôt du Saint-Esprit : Sainte-Barbe (en partie), Boncourt, Quatre-Nations, Duplessis, Saint-Louis de la Sorbonne, Faculté de Théologie, Nation de Picardie (remises à l'Agence qui en a fait le dépouillement) ; Cardinal Lemoine, (enlevées par le Bureau des Domaines malgré la réclamation de l'Agence) ; École de Médecine.
Hospices et hôpitaux. — Quatre dépôts au Saint- Esprit : Hospitalières de la rue de la Roquette, Saint-Gervais, Saint-Julien, Place Royale.
Congrégations et couvents d'hommes. — Au Saint- Esprit : Barnabites, Doctrine chrétienne, Eudistes de la rue des Postes, Oratoriens de la rue d'Enfer et de la rue Saint-Honoré, Lazaristes, Missions Étrangères, Théâtins ; Grands Augustins, Augustins, Petits-Pères, Petits Augustins, Bernardins, Blancs- Manteaux, Capucins de la rue Saint-Honoré et de la rue d'Orléans, Carmes Billettes, Carmes de la Place Maubert, Carmes Deschaux, Célestins de Paris et de Marcoussy, Chartreux, Cordeliers du
Grand Couvent, Dominicains de la rue Saint- Jacques, de la rue du Bac et de la rue Saint- Honoré; Feuillants de la rue Saint-Honoré et de la rue d'Enfer; Mense Conventuelle de Saint-Germain-des-Prés ; Mathurins ; Pères de la Merci de la rue du Chaume et de la rue des Sept-Voies ; Minimes ; Pères de Nazareth ; Prémontrés.
Congrégations de femmes. — Au Saint-Esprit : Filles de Sainte-Agnès, Pelit-Saint-Chaumont, Grand-Saint-Chaumont, Dames de Sainte-Aure, Filles du Bon-Pasteur, Sœurs de la Charité du faubourg Saint-Denis, Visitandines, Filles de la Croix du cul-de-sac de Guéménée et de la rue des Barres, Filles de Saint-Maur, Orphelines de l'Enfant Jésus, Instruction chrétienne. Congrégation de Saint-Joseph, Filles de la Mère-Dieu, Nouvelles Catholiques. — (Pour les couvents de femmes, vingt-neuf dépôts, dont vingt-cinq au Saint-Esprit.)
Chapitres. — Au Saint-Esprit : Sainte-Croix de la Bretonnerie (dont partie aux Économats) ; Saint- Benoît, Sainte-Chapelle, Trésorerie de la Sainte- Chapelle, Clercs de la Sainte-Chapelle, Saint- Étienne-des-Grès. Saint-Honoré, Saint-Louis du Louvre, Saint-Marcel, Saint-Merry, Notre-Dame, Sépulcre, Saint-Opportun. — (Pour Saint-Jacques l'Hôpital, pas d'indication de dépôt.)
Fabriques paroissiales. — Soixante-deux, dont vingt et une au Saint-Esprit. En outre, « archives enlevées par l'Agence » et dépouillées : Bonne- Nouvelle, Saint-Eustache, Saint-Germain-l'Auxerrois, Saint-Jean du Cardinal Lemoine, Saint-Paul, Saint-Pierre-des-Arcs, Saint-Sauveur, Saint-Roch, Saint-Séverin, Saint-Sulpice.
III. Le pillage du Trésor, et le triage des Archives de Saint-Denis.
Chap. II et III.
D'aprcs lo Probès-verbal de récolement du Trésor de i Abbaye de Saint Dénia, et apport des cjfets dudit Trésor au Comité de Sûreté Générale (A B V^ i), cet (( apport » eut lieu le 12 novembre 1793. Le 17 avril 179^1, fut dressé, par les commissaires de la Monnaie, le procès-verbal des objeU du même Trésor transportés à la Monnaie : « Il serait intéressant, — écrit Villiers, membre du Bureau du Triage des Titres, — de pouvoir confronter toutes ces pièces. »
En effet, ce serait très « intéressant », mais « le Registre 53 de la Monnoye, li" séance, — indiqué par le rapport de Villiers, — existe-t-il encore.^ De plus, quelle valeur eut le « récolement » de 1793.^ Laforcade écrivait, de Franciade, le 8 juin 1797 *• (( J'ai vu aussi M. Lanneau qui m'a dit que lors de l'enlèvement général du Trésor, au mois d'octobre, il avait dressé un Procès-verbal de cet enlèvement qui a été fait avec la plus grande précipitation, sans aucun soin ni aucune précaution, et sur la simple motion et un arrêté de la Société populaire qui avait nommé quatre commissaires ». — Quelles excellentes conditions pour la pêche en eau trouble ! . . .
Au surplus, voici un exemple de u procès-verbal
de fonte » dressé à l'Hôtel des Monnaies pour le Comité d'Aliénation des Biens Nationaux : il montre quelles garanties offraient de semblables opérations.
La pièce (Arch. Nat. DXXÏI, I, n^ lo) est signée : A. G. Camus, J. A. Creuzé La Touche, commissaires nommés pour la vérification des argenteries et vaisselles des églises et communautés supprimées ; des Uotours. — Creuzé La Touche était celui-là même qui, le 2 mars 1791, avait fait décréter par la Législative l'envoi aux Hôtels des Monnaies les plus voisins de « l'argenterie des églises, chapitres et communautés religieuses qui a été ou qui pourra être inutile au culte ».
« Du '.iç) mars au 27 juin 1791.
» Bordereau général : poids brut : 9.G26 marcs 7 onces 7 gros 54 grains.
» Cédés à différents particuliers : 255 marcs, produisait i5.645 livres.
)) A la fonte : 7.727 marcs, 7 onces, produisant 90 lingots pesant 7.G02 marcs. »
Assurément, les pesées sont précises, mais quelles (( vérifications » pouvaient-elles permettre?
Dieu seul saurait dire en quelles mains tombèrent au juste tous les joyaux du Trésor de Saint-Denis.
Quant aux Archives abbatiales, quels sévices ne souffrirent-elles point, puisque les fonctionnaires préposés à leur garde, — ou plutôt à leur a triage », — en vinrent à écrire le Mémoire Historique (A B V*^ i) que nous allons résumer?
Elles avaient déjà été classées sous le Cardinal
330 LE VAXDALISMK JAConi?!
de Lorraine, (niorl abbé de Saint-Denis en i52i). En 17G3, (iom l^oirier les avait divisées en Grand et Petit Chartrier, ce dernier renfernnanl les documents d'intérôt encore actuel et relatif à l'abbaye elle-môme : « Il se proposait de refondre ces deux chartriers en un seul, et les travaux qu'il avait proposés y auraient facilement conduit. La Révolution a suspendu ce travail dont l'histoire et la Diplomatique réclament la continuation. » Mais (i la première opération à faire est d'élaguer les pièces évidemment inutiles et qui sont en grand nombre ».
Cet élagage aura pour base un inventaire de i33 pages où sont portées les chartes de six siècles ; puis un autre inventaire de 170 pages : « Les titres qui intéressent la Domanialité, les intérêts des communes ou des particuliers seront provisoirement placés dans des layettes étiquetées du nom des départements auxquels on a déjà noté qu'ils appartiennent. On n'en retranchera, dans la première opération de débrouillement, que les papiers évidemment inutiles pour diminuer les frais de transport et ménager le service du Trésor des Chartes. Le reste sera donc transporté à Paris pour être soumis au travail définitif. »
11 y a des chartes de 678 (dons de Thierry III enfermé à l'abbaye), de 832 (premier partage des biens de l'abbaye), de 11 22 (Suger, abbé de Saint- Denis) : qu'en fera-t-on? Sans doute, ce qu'on a fait autre part de ces « inutiles » parchemins
Évidemment, les pièces « les plus précieuses »
N. l).-I»lioi.
Basii.k^i I m: Saint-Dknis I.ii Kliuc Nantildc statue du toinbcuu de l)a^»)bc'rt.
6M) LE VAUDALISMB JACOIII?!
de Lorraine, (mort abbé de Saint-Denis en iSai). En 1763» dom Poirier Jes avait divisées en Grand et Petit Chartrier, ce dernier renfermant les documents d'intérêt encore actuel et relatif à l'abbaye elle-même : « Il se proposait de refondre ces deux chartriers en un seul, et les travaux qu'il avait proposés y auraient facilement conduit. La Révolution a suspendu ce travail dont l'histoire et la Diplomatique réclament la continuation. » Mais u la première opération à faire est d'élaguer les pièces évidemment inutiles et qui sont en grand nombre ».
Cet étagage aura pour base un inventaire de i33 pages où sont portées les chartes de six siècles ; puis un autre inventaire de 170 pages : a Les titres qui intéressent la Domanialité, les intérêts des communes ou des particuliers seront provisoirement placés dans des layettes étiquetées du nom des départements auxquels on a déjà noté qu'ils appartiennent. On n'en retranchera, dans la première opération de débrouillement, que les papiers évidemment inutiles pour diminuer les frais de transport et ménager le service du Trésor des Chartes. Le reste sera donc transporté à Paris pour être soumis au travail définitif. »
Il y a des chartes de 678 (dons de Thierry III enfermé à l'abbaye), de 832 (premier partage des biens de l'abbaye), de 11 22 (Suger, abbé de Saint- Denis) : qu'en fera-t-on? Sans doute, ce qu'on aj fait autre part de ces « inutiles » parchemins
Évidemment, les pièces « les plus précieuses »^
N. l).-IMi.>i.
Basiiiuik i»i: Sain i-|)i:nis La Reine NantilJc statue du tombeau *.le Haiiobert. XI II- sieclcj
sont dans le petit Ghartrier : mais il a éprouvé d' (( orageux » déplacements et « les objets qui le composent sont aujourd'hui confondus et épars dans plusieurs salles de l'Administration municipale de Franciade. Il serait impossible de les reconnaître en suivant l'ordre de l'Inventaire , et on ne pourra y parvenir que suivant le hasard^ qui les présentera confusément aux yeux et à la main ».
Au fond, les archivistes voudraient conserver certains documents, bien vieux, et les raisons qu'ils en offrent sont appropriées à l'état d'esprit jacobin : pourquoi détruire les huit boîtes de bulles pontificales (772-1521)? On pourra toujours les réunir au Trésor des Chartes et 1' « on sait combien la plupart de ces Bulles tiennent à l'histoire du tems », — d'un temps dont on ne saurait trop dévoiler la barbarie... Le décret du Concile de Basle de i438 tendit « à diminuer l'autorité des papes, » à la soumettre à celle des Conciles généraux et à « rétablir la discipline ecclésiastique » : n'est-ce point d'accord avec la Constitution civile du Clergé?...
Les destructeurs auront, au surplus, matière à dédommagements.
L'Abbaye exerçait le droit de patronage sur plus de cent cures des diocèses de Paris, Chartres, Sens, Orléans, Troyes, Beauvais, Soissons, Laon, Poitiers, Rouen, Séez, Le Mans, Cambrai, Arras, Metz, Bourges : « Supprimer » tous les titres « qui n'ont rapport qu'à l'exercice de ce droit ».
Significations et rénovations de grades : « Bonnes
338 I.K VANDALISME jacohin
à 8U|)prirncr, j'i l'exception de celles qui préserileraieiit des objets historiques intéressants. »
Meuse abbatiale et transaction de 1691 : « A supprimer, du moins pour la partie contentieuse ».
Olïicialité de Saint-Denis : « Supprimer tout ce qui est relatif aux contestations avec l'archevêque de Paris. »
Juridiction spirituelle de Cergy et du Grand Vicariat depuis 1G91 : à supprimer.
Conférences ecclésiastiques : « Supprimer tout ce qui n'est pas d'auteurs connus et estimés. »
Reliques : « Les titres concernant les reliques peuvent être des actes de donation et des aalentiques. Les premiers tiennent à l'histoire, et la place de la superstition est bien marquée. Sous ce rapport, ils peuvent être conservés en partie. Les aulnes sont à anéantir. Une saine critique en ferait moralement et physiquement justice, et il serait utile de l'appliquer à quelqu'une des reliques les plus accréditées ))....
Liasse des États des charges de la même abbatiale de 1660 à 1649 : « Parait bonne à supprimer ». Etc., etc.
Telle était la conduite d'archivistes qui étaient cependant animés, pour l'époque, d'un véritable esprit « conservateur ))....
IV, — Les (( Brûlements » d'Archives dans deux villes de Province.
M. Marcel Godet, archiviste-paléographe, a écrit 8ur les Brûlements d'Archives à Abbeville pendant la Révolution ^ une savante élude qui nous renseigne sur l'exécution en province de la loi du 17 juillet 1793. En voici les traits les plus caractéristiques.
Les archives d'Abbeville, u méthodiquement classées » dans les dépôts particuliers « ou simplement accumulées par superpositions successives, dans l'ordre naturel et invariable voulu par le temps )->, offraient aux historiens des ressources telles que a quelques matinées passées dans la trésorerie de la riche collégiale de Saint-Vulfran... en découvraient tout le passé ». De même pour les moindres villages, pour les simples hameaux. « Les communications de documents étaient fréquentes et faciles » et Don Grenier, au xviii^ siècle, put ainsi réunir sur la Picardie une collection monumentale de 352 volumes.
A Abbeville, en 1793, la Municipalité avait des opinions révolutionnaires u très modérées » ; mais la loi du 17 juillet étant formelle, k il importait... qu'un beau feu de vieux parchemins illuminât la fête », la fête du 10 août, « et signalât aux yeux de la Convention le zèle des administrateurs du Dis-
(i) Paris, Champion, igiS, in-80 de iCa p.
34" l'B VA>DAMSMK JACODIÎI
tricl )). Au Socrctarijjt s'entass.iieiit depuis 1790108 arcliives des coinmun.iulés religieuses, des abbayes, des prieurés 8up[)rirné3, les papiers des émigrés.
L'archiviste Siniait Hogcr en remplit un tombereau et alluma le bûcher où brûlèrent, entre autres pièces, les diplômes mérovingiens des abbayes de Saint-Uiquier et de Saint- Valéry. Un écrileau portait l'inscription :
A livrer aux flammes. Tilres de Privilèges et Concessions royales, Balles de Papes, Papiers féodaux. Titres de Noblesse de cy -devants.
« Les membres des corps constitués mêlés avec les soldats, — lit-on dans le procès-verbal, — ont formé des rondes autour du bûcher en chantant quelques cantiques civiques tandis que la cavalerie en formait une autre en sens inverse autour du Champ de Mars ». — « Le jour de ce brûlement, déclarèrent les administrateurs le 20 juin 1794, fut et dut être une bien grande fêle, non seulement pour les habitants, mais pour ceux de toutes les communes de la République »....
D'autres « brûlements » eurent lieu pour les archives de la ville d'Abbeville : dans la salle du Trésor, les officiers municipaux Dupont et Doisy prirent les documents par « brassées », retirèrent de l'armoire « des séries entières de pièces jugées compromettantes ou simplement inutiles. » Environ 1.200 pièces ou dossiers « assurèrent la part du feu ».
En outre, les détenteurs de titres féodaux durent, — sous la menace légale de « cinq années de
APPENDICES 34l
fer », — les apporter au greffe municipal : du 20 octobre au 3o novembre 1793, furent ainsi effectués cent quarante-sept dépôts, représentant près de dix-huit cents registres, cahiers, liasses ou dossiers, plans et cartes, qui furent réduits en cendres le 10 décembre, jour de la fête de la Raison. ({ Ce sont nos archives de notaire mutilées et incomplètes, conclut M. Godet — et l'on connaît leur extrême importance. — Ce sont de notables chartriers de seigneuries à jamais perdus ». C'est l'histoire de la Picardie catholique à jamais tronquée ; car « tout ce qui avait un caractère ecclésiastique paraissait mériter l'application de la loi ». Comme compensation, a une chose remarquable, nota André Dumont, c'est qu'en brûlant les saints et saintes avec tous les harnais ecclésiastiques » et avec les titres suspects, « la flamme était tricolore »...
Dans la nuit du 4 au 5 janvier 1795, un incendie, qu'on prétendit suscité par la malveillance ou le désir de faire disparaître des pièces compromettantes, acheva l'œuvre de destruction.
Que reste-t-il des riches archives de l'abbaye de Saint-Riquier, archives dont l'ancien inventaire compte plus de trois cents feuillets? Six registres et quelques liasses. Des documents de six autres abbayes? Un plan ou une liasse. Pour l'Abbaye du Lieu-Dieu, les Cordeliers, les Minimes, les Capucins, les Carmes, les Jacobins, les Minimesses, les Carmélites, les Usurlines? Rienl... Les morts ne parleraient plus...
34a LE VANDALISME JACOBIN
Il faut Jijoutor (ju'on anéantit des œuvre» d'art comme a un saint Georges d'argent d'un travail exquis », comme un Évangéliaire de Charlemagne à magnifKjuc reliure restaurée au xvii" siècle, « dont une des plaques d'argent supportait une petite statue de saint Jean admirablement ciselée ».
L'étude de M. l'abbé Uzureau, directeur de I'^Iaijoa Historique, sur les Brùlements d'Archives à Angers pendant la Révolution (i), est non moins instructive.
Le décret du 17 juillet 1793 reçut « toute son application » en Maine-et-Loire. A Angers, les autorités ne livrèrent d'abord aux flammes que les séries d'actes ou de registres indiscutablement (( féodaux » ; mais bientôt, a poussées uniquement par l'esprit révolutionnaire », elles sacrifièrent, en masse, les chartriers.
Les Affiches d'Angers donnèrent de la fête du 10 avril un compte-rendu renfermant ces lignes :
(( La loi prononçait le brûlement des titres de noblesse, et bientôt ces parchemins, qui depuis des siècles insultaient à la nature, ont reçu les honneurs que leur décernait la loi de l'égalité. »
Du 5 avril 1798 au 25 mai 1794, la Municipalité appliqua, à maintes reprises, l'inexorable « loi de l'égalité » ; le i5 novembre, en particulier, elle ordonna de rechercher « dans le char-
(i) Angers, Grassin, igi^, — in-S» de Aa p. — Avec un Etat sommaire des documents disparus.
trier de la maison commune tous les titres et papiers tant relatifs aux droits de ditïerente nature supprimés, qu'à la féodalité, pour être brûlés ». Il en résulta d'immenses destructions dont les archives de Maine-et-Loire (i) donnent l'inventaire, et qui se résument ainsi.
Furent brûlés les documents angevins les plus anciens et les plus précieux, notamment les 59 volumes des Privilèges de l'église cathédrale, volumes remontant jusqu'à l'an 770; i48 volumes des conclusions du Chapitre de Saint-Maurice ; 91 registres des insinuations ecclésiastiques (i554- 1792); 10 volumes de déclarations de bénéfices; les Privilèges de l'archidiaconé d'Outre-Maine (i5io- 1764); les Privilèges, cartulaires et conclusions de Saint-Martin, Saint-Pierre, du Ronceray, de TEvêché, etc. De 1761 à 1770, le feudiste Thorode avait admirablement classé les archives du Chapitre de la cathédrale : elles reçurent tous les « honneurs » du bûcher.
Citons encore les trois volumes des titres de la juridiction ecclésiastique, de la loi diocésaine, des provisions de l'église d'Angers (1000-1764); les cinq volumes des privilèges, droits, revenus et juridiction qu'avait sur les ciriers du duché d'Anjou le trésorier de l'église (1400-1770) ; les quatre volumes d'archives de la Faculté de théologie de l'Université d'Angers (1^04-1770) ; les sept registres de conclusions de l'Université (1696- 1702).
344 l'K VANDALISME JACODIX
Les archives de la Mairie d'Angers avaient été classées de 1776 à 178/4 par le sieur Fornbeure et ses deux aides. Cent cinquante et un volumes du Carlulaire avaient été reliés en parchennin bhinc ou en basane, aux armes de la ville, et rangés dans la grande salle haute. De ces 161 volumes, il n*en reste qu'aujourd'hui que i5, se rapportant presque tous aux xvii* et xviii* siècles.
Dans son Inventaire analytique des Archives anciennes de la Mairie d'Angers, Céleslin Port a écrit que les i36 volumes manquants, — « collection d'une valeur infinie », — étaient « restés », en 1828, dans le fatras pourri des « caves humides » du vieil hôtel municipal, alors abandonné; et le Jacobin convaincu qu'était Gélestin Port devait évidemment se complaire dans cette pensée : les régimes déchus poussant 1' u obscurantisme » jusqu'à livrer de telles richesses aux oubliettes et à l'égoût.
L'histoire, enfin bien connue, des autodafés révolutionnaires condamne désormais au ridicule de semblables préjugés.