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CHAPITRE PRÉLIMINAIRE Les Précurseurs

Sommaire. — La filiation de l' « Epicier de Bornel ». — Le « vandalisme chrétien r> des premiers siècles, L'édit de Milan. — La « liberté n protestante. Le vandalisme au XVJ^ siècle. Quelques exemples de destructions.

La fliiation de Lçg « Vandales » Jacobins ont eu des

r « Epicier

de Bornel ». précurseufs. Mais h quelle époque ? Un critique éminent et réputé d'ailleurs pour sa « modération », M. Paul Souday, écrivait naguère : « Les vrais devanciers des hébertistes furent les chrétiens du iv® et v^ siècles qui, en haine du paganisme, par l'ordre ou avec la connivence des évêques et des empereurs convertis, détruisirent des milliers de temples et de statues antiques. Ils ne crurent pas pouvoir rejeter les dieux de l'hellénisme sans se livrer à un carnage de chefs-d'œuvre. 11 y eut sans doute des précédents à des époques plus reculées et plus barbares ; mais, pour notre âge moderne, c'est là l'origine de la tradition. L'épicier de Bornel a de qui tenir (i). »

(i) Feuilleton du Tempt du So juillet igiS.

2 LE VANDALISME JACODIÎI

Ce jugement était amené par une phrase de M. Maurice Barres, phrase de combat lancée le 25 novembre 191 2 à ses contradicteurs du Palais Bourbon (i) : « Gomme autrefois l'humanité rejeta les dieux de l'hellénisme, s'écriait l'académiciendéputé, vous croyez le moment venu pour que le Christ n'ait plus ni temples, ni fidèles. 0

Qu'y a-t-il d'exact dans cette filiation de 1' « épicier de Bornel )) ?

Le « vandalisme L'histoirc nous apprend qu'en effet

chrétien » des *

premiers siècles, beaucoup de monuments païens furent fermés, démolis et même détruits lors du triomphe du christianisme. Constantin interdit l'entrée de certains temples ; il en fit découvrir qui ne tardèrent pas à tomber en ruines ; il tira de l'ombre propice des statues de bronze, révérées depuis des siècles, pour les exposer sur les places publiques aux yeux du peuple désabusé; il fit fondre d'autres statues d'or ou d'argent et en distribua la valeur en libéralités ; il renversa de fond en comble certains sanctuaires, malgré la superstition qui s'attendait à voir les dieux frapper les profanateurs (2).

Mais l'histoire nous apprend aussi la cause de ces destructions.

Le temple d'Aphaque, sur le mont Liban, par

(i) Reproduite depuis dans la plaquette : Autour des églises de village (Patis, Messein, igiS).

(a) Voir Rohrbacher, Hist. Univ. de l'Église cath., t. VI, p. i84.

exemple ; celui d'Egée, en Gilicie ; celui d'iïéliopolis, en Phénicie, étaient le théâtre d'impuretés abominables, souvent criminelles, et c'est pour cela qu'ils furent anéantis. On y trouva des ossements et des tètes de mort détournées pour les opérations magiques. A Alexandrie, Tévêque Théophile, ayant demandé à Théodose les murailles d'un ancien temple de Bacchus pour y aménager une église chrétienne, on découvrit dans ses souterrains secrets d'obcùnes figures qui renseignaient le peuple sur les rites qui s'y célébraient. Dans la môme ville d'Alexandrie vivait un prêtre de Saturne, nommé Tyran : lorsque ce prêtre voyait aux pieds de l'idole un païen dont la femme lui plaisait, il lui apprenait que Saturne ordonnait que cette femme vînt passer la nuit dans le temple. Elle y venait, en effet, chargée de riches offrandes, et y restait seule. La nuit, Tyran pénétrait, par une allée souterraine, dans lô creux de l'idole, et la femme tressaillait de crainte et de joie en entendant le dieu lui parler d'amour. Tyran éteignait les lumières au moyen de cordes disposées à cet effet, et descendait vers l'adoratrice, qui se livrait à lui. L'une d'elles, enfin, eut horreur de pareilles faveurs, écouta plus attentivement les paroles de l'idole^ reconnut la voix de Tyran et le dénonça à son mari qui se porta accusateur. Mis à la question, le prêtre fit des aveux qui couvrirent d'infamies les plus notables familles d'Alexandrie (i).

Tels étaient les cloaques qui disparaissaient à

(i) Rohrbacher, VII, p. 378.

a m: vandalisme jacobi.x

l'aube irnmaciilùc du christianisme. Plaire à l* « épicier de Borne! » l'honneur de lui donner les Empereurs clirétiens pour précurseurs, n'est-ce point confondre ses accès d'irnbécillilé avec les plus sublimes conquêtes de la civilisation des temps nouveaux?

Au rc!?te, le triomphe du christianisme dans l'empire romain n'eut rien de matériellement comparable au triomphe du jacobinisme sur la France chrétienne; et s'il se perpétra en 1798, — au nom du dieu nouveau et 1res ancien qui reprenait possession des édifices sacrés, — un véritable « carnage de chefs-d'œuvre », c'est en vain qu'on accolerait au nom d'un Hébert celui d'un Constantin ou d'un Théodose.

Tous les temples païens ne furent pas transformés en églises chrétiennes pour la bonne raison que, destinés à l'accomplissement des rites et non aux assemblées populaires, ils n'étaient point assez vastes pour une religion qui compta bientôt autant de fidèles assidus aux offices que de citoyens. Ce sont les basiliques, édifices à trois nefs séparés par des colonnades, où jusqu'alors se réunissaient les marchands pour traiter leurs affaires et la foule pour entendre les juges prononcer leurs sentences, ce sont ces enceintes profanes qui devinrent d'ordinaire les primitives églises.

Pourtant, beaucoup de temples païens reçurent

LES PRECLRSEUIIS Ô

la même destination (i). Les autres, — ceux du moins que l'immoralité n'avait point justement condamnés, — conservèrent leur destination. Non seulement Constantin et ses successeurs ne les démolirent point, mais encore ils y laissèrent les dieux agoniser et mourir « de leur belle mort ». L'Edit de Milan. ^^ La liberté de religion, — disait rÉdit de Milan, — ne doit pas être contrainte, et il faut permettre à chacun d'obéir dans les choses divines au mouvement de sa conscience. » Ainsi, pour la première fois dans l'histoire du monde, et après trois siècles d'atroces persécutions païennes, était proclamée la liberté de conscience par un empereur chrétien (2).

L'Édit de Milan eut-il le sort d'un autre Édit proclamé quinze siècles après? Fut-il suivi, comme la Déclaration des Droits de VHomme, par une persécution qui se serait à l'avance condamnée?

Non seulement Constantin et ses successeurs immédiats garantirent au paganisme à. jamais vaincu une liberté qu'il avait refusée au christianisme naissant, mais encore ils lui laissèrent tous les privilèges dont il jouissait alors qu'il était la religion olïicielle de l'Empire. Les temples conservèrent leurs dotations séculaires. Le collège des pontifes, dont l'empereur restait d'ailleurs officiellement le chef, pontifex maxinuis, garda ses droits sur les sépultures.

(i) Tel, à Rome, Saint-Urbain hors de la porte Capène, au-dessus de la source d'Egérie ; tel le temple de Damas, et, à Héliopolis, le temple du Soleil.

(3) Voir, pour tout ceci, lo magistral exposé de M, Jean Guiraud (Histoire partiale. Histoire vraie, t. I, cliap. ix.)

b LE VA?inA.LISME JACOBIN

L'fitat, les provinces, les villes continuèrent à subventionner les temples païens et à y faire célébrer les anciens sacrifices. En 323, Constantin renouvela son édit de 3i3 et interdit de chercher querelle à personne en raison de ses opinions. Il avait défendu en 3i9 certaines pratiques ((divinatoires»), mais c'avait été pour prévenir les complots qui se tramaient contre lui cl contre l'État sous prétexte de divination. 11 fit fermer les temples égyptiens des prêtres androgynes, et les temples cilicicns où le culte de Vénus consacrait la prostitution, mais est-il coupable, encore une fois, de persécuter la débauche ?

En 34i, puis en 356, Constance, Constant et Julien insérèrent au code Théodosien une loi nouvelle qui prohibait sous peine de mort les sacrifices païens ; mais cette loi ne fut point appliquée (i). Au milieu du IV® siècle, les sénateurs païens jouissaient encore des gros revenus de leurs titres sacerdotaux, et leur chef, le pontife Symmaque, écrivait à la louange de Constance : (( Il conserva l'ancien culte à l'Empire, bien qu'il suivît lui-même une autre religion. II respecta les privilèges des vierges de Vesta. II nomma des nobles au sacerdoce et ne refusa pas de subvenir aux frais des cérémonies romaines. » Jusqu'en /ioo, le poète chrétien Prudence vit se dérouler dans les rues la procession de Cybèle.

La tolérance religieuse date doDc bien du triomphe du christianisme ; et il n'a pas fallu moins d'un

(i) Fait établi par Symmaque, Prudence, saint Augustin, le duc de Broglie, M. Paul Allard.

retour en arrière de quinze siècles pour voir un gouvernement interdire à Dieu des actes publics, proscrire ses u collèges » sacrés, et dépouiller les morts eux-mêmes de leurs droits imprescriptibles. Encore le paganisme persécuteur eut-il cette supériorité sur le jacobinisme révolutionnaire qu'il n'a jamais prétendu sévir au nom de la « liberté de conscience. »

La (( liberté» . . , . /-

protestante. Cette smguliere prétention est précisément celle que s'attribue le protestantisme ou qu'on lui attribue.

La liberté de conscience fut en efYet le cri de guerre de la Réforme ; mais quels furent la nature elles résultats de celte guerre (i)?

Luther n'eut pas plutôt fait prévaloir contre le Pape et les Évoques sa doctrine du c libre examen », qu'il se posa en prophète infaillible, u ayant plus d'autorité dans son petit doigt, écrivait-il à Henri VIII, que mille papes, rois, princes et docteurs ». Il présentait sa doctrine comme celle de Dieu lui-même et comnie ((équivalant à l'Évangile». Il réclamait en conséquence l'immolation de ses contradicteurs, l'interdiotion de tout culte différent du sien, la destruction de toutes les églises cl de tous les couvents, et c'est ici, c'est à ce point de vue que Luther apparaîtra, pensons-nous, comme le digne précurseur de Hébert.

(i) Encore ici, nous nous inspirons de l'admirable redresseur de contre-vérités qu'est l'ouvrage de M. Jean Guiraud. (///s/otre par^iafe, Histoire vraig, t. II, chap. m, xiii, xiv et xy.)

8 LE VANDALISME JACODI?!

(( La doctrine des bonnes (lîuvres ou doctrine catholique], écrivait Luther, est si pernicieuse et si funeste que si l'on rasait toutes les églises et toutes les abbayes, et si l'incendie les réduisait en cendres, le mal serait moins grand, même si l'incendiaire avait agi par pure malice, que si une seule âme était entraînée dans une semblable erreur [le catholicisme]... Si le clergé ne suit pas la voie que je lui trace, je souhaite non seulement que ma doctrine amène l'entière destruction des couvents et des abbayes, mais que, de mes propres yeux, je puisse un jour les voir réduits en un monceau de cendres (i). »

Ces criminelles exhortations furent suivies en Allemagne, dès i525, par d'effroyables incendies, par des massacres en masse de prêtres, de religieux et de fidèles : « Je pense avec l'Apocalypse, écrivait Luther en 1626, qu'il faut continuer à abreuver la prostituée Rouge, — [c'était le nom qu'il donnait à l'Église catholique]..., — et lui compter autant de douleurs et d'amertumes qu'elle a eu jadis de joie et d'honneur, jusqu'à ce qu'elle soit foulée aux pieds dans la rue comme la boue, et que rien ne soit plus honni, plus vil en ce monde, que cette Jézabel sanguinaire... Maudit soit celui qui sera négligent dans ce devoir, puisqu'il sait bien que l'accomplir c'est servir Dieu qui veut la ruine et l'extermination de cette abomination sur la terre (2). »

Les juifs devaient subir le sort des catholiques :

(i) Janssen, II, p. ^187-4 88.

(2) Luther, Œuvres complètes, t. XXIX, p. 377-878.

Luther proposa dans l'un de ses écrits de u mettre le soufre, la poix et, s'il se pouvait, le feu de l'enfer aux synagogues et aux écoles juives; de détruire les maisons des juifs ; de s'emparer de leurs capitaux et de tous leurs effets précieux, et de les chasser en pleine campagne comme des chiens enragés ».

De même pour les protestants qui avaient le malheur d'user du lihre examen et d'interpréter les Ecritures autrement que Luther : « S'il est une chose à regretter, disait-il de Garlostadt qui différait d'avis avec lui au sujet de la Présence réelle dans l'Eucharistie, c'est qu'il a eu affaire à des princes trop faibles. En d'autres pays, s'il fut venu troubler les gens avec de pareilles impertinences, on aurait très bien pu faire danser sa tête et celle de ses confrères sur une fraîche lame d'acier, et le traitement eût encore été doux » (i). Ne croirait-on pas entendre à l'avance les ricanements d'un Marat, d'un Carrier ou d'un Fouquier-Tinville ?

Cette belle tolérance fut prêchée par les disciples de Luther, par Bucer, par Zwinglc, par Méianchton, par le u paisible » Méianchton lui-même qui signa des arrêts de proscription comme celui-ci : a Partout où les messes et abus scandaleux sont encore tolérés, partout où cette tolérance a fortiOé l'obstination des pieux et bons chrétiens, tout membre de la Ligue est tenu dans ses domaines de faire disparaître le scandale, le plus convenablement et équitablement

(i) Jaasscn, II, p. ^91, — Voir aussi Luther, Œuvres complètes, t. XXVI, p. ioS-ia8. (Contre la Papaa'é fondie h Rome par le Diable, traité écrit par Luther l'année de sa mort.)

10 LE VANDALISMi: JACOBIN

qu'il so pourra, et de détruire les labcrnacles, les custodes du Saint-Sacrement, les autels, les tableaux, les images (i). »

Au contact du sol français, la « liberté » protestante serait-elle devenue une véritable liberté ? Nullement, car les calvinistes français suivirent à la lettre les enseignements de leur maître, identiques à ceux de Luther. Calvin non plus n'abandonna rien aux recherches du libre examen : attaquer sa doctrine, c'était (( dépiter Dieu en sa personne » ; confondant sa propre gloire avec celle de Dieu, il ordonnait de (( n'épargner ni parentage, ni sang, ni vie qui soit, et qu'on mette en oubli toute humanité quand il est question de combattre pour sa gloire » (2). Lorsque Genève eut exécuté Michel Servet, il déclara qu'il était «licite » de punir ainsi les hérétiques, et l'on connaît la terreur sanglante qu'il fit régner dans sa ville. Ses disciples l'approuvèrent, et l'un d'eux, Théodore de Bèze, directeur d^ conscience des huguenots français, fit ainsi la théorie de l'extermination des catholiques: u Ces galants sont bien dignes qu'en leurs personnes on pratique le point de doctrine que je veux soutenir, à savoir que les blasphémateurs et hérétiques doivent être réprimés et punis par les magistrats... Mieux vaut avoir un tyran, voire bien cruel, que d'avoir une licence telk que chacun fasse à sa fantaisie. Ceux qui ne veulent point que le magistrat se mêle des affaires de la

(i) Actes de la Ligue de Smalkalde, i3 avril i54o, cités par Janssen t. m, p. 17/,.

(2) Déclaration pour maintenir la vraie foi, p. ^5-46.

religion, et principalement de punir les hérétiques, méprisent la parole de Dieu expresse... Prétendre qu'il ne faut pas punir les hérétiques, c'est comme s'ils disaient qu'il ne faut pas punir les meurtriers de père et mère, vu que les hérétiques sont infiniment pires (i). »

Or le vandalisme protestant fut la conséquence logique, nécessaire, de ces principes, et nullement, comme on l'a prétendu, l'effet d'aveugles représailles dues aux guerres de religion.

,e Vandalisme gi la victoire du christianisme sur le

au

xvi<3 siècle. paganisme avait coûté à l'humanité la disparition d'un certain nombre de monuments de l'art antique, elle l'avait dotée par contre d'un subhme idéal qui, durant mille ans et plus, devait la soulever de la terre vers le ciel, et couvrir l'Europe d'une floraison de chefs-d'œuvre dont les harmonies séculaires unissent toujours les morts et les vivants dans un merveilleux cantique d'adoration.

(( L'Eglise, a-l-on dit, s'est emparée de l'art, et, en le maîtrisant, elle l'a porté au plus haut degré de sa puissance civilisatrice et consolatrice (2). » Ce sont en effet les moines qui transformèrent peu à peu les basiliques latines en églises byzantines et furent ainsi les architectes de l'art romain ; ce sont les

(i) Cité par M. Ferd. Buisson, Sébastien Caslillion.

(a) L'Église et l'Art, discours prononcé à la distribution des prix du Collège de Juilly par le P. Paul Lallemand, de l'Oratoire, agr. de rUniv., dr es lettres, (Paris, Dumoulin, 1896), p. 10.

Li LE VANDALISME JACODI?!

évoques cjui firent sortir de ce dernier Tart gotliique dont ils furent les promoteurs. Ce sont aussi les moines et les cveques qui furent, durant de longs siècles, les seuls dépositaires de la pensée antique, et arrachèrent à la barbarie ce qu'il y avait d'immortel dans la civilisation païenne.

Nous n'avons point à tracer ici le tableau des splendeurs de l'art français du Moyen-Age : il suffit de pénétrer dans une cathédrale de cette époque pour sentir le néant des déclamations accumulées sur son « obscurantisme » par les écrivains dont ia seule excuse serait de l'ignorer. Un peuple qui a su faire jaillir de son intelligence et de son cœur les prodigieux faisceaux de lumière que sont Notre-Dame de Paris, d'Amiens, de Chartres, ou de Strasbourg, n'était point un peuple plongé dans les ténèbres. Nos architectes les plus habiles et les plus illustres reconnaissent des maîtres dans les constructeurs inconnus de tels monuments. Nos sculpteurs et nos peintres restent muets d'admiration devant la science profonde des humbles artisans, souvent des simples moines, qui surent fixer la vie» — vie humaine ou vie animale et végétale, — dans tous les recoins de leurs églises.

Or, c'est cette monumentale « légende des siècles » , ce sont ces trésors populaires entre tous que la Réforme — avant la Révolution — s'acharna à effacer du sol de la France et de l'Europe.

De même que les protestants ou les « protestantisants » de 1790 prétendirent renouer les traditions de la primitive église en appliquant — de force —

LES PRÉCURSEURS l3

au catholicisme une « constilutiipn civile » destinée à l'asservir, à la corrompre et bientôt à l'anéantir, de même les protestants du xvi* siècle se prétendirent d'accord avec les législateurs de l'Ancien Testament en prêchant la destruction de tout ce qui rattachait le catholicisme à son passé, de tout ce qui les convainquait par conséquent d'hérésie. Il devint criminel de suspendre des tableaux ou de placer des statues, voire des crucifix à l'intérieur des temples. Cette proscription gagna bientôt la voie publique et on vit à Paris, trente ans avant les guerres de religion, — deux siècles avant la Terreur, — les Huguenots français briser les statues de la Vierge qui décoraient les maisons. Des images, l'ostracisme s'étendit naturellement aux ornements sacerdotaux, aux ostensoirs , aux calices , à tous les objets du culte, — puis aux églises elles-mêmes et aux couvents. « Quand on détruit leurs nids, observait Zwingle, les cigognes ne reviennent plus ! » Cette doctrine barbare se traduisit sans tarder par des actes.

u C'est tout un livre qu'il faudrait pour décrire sommairement le vandalisme protestant et faire apprécier la valeur des œuvres d'art qu'il a détruites ou dispersées sur l'ordre de ses prédicants et de ses pasteurs (i). » Ce livre est en voie de préparation (3); en l'attendant, empruntons encore quelques exemples à rescjuisse qu'en a tracée M. Jean Guiraud.

(0 Histoire partiale y Histoire vraie, II, p. 348.

(a) M. Tabbo Victor Carrière, directeur de la lîcvue de l'Histoire de France, a institué à ce sujet de vastes enquêtes documentaires.

l4 LE VA?fDALI8ME JACODM

Quelques j\Jq noQS occupons (iiic (Ics Hu£fueriots

exemples de des- ' * °

traction. français (i)et(les seulscxploits antérieurs à ce Massacre de Vassy (1662) dont tant d'historiens ont, à l'envi, dénaturé le caractère et les conséquences.

A Bergerac, en i5/i4, les Huguenots dépouillent les couvents des Carmes et des Cordeliers de leurs croix, de leurs calices et de leurs ostensoirs. — Plus tard, ils détruisirent l'église du prieuré de Sainte- Catherine du iMercadil.

A Sainte-Foi, en i547, sur les excitations d'un prédicanl de Genève, (Aymon de Lavoix), ils dévastent l'église paroissiale et ne laissent debout que quelques murs dénudés.

A Nîmes, en i56o et i56i, ils brisent les images etrenversent les autels de Saint- Jacques du Capitole dont ils font un temple ; ils envahissent l'église cathédrale pendant l'oiïîce pontifical et la dévastent ; ils agissent de même aux Carmes, aux Jacobins, chez les religieux de Saint-Sauveur et de Sainte- Claire, dans les églises des environs. Devant la cathédrale, un grand feu dévora les tableaux, les ornements sacerdotaux, les reliques, les saintes hosties et les archives. En février 1662, — (l'échaufifourée de Vassy n'eut lieu que le i^' mars), — un synode protestant de 70 ministres présidés par le pasteur Viret décida de démolir toutes les églises de la ville et du diocèse. De la cathédrale qu'Urbain II avait

(i) M. Guiraud donne aussi des exemples pour l'Allemagne, les Pays-Bas et la Suisse, — Les scènes que nous allons signaler sont identiques à celles de 1793, et c'est pour cela que nous insistons sur ces antécédents.

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rétablie au xi* siècle, il ne subsista que la façade. L'église Sainte-Eugénie fut transformée en magasin à poudres (i).

A. Bourges et aux environs, en i56i, commencèrent à se dérouler d'horribles émeutes : comptant sur la complicité de Catherine de Médicis et de Michel de l'Hôpital, les Huguenots pensaient l'emporter par le fer et par le feu. A Bourges même, disparurent d'inestimables trésors. Aymon fit démolir par ses soldats un pan de mur de la Sainte-Chapelle ; raila les pierreries, les perles, les camées ; détruisit les reliquaires, les statues, les calices d'or et d'argent dont 727 marcs payèrent les émeutiers. Au couvent des Annonciades, un plendide retable en marbre précieux représentant l'Annonciation, les figurines d'albàtrc donnés par la duchesse Jeanne, le tableau et les parements à la romaine de son tombeau furent martelés et renversés. La veille de la Fête-Dieu, on dressa des échelles le long des murailles delà cathédrale a pour briser avec de gros marteaux de fer les image en bosse » ; des cordes furent attachées aux figures des couronnements et les firent basculer sur les degrés. On atteignit à coups d'arquebuse ce qui était inaccessible. A l'intérieur, la meute huguenote se rua sur les autels, lacéra les tapisseries et les tableaux, martela les basreliefs du jubé, jeta au vent les reliques de la chasse de saint Guillaume et s'empara des objets d'orfèvrerie.

(i) En Périijord, do i56o à 1570, on ne cite pas moins do vingt quatre églises qui subirent le même sort.

iC I.K VA!1DALISME JACODI?»

A Castres, en décembre i56i et janvier 1662, on mit à sac la cathédrale Saint-BenoJt et toutes les autres églises de la ville (1).

Toujours en loGi, les iconoclastes opérèreut à Agen, où les débris des autels des couvents d'hommes et de femmes furent brûlés par la main des bourreaux; à l'abbaye de Saint-Paul-Trois-Chateaux, où les reliques de saint Restitut furent traitées comme les croix, les calices et les ornements sacrés; à Bazas, où les orgues elles-mêmes furent anéanties ; à Vienne, où le portail de la cathédrale fut mutilé la nuit par une bande de quarante Huguenots, et où trois autres églises furent à leur tour dépouillées de leurs statues; ù Montauban, où toutes les églises furent ravagées, sauf la cathédrale — qui, elle, fut démolie cinq ans après en même temps que les églises Saint-Jacques et des Jacobins ; à Orange, dont les églises Notre-Dame et des Jacobins, d'abord dépouillées, furent converties en temples ; à Montpellier, où la cathédrale Saint- Pierre, merveilleusement ornée au xiv® siècle par Urbain V, fut saccagée en sept heures, où soixante églises et chapelles furent pillées, où furent mis en pièces les anciens tombeaux dont les ossements devinrent la proie des chiens.

Signalons qu'à Lyon, en i562, fut affreusement mutilée la robe de pierre de celte cathédrale Saint- Jean qui affirme si haut u qu'il n'est pas de levier plus puissant, de force plus persistante, plus irré-

(i) On converlit en monnaie la châsse de saint Benoît (qui pesait 80 marcs d'argent) et l'argenterie des églises.

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sistible que l'exaltation d'un grand sentiment populaire habilement dirigé, surtout lorsque ce sentiment s'appelle foi ou patriotisme (i) ». Les calvinistes détruisirent les cinquante grandes statues des soubassements (intérieur et extérieur) et du second étage de la façade ; ils martelèrent, « avec une patiente fureur, et la série des deux cents médaillons sur les trois tympans, et les nombreuses figures des trois portails »> ; ils pillèrent le magnifique Trésor...

Telles furent, pour la France, — pour la France catholique jusqu'aux moelles, — les premières conséquences d'une Réforme qui aurait poursuivi, alfirme-t-on encore, « une grande tentative d'affranchissement de la pensée humaine..., contre le pouvoir absolu dans l'ordre spirituel », et fondé « l'esprit critique » (2).

L'esprit critique.^ C'est, on l'a constaté, l'esprit de tyrannie, appuyé sur l'esprit d'anarchie, qu'il faut dire ; et on va voir le système porter de semblables fruits à l'époque du vandalisme jacobin.

(i) Notice historique de M. C. Guigue, archiviste départemental, dans la Monographie de la Cathédrale de Lyon, par M. Lucien Bégule (in-4<*, Lyon, 1880).

(a) M. Aulard. — On trouvera à l'Appendice I d'autres exemples de destructions accomplies de i5Ga à lôûg.

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