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I.a l'cic de Roucneratioii

LES PRINCIPES DU VANDALISME .lACOinN 2 5

nitivement constituée le 3i mai 1792 sous le nom de Commission conservatrice des Monuments.

Ses membres, qui étaient 33 à la date du 18 octobre 1792, exprimèrent l'espoir de mettre les Municipalités en mesure, par de nombreuses instructions, de (( conserver dans toute la France et de sauver des mains de l'ignorance et de la malignité les monuments des arts, et d'en prévenir les ventes inconsidérées qui en auraient dépouillé la nation ». Espoir sincère ? Nous n'en doutons pas, mais ces belles instructions n'eurent à peu près aucun elîet : par négligence, faiblesse ou ignorance, les Municipalités les éludèrent ; n'étaienl-elles pas au reste contredites par les décrets de l'Assemblée législative, par exemple par le décret du i4 août 1792 ordonnant la destruction des monuments de féodalité P Les volontaires logés dans les immeubles nationalisés et transformés en caserne se mirent alors à dégrader tout ce qui rappelait l'a ancien régime » : faisaient-ils autre chose que d'exécuter la loi ? Nullement, et l'on vit certains corps administratifs les engager eux-mêmes à achever leur œuvre « patriotique ».

La Commission a s'en inquiétait » : or, elle était elle-même chargée d'activer l'exécution du décret du i4 août 1792, de concert avec les administrateurs des travaux publics ! Comme elle osait temporiser, un nouveau décret, du 4 juillet 1793, invita la municipalité de Paris à anéantir a les objets sculptés ou peints sur les monuments publics, soit civils, soit religieux, qui présenteraient les attributs de la royauté ou les éloges prodigués à des rois». A

'2i) l.i: VAMMI.ISME JACOfii.X

riIolcl-dc-Villc, fut alors corislituée une grande (Commission composée de quatre membres de la Commission des Monamenls, (Le Blond, Ameilhon, Moreau et Boizot), de six délégués de la (Commission des Arts, (Renaud. Pajou fils, Goys, Monnot(i), Devvailly et Perrier), et de trois administrateurs des Travaux publics (Jallier, Avril, Dunouy). Cette (( Assemblée » arrêta d'o imprimer, d'afTicber et d'envoyer aux papiers publics » la proclamation suivante :

(( Le (Comité des Travaux Publics à ses concitoyens.

» La Convention Nationale, par son décret du 4 juillet, a formé une Commission d'artistes chargés de surveiller la destruction des attributs de la Royauté qui existent encore sur les monuments publics.

» La brièveté du temps (fixé pour cette opération au 10 août) n'a pas permis à cette commission d'enlever en totalité les signes de la royauté ; elle s'est donc trouvée forcée de les couvrir de plâtre provisoirement.

)) Ne croyez pas, citoyens, que ce soit un prétexte pour conserver ces marques de l'esclavage ; le patriotisme des artistes est trop connu, et ils s'empresseront immédiatement après la fête de les abattre et d'y substituer d'autres ornements qui pourront ajouter à ces monuments un caractère mâle qui convient aux édifices républicains (2). 0

(i) Suppléant Rolland.

(2) Signé : Jallier, adm. des trav. pub!., président ; Coulombeau, secr.-grefïier. (Archives Nationales, M. 666.)

Voilà comment s'exprimaient publiquement les fonctionnaires chargés de (( conserver » les monuments! Ils ajoutaient, il est vrai, une restriction:

u L'Assemblée arrête en outre qu'aux différents monuments et bustes on n'enlèvera que les couronnes, fleurs de lys, armes et autres signes de la royauté, et que le reste sera conservé comme nécessaire aux arts et à la décoration des monuments ».

Mais, encore une fois, que valaient de semblables avis en présence de la « nécessité » d'abattre (( les marques de l'esclavage » ? Au sujet du (( dépouillement » du Louvre (i), le ministre de l'Intérieur lui-même se plaignit à la Commune de ce que l'exécution de la loi du Ix juillet eût été confiée (( à des hommes peu intelligents ou mercenaires qui, la hache en main, abattent ou précipitent sur les entablements des édifices les statues qui en rehaussaient l'architecture, et qu'il eût été peutêtre facile au bon goût de transformer en des sujets d'un caractère républicain sans déshonorer les ciseaux qui les avaient produites et sans briser par contre-coup les divers ornements qui en sont les accessoires. (2) » La Commission, elle, trouva simplement que « les commissaires avaient marqué dans cette opération assez de discrétion et de goût » : du moment qu'on avait métamorphosé les fleurs de lys en fleurons et en épis de blé, les chiffres royaux en palmes ou en branches de lauriers, la République devait être satisfaite...

(0 Voir plus loin, chap. v.

(2) Lettre du lû pluv. an II (3 février 179^). Arch. Nat, F. i3, 213.

aS lE VANDALISME JACOBI.1

Celte complaisance pour le vandalisme à la mode était d'autant plus condamnable que les commissaires savaient parfaitement à (juoi s'en tenir sur ses inéluctables et désastreuses conséquences. Ainsi, l'un d'eux, Ameilhon, avait écrit en 1790 (i) au sujet de la suppression des armoiries : « Je ne serais pas surpris de le voir [le peuple] exiger qu'on livrât les vitraux de la plupart de nos églises et qu'on renversât un grand nombre de tombeaux, chefs-d'œuvre de l'art, sous prétexte qu'ils sont décorés d'armoiries ; et, allant de conséquence en conséquence, bientôt voudrait-il qu'on arrachât les sceaux de nos chartes et qu'on déchirât tous nos livres d'histoire et de généalogie ». On en vint là, en effet. C'est Ameilhon lui-même qui, en juillet 1793, préposé avec trois de ses collègues au « triage » des archives ecclésiastiques, commença par faire brûler 600 registres sur la place Vendôme (2). C'est un de ses collègues. Poirier, qui dut présider, en août 1798, avec le peintre Cossard, à la démolition des tombeaux de Saint-Denis, Poirier qui, deux ans auparavant, avait émis « l'idée vraiment philosophique » de réunir à Saint-Denis toutes les tombes royales. C'est le même Poirier qui, envoyé à Franciade « pour procéder au triage des objets réservés à la nation dans le trésor de l'église ci -devant abbatiale », en fut réduit (le i3 novembre 1793) à écrire ce rapport : « Il m'a été impossible de remplir ma commission parce que

1) Lettre k M. Ctiampion du 8 déc. 1790. (a) Voir plus loin, p. hà.

la Municipalité et lu société populaire de Franciade (ont été) fort empressées à porter eu masse à la Convention nationale ce trésor de celui de la cidevant Sainte-Chapelle qui y a été joint en 1791 (v.s.) (i) »

Continuera-ton à appeler la (Commission des Monuments une commission u conservatrice » ?

La Commission La Commission temporaire des Arts

mporairc des arts:

théorie mériteratelle mieux cet élogieux quali-

et pratique.

ficatif ?

Elle tint sa première séance le i*"" septembre lygS, — deux mois et demi avant la suppression (2) de la Commission des Monuments. — Adjointe au Comité d'Instruction publique qui lui servait a d'égide » et dont elle était 1' « un des yeux », elle était présidée par l'un des membres de ce Comité de la Convention. Parmi les artistes qui la composèrent, citons Lebrun, Lenoir, Naigeon, Fragonard, Bonvoisin, Le Sueur, pour la peinture ; Dupasquier, Michallon pour la sculpture ; Hubert, Lannoy, Le Roy, Percier, pour l'achitecture. Elle semblait donc réunir à la fois, pour remplir sa lâche, les lumières et l'autorité.

Cette tache est exposée dans une u instruction sur la manière d'inventorier et de conserver dans toute l'étendue de la République les objets qui

(1) Lettre confirmée par celle de Laforcade (Appendices, n" m).

(2) i!^ déc. 1793.

3o l-K VANDALISME JACOBIN

peuvent servir aux arts, aux sciences et à renseignement )) (i), instruclion envoyée h tous les Districts le i" germinal an 11 (21 mars 179'ij par le ministre de Tlntérieur Paré. Nous y lisons : « I^endant que des personnes recommandables par leur , civisme et par leur instruction, choisies par les districts, de concert avec les sociétés populaires, sont occupées du recensement et de la conservation des objets qui doivent servir à l'enseignement, il ne faut pas que des citoyens tout à fait étrangers à l'étude des arts se permettent de renverser des monuments dont ils ne connaissent ni la valeur ni les motifs, sous le prétexte qu'ils y voient des emblèmes de superstition, de despotisme et de féodalité ». Ces citoyens sont trop ombrageux : « Tu crois rencontrer l'effigie d'un roi : ici, c'est la statue de Linneus, de cet ami immortel de la nature; là, c'est le dieu des bergers ; plus loin, c'est une tête de Minerve ». Et l'Instruction rappelle la loi du 4 brumaire an II (26 octobre 1793) (2) dont l'article X invite les sociétés populaires à surveiller avec le plus grand zèle l'exécution des mesures conservatrices...

Sous cette sotte phraséologie, était-il possible d'être moins <( conservateur » ? Et le meilleur moyen de ruiner nos monuments n'était-il pas de les confier au « civisme » des sociétés populaires (3) — auxquelles on recommandait seulement

(i) lu /jo de 70 p.

(2) Moniteur, xviii, p. 22:4.

(3) Voir plus loin, chap. ix, ce qui en résulta à Fontainebleau.

LES PRINCIPES DU VANDALISME JACODIN 3l

d'épargner des elligies analogues à celles de Minerve, du dieu des bergers ou de 1' ^i ami inrimortel de la nature » ?

Plus tard, — le 28 février 1796, — la Commission proposa au Comité d'Instruction publique l'organisation d'une u agence ambulante cliargée de porter un d'il vigilant sur toutes les parties de la France, de découvrir ce que l'esprit de rapine chercherait à lui dérober, d'éclairer l'ignorance qui méconnaît les trésors qui sont entre ses mains, d'arrêter cette fureur destructive qui se manifeste encore ». Louable projet à une époque où l'on voulait abattre les châteaux de Chantilly, de Praslin, d'Ecouen, — là, dans une longue galerie dont les vitraux étaient peints par les plus célèbres élèves de Raphaël et d'après ses desseins, on avait logé des soldats qui cassaient une vitre et « privaient la République d'un chef-d'œuvre » chaque fois qu'ils tiraient les cordons des fenêtres ; — la tour Saint- Maclou à Mantes; l'église de Franciade ; à Paris, les premières orgues de la capitale, chef-d'(i3uvre de Clicau, dont les tuyaux et les soulllets seraient transformés en balles : u Par des vues soi-disant économiques, observait la Commission, on allait détruire un chef-d'œuvre, perdre 80.000 francs de dépenses pour en retirer du plomb et du fer valant à peine i.ooo écus ». Oui, louables plaintes, mais contre un état de choses que la Commission et le gouvernement qu'elle représentait avaient travaillé à généraliser.

Elle déplora en 1795 de s'être heurté « aux opi-

nions désastreuses dont le Comité [d'Instruction l^ublique] lui-menne vit quelques-uns de ses ineinl)res fortement entachés » ; tandis (|ue i< le vandalisme étendait ses ravages sur le territoire de la République »>, les vœux, les instructions, les efforts des Commissaires étaient « restés sans activité ». Comment en aurait-il était autrement ? C'est le vandalisme en efîet, et non la protection des œuvres d'art, qui répondait aux vues du législateur et aux soucis de l'administration. Envisageant le dépouillement architectural et sculptural dont nous analyserons les ravages, la Commission des Arts avait chargé un marbrier, un charpentier et un menuisier de transporter et de placer les épaves dans les dépôts publics : le marbrier Scellier s'occuperait (c des marbres, bustes, statues, bas-reliefs, mausolées avec leurs accessoires, et tombeaux de moyenne proportion et volume » ; le charpentier Boucault, « des colonnes de grand volume, des statues de grande proportion et des gros blocs de marbre... » Lorsqu'on prête la main aux crimes sans nombre contre l'art que supposent ces simples lignes, on peut bien verser encore des larmes sur les triomphes de la barbarie, mais ces larmes-là ont un nom : ce sont des larmes de crocodile.

L'art « répubii- La folie de cette étrange époque opé-

cain ». Les ^ <=> x l ».

commissaires rait les pires confusions : selon la

du Muséum. doctrine du Contrat Social, l'égalité était

devenue synonyme de « vertu », et cette vertu

républicaine exerçait dans le domaine artistique, comme dans tous les autres, une absolue dictature. Tout artiste devait se doubler d'un « patriote », d'un patriote animé, exigeait David, de a l'amour brûlant de la liberté ». Le Comité d'Instruction publique avait ainsi posé les règles de la peinture jacobine : «... Les pinceaux elTéminés de pareils

maîtres, [Bouclier, Pierre, Vanloo] ne sauraient

inspirer ce style maie et nerveux qui doit caractériser les exploits révolutionnaires des défenseurs de l'égalité... Il faut un pinceau hardi, un génie volcanique. Qu'ils disparaissent donc de la collection républicaine ces tableaux... qui n'ont que trop offert aux yeux du peuple les images choquantes d'actes tyranniques.... d'idées étroites et mille fois rabattues du fanatisme monacal, de mysticités ridicules » (i).

En conséquence, une rigoureuse « épuration » sévit dans ce Muséum JSalional que la Monarchie, par les soins du comte d'Angivillers, avait fondé bien avant 1789, et qui était devenu, en 1793, la prison des chefs-d'œuvre confisqués par la nation.

A cette époque, le Muséum était entre les mains d'une Commission composée d'administrateurs (2), pour le moins incompétents, auxquels David, leur patron, reprochait un « patriotisme sans couleur » (3). Le i3 janvier 1794, fut formée, tou-

(i) Voir Courajod, La Révolution et les musées nationaux. (Revue des questions historiques, 1878.)

{2) V. R. Cos<ard, Jollain, Pasquier, Vincent, Regnault et... le géomètre Bossut.

(3 Reproche adressé à Vincent et à Refînaiilt.

34 l'i^ vaudalisme jacobiii

jours sous l'inspiration du sans culotte David, le Conservatoire du Muséurn (i). Ses rneinbrcs, choisis par le Comité de l'Instruction publique, « firent plus de bruit, observe M. Benoît, nnais non de meilleure besogne ». Les u régénérateurs des arts » décidèrent « une épuration des objets indignes d'être placés au Muséum » (2). Furent convaincus d'indignité « les barnbochades et les magots » de Flandre et de Hollande, « les tableaux érotiquement maniérés de Boucher et de ses imitateurs, les toiles peintes de Vanloo, les productions strapassées de Pierre », les porcelaines non conformes « à la simplicité et à la pureté d'un vase étrusque », les meubles a de style désagréable ou baroque ».

Pour Rubens, les « conservateurs » voulurent bien a fermer les yeux sur les signes désagréables de féodalité » qui gâtaient ses œuvres, mais, le 29 mars, ils proposèrent au Comité d'Instruction publique « de placer ces sortes de tableaux, lorsqu'ils seraient des chefs-d'œuvre, dans un lieu où ils ne se montreraient qu'aux artistes ». Les autres furent non seulement mis en pénitence, mais soigneusement expurgés, telles les fresques de Romanelli. Parmi les toiles qui furent retirées de la galerie, citons celle qui représentait « le tyran Henri IV et sa femme sous les traits de Jupiter et de Junon » : la « ressemblance » des personnages était « trop frappante ».

(i) Benoît, l'Art Français sous la Révolution et l'Empire, p. iia et \ suiv.

(2) Séances du Conservatoire des 25 et 26 février 1796.

Au reste, la Commission temporaire des Arts fut, de son côté, d'une extrême vigilance : le i3 juin 179/4, elle arrêta elle-même i< la destruction totale et complète » de « tous les tableaux et portraits des individus de la race Capet » ; et le Comité d'Instruction publique pria le Comité de Salut Public de faire de cette destruction « l'objet principal ou accessoire d'une fête nationale ». Alexandre Lenoir ayant offert aux œuvres condamnées un asile dans le magasin où il remisait et vendait les épaves des confiscations révolutionnaires, ce Dépôt des Petits Augustins était devenu ^ le magasin des menus-plaisirs du sans-culottisme » (i) : en trois semaines seulement, du 3o octobre au 22 novembre 1793, on en avait retiré, sur états paraphés administrativement, quatre cent trentre-quatre peintures destinées à alimenter les autodafés patrioti(iues! C'est peu auparavant, le 23 octobre 1793, que la Commune de Paris, <* informée qu'au mépris de la loi il existait encore dans plusieurs rues de Paris des monuments du fanatisme et de la royauté », avait rendu son célèbre arrêté « Dans huit jours, les gothiques simulacres des rois de France qui sont placés au haut du portail de l'église Notre-Dame seront renversés et détruits ;... l'administration des Travaux Publics est chargée sous sa responsabilité de l'exécution du présent arrêt... La Vierge de la rue aux Ours sera remplacée par le buste de Marat... Le Conseil autorise les Sociétés populaires à désigner tous

(1) Expression de Courajod.

36 LE VANDALISME JACOIJI.1

les inonuriieiils de la biirharie et charj^c les Comités révolutionnaires de leur totale destruction » (i).

Au leiidenriain de la chute de Robespierre, — le i5 thermidor an II, — le Comité d'Instruction publique ordonna <- le renouvellement de tous le» établissements concernant les arts faits par David, et l'épuration de tous les membres du Muséum » — Heureuse a épuration », celle-là, mais un peu

tardive...

La filière Nous venons de voir la Commune de

administrative.

Paris recourir au a patriotisme )> des Sociétés populaires. Mais, d'ordinaire, l'autorité discrétionnaire des clubs et des comités révolutionnaires n'avait pas h intervenir : tout se passait par voie administrative normale, selon une procédure réglée dans ses moindres détails, et dont voici un exemple, pris entre mille (2).

Le 29 juillet 1793, le département des Travaux Publics ordonna d'anéantir les signes de féodalité existant à l'École de chirurgie. Le 12 août, le citoyen Dorotte, inspecteur des bâtiments de la Commune de Paris, transmit l'ordre à l'entrepreneur Scellier qui se mit en devoir de supprimer (( la figure du ci-devant Roi placée dans le basrelief au-dessus de la principale porte ». Il en dressa un mémoire qui fut vérifié et approuvé par Dorotte, puis par J. Happe, vérificateur des bâti- 1

(i) Voir plus loin, chap. x.

(3) Arch. Nat., F. i3, 968, no Sag.

ments, puis par le contrôleur Legrand. Renvoyé au bureau des Bâtiments, le 8 ventôse an III (26 février 1795), par le citoyen Rondelet, ce mémoire fut visé et remis à la Commission des Travaux Publics par l'architecte municipal Poyet. Le 7 thermidor an III (25 juillet 1790), il passa entre les mains de quatre administrateurs (i) du département de Paris. Enfin, le 2^ thermidor (11 août), la Commission des Travaux Publics de la Commune de Paris fut invitée à « ordonner que sur les fonds de 161 millions mis à sa disposition par le décret de la Convention, il serait, par les Commissaires de la Trésorerie Nationale, payé au C" Scellier, sur sa quittance et pour les causes énoncées, la somme de cent vingt-six livres trois sols neuf deniers pour solde, et ce en vertu d'une ordonnance qui serait expédiée à cet effet et adressée à la Trésorerie Nationale par le chef de la comptabilité générale de la Commission ». La dite ordonnance n'eut plus qu'à être enregistrée et transmise à Scellier par l'architecte et l'inspecteur.

Tous les rouages de l'administration révolutionnaire avait donc été mis en mouvement pour abattre l'effigie royale d'un bas-relief et solder les frais de l'opération ; et c'est le jeu de cette savante machine, ce sont ses agents officiels qui, des années durant, multiplièrent dans les églises et les palais nationaux les dégâts, parfois à jamais irréparables, que tant d'historiens attribuent encore à des « brutalités populaires )>. Quelle qu'ait été la

(1; Faure, Cousin, Mcoleau, Delaliaye.

38 M. va:idamsmk jacohim

sauvagerie des hordes jacobines que les « grands principes » avaient déchaînées sur la France, cette sauvagerie ne ful-elle point inférieure à la froide complaisance des législateurs et des fonctionnaires qui élevèrent le vandalisme à la hauteur d'un grand service public i'

CHxVPITRE III

Le Triage des Titres et la Destruction des Documents historiques.

Sommaire. — Le « tribunal révolutionnaire » des archives. — Les archives sous l'ancien régime. — Les dépôts à « trier n. — Les u brùlements » de titreti. — La « grande »• loi du 7 messidor, an II {25 juin 179'/). — L'Agence Temporaire des Titres. Ses Comptes Décadaires. —Le » triage définitif » juin 1793). — Les protestations des Agents. — Le Bureau de Triage. Sac des archives de la Chambre des Comptes. — la « sobriété » du Triage en 1796. — Accélération légale du Triage: préoccupa^ lions fiscales de Camus. — Les <' cylindres de papier » du Ministre de l'Intérieur. — La suppression du Bureau. Volteface de Camus. — L'étendue du désastre.

Le M tribunal ré- iMichelet a écrit dans son Histoire de

volutionnaire n

des archives, la Révolution ( I ) :

« Les parchemins eurent aussi leur tribunal révolutionnaire sous la dénomination de Bureau de Iriage des titres: tribunal expéditif, terrible dans ses jugements. Une infinité de monuments furent frappés d'une qualification meurtrière : titre féodal ; cela dit, c'en était fait ! »

On ne saurait en effet mieux comparer qu'au tribunal révolutionnaire le Bureau qui fut chargé par la Convention de v trier n nos archives, de condamner au feu ou au pilon les documents « aristo-

(i) T. II, p. 700.

4o LE VA>r)AiJSMr: jacobi^î

crali(|ucs > , et de ne conserver que les pièces « utiles » à la République ou conformes à ses principes. Il arriva sans doute que les jurés de ce trihunal, trop peu « solides >), eussent de la peine à étonfler leurs scrupules surannés ; mais il y avait au Gouvernement des Fouquier-Tinvillc pour les rappeler à leur devoir civique, tel le ministre Garât qui écrivait le 27 février 1793 à l'archiviste de Lille (i) rebelle à ses injonctions : <( Je ne vois dans l'ancienne Chambre des Comptes de Lille rien à conserver que ce qui peut établir les créances de la nation envers les comptables, et cette vérification ne me paraît pas exiger des recherches ni longues, ni pénibles. Tous les papiers anciens et d'écriture gothique ne doivent, là comme ailleurs, être que des titres de féodalité, d'assujettissement du faible au fort, et des règlements politiques heurtant presque toujours la raison, l'humanité et la justice. Je pense qu'il vaut mieux substituer à ces ridicules paperasses la Déclaration des Droits de l'Homme : c'est le meilleur titre qu'on puisse avoir. Je vous engage donc à vous conformer à ces observations ; ce qui se ferait dans d'autres principes ne serait pas de votre part vous montrer digne de la confiance qui a déterminé le choix que l'administration a fait de vous (2). n

C'était péremptoire ! Pour les Français émancipés,

(i) Ropra.

(2) Cité par le marquis de Laborde, directeur général des archives de l'Empire, membre de l'Institut, les Archives de la France, leurs vicissitudes pendant la Révolution, leur régénération sous l'Empire, p. aS (Paris, 1867).

/lO LE VAltDAl ' KCOhlS

cl•atl(Jue^ le ne conserver que les pièces « utiles »>

li la Képubh ^ue ou conformes à ses principes. Il arriva sans doute que les jurés de ce tribunal, trop peu K solide.' \ eussent de la peine à éloufTer leurs scrupules suj innés ; mais il y avait au Gouvernement des FouquierTinvillc pour les rappeler à leur devoir civique, tel le ministre Garât qui écrivait le 27 février 1793 ' l'archiviste de Lille (i) rebelle à ses injonctions 0 Je ne vois dans l'ancienne Chambre des Compt'^ de Lille rien à conserver que ce qui peut établi» les créances de la nation envers les comptables et cette vérification ne me paraît pas exiger des recherches ni longues, ni pénibles. Tous les papiers mciens et d'écriture gothique ne doivent, là comme .illeurs, être que des titres de féodalité, d'assujetti -sèment du faible au fort, et des règlements politiques heurtant presque toujours la raison, rhu* anité et la justice. Je pense qu'il vaut mieux sui Uituer à ces ridicules paperasses la Déclaration de Droits de l'Homme : c'est le meilleur titre qu'on pi i^sse avoir. Je vous engage donc à vous conform à ces observations ; ce qui se ferait dans d'autres principes ne serait pas de votre part vous m- 'itrer digne de la confiance qui a déterminé h choix que l'administration a fait de vous {•:■]. n

r'f^tn péremploire ! Pour les Français émancipés,

(3) (^iti fiT le marquis de Laborde, directeur général des archives de lEni, . t, membre «Je l'Institut, les Archives de la France, leurs vici'- 'ant la Révolution, leur régénération sous l'Empire ^ p. a 3

TlilAGE DES TIIHES 4^

la Déclaration des Droits de l'Homme pouvait leur tenir lieu de tout autre titre...

L'histoire des archives à l'époque révolutionnaire nous montre l'application de ces principes... sublimes.

Les archives Sous l'ancien régime chaque institu-

sous l'Ancien "

Régime. tion, chaque « communauté », chaque administration, chaque localité conservait ses archives, comme chaque famille, et les conservait précieusement: c'est là qu'était écrite l'histoire de leur vie, de leur vie séculaire ; c'est dans ces a trésors de chartes » que les Dutillet au xvi® siècle, puis les Pithou et les Baluze, puis les moines de l'école des bénédictins allaient puiser les matériaux de leurs u monuments », et il suffit d'avoir travaillé aujourd'hui à quelqu'une de ces monographies qui sont les cellules organiques de la grande histoire pour se rendre compte des avantages de l'ancien système (i). A moins d'être de plus en plus mitigée, la centralisation des dépôts est d'ailleurs destinée à une sorte de faillite, ne serait-ce que par suite de l'impossibilité de loger et même de classer leurs richesses: songeons que depuis cent vingt ans une grande partie, voire la majeure partie des paperasses accumulées à l'époque révolutionnaire, est restée à l'état d'impénétrable chaos !

Quoi qu'il en soit, lorsque, de 1789 à 1793, furent

(i) Voir aux Appendices nos documents sur les arcliives de Saint- Denis (n» m . d'Abbeville et d'Angers (n» IV).

succcssiveniciil supprimés ou séquestrés les justices seigneuriales, la fortune du clergé, les administrations provinciales, les Ordres religieux, les Parlements, les Cours des comptes et des monnaies, les biens des princes, des suspects et des émigrés, l'état civil des paroisses, les anciens corps municipaux, les académies, il fallut bien s'occuper des dix mille dépôts environ dont héritait la nation.

Pour donner une idée du déluge de papiers et de

parchemins dont le sort sera confié au Bureau de

Triage des Titres, résumons l'inventaire (i) qui sera

dressé des dépôts parisiens, enlevés ou à enlever.

Les dépôts à C'étaient les archives des abbayes :

H trier n. '^

Saint-Antoine des Champs. Abbaye-aux- Bois, Sainte-Glaire, Sainte-Périne deChaillot. Sainte- Geneviève du Mont, Saint-Germain des Prés. Montmartre, Penthémont, Port-Royal. Saint-Victor. Val de Grâce. Toutes avaient été transportées dans la maison du Saint-Esprit. Pour celles de Montmartre. il y avait cette observation dont on saisira tout à l'heure l'importance : ( A enlever si fait n'a été par le Bureau du Domaine National. L'abbaye possédait de grandes et belles propriétés. »

Les archives des Académies : de l'Arc (2). c enlevées on ne sait par qui •>, des Arquebusiers, des Belles-Lettres, de Chirurgie (et confrérie Saint- Cosme et Saint-Damien^ de Musique, de Peinture et de Sculpture, des Sciences. Pour l'Académie Franco Sans date (1794 ou 179.) . A.rch. Nat., A. B. V.,c. i (Section du Secrétariat. Triage des titres. Étals et inventaires d'archives diverses). (2) Faubourg Saint- Victor.

TRIAGE DES TITRES li^

çaisc, « il ne s'est trouvé aucuns papiers ny manuscrits ; la Commission temporaire des arts a enlevé la Bibliothèque ». Nous savons en edetque le secrétaire avait eu le bon sens d'emporter ses archives.

Les archives (i) de 2'S collèges, de 26 hospices et hôpitaux, de /»3 couvents et congrégations d'hommes, (les clunistes, aussi prudents que Morellct, avaient emporté leurs archives), de 68 couvents et congrégations de femmes, de i^ chapitres, de n prieurés, de Gi u fabriques») paroissiales.

Les archives de 61 administrations publiques, telles que le Trésor de l'artillerie et du génie, le Trésor des aumônes, le Trésor des bâtiments, les Etats de Bretagne, les Brevets, dons et pensions, les Affaires du Clergé, le Contentieux des Départements ministériels, (immense dépôt qui occupait li lui seul dix pièces et fut transporté au Louvre où il fut divisé) (2), les Commissaires extraordinaires du Conseil, (dépôt remplissant trois pièces), la Maison du Roi.

Les archives de 36 tribunaux et juridictions : Conseil des Dépêches et d'État (3), Conseil des V'inances, a dépôt immense occupant quatorze pièces », Conseil privé ou des parties (occupant 4 pièces) (4),

(1) Pour les détails des archives qtii suivent, voir aux Appendices no II.

(3) Une partie alla à la «section domaniale », l'autre à la « section judiciaire ».

(3) a Une partie a été portée aux sections judiciaires et domaniales de l'Inventaire; le dépouillement en est fait par l'Agence; l'autre est restée dans les difTérentes maisons des ministres et entre les mains des comnïissions executives qui les oui remplacés ».

(4) A Sainte-Ooix de la Hretonnerie.

44 I-E VAl^DALISME JACOBIN

Conseil de Lorraine, Conseil des Prises cl papiers du Grand Amiral (i): «Ce dépôt, dit une note, a été enlevé par les ordres de Gougeon, commissaire des subsistances, et vernis^ à ce qiïon dit, an Déparlttmenl, qui n'a pu donner aucun éclaircissement » ; Grand Conseil, Parlement, (Chambre des Comptes, Cour des Aides, Cour des Monnaies, Connélablie, Eaux et Forets, etc., etc.

Les archives des Princes, celles du comte d'Artois « enlevées et vendues à différents marchands » (2).

Les archives du Bureau de la Ville. En 1789, ces ((grandes» et ((petites» archives furent reléguées dans la chambre des Quartiniers, pavillon de la Rivière, et dans les combles de ce pavillon ; en 1793, le secrétaire de la Commune ayant besoin de ces locaux, elles en furent (( retirées avec encore plus de précipitation pour être transportées dans les deux pièces les plus élevées du pavillon du Saint-Esprit... Là, ces cartons, registres et autres objets de toute nature, y avaient été déposés et empilés confusément».

Au total, il y eut 282 dépôts à enlever, non compris les plus importants qui devaient être « dépouillés sur le lieu », et i43 furent entassés dans les vingt-deux pièces de la maison du Saint- Esprit, pièces dont plusieurs mesuraient cinquante pieds de longueur... On y déversait les fourgons,

(i) Maison de Toulouse, rue de la Vrillière.

(2) Les autres sont celles du duc d'Orléans (Palais de lÉgalité), de Monsieur (Louvre) et du prince de Condé (Maison d'Aiguillon;i.

THIAGE DES TITHES Z|5

écrivit plus tard à Camus le Bureau de Triage (i), (( sans autre arrangement que celui que permettait le local libre au moment de l'arrivée des papiers » ; et les titres d'illustres établissements, comme l'Archevêché et le Chapitre de Notre-Dame, étaient disséminés « dans la plupart des chambres de la maison ».

Les (( observations » mentionnées indiquent déjà l'incohérence qui présida, de 1789 à 1793, à cet efl'royable bouleversement. Au Temple, pour en citer encore un exemple, se trouvaient rangées, dans le meilleur ordre, les archives de l'Ordre de Malte ; il y en avait la valeur de quarante ou cinquante voitures. En août 1792, elles furent (( enle" vées précipitamment de la Tour » et entassées (( sans ordre et par force dans un corridor (2) de soixante pieds de long, de neuf de haut et de six de largeur, et qui ne reçoit aucun jour ». L'une des portes en fut murée et l'autre scellée. Comme le toit était découvert en plusieurs endroits, u une pluie abondante filtrait dans le rez-de-chaussée, audessus du corridor » ; il fallait enfin tirer ces titres de leur état de u déperdition » pour les soumettre au « triage ».

Ce « triage » va nous prouver qu'il y eut pis encore que la ruineuse anarchie des débuts : la volonté gouvernementale de détruire, en masse, les témoins du passé.

(i; Le i3 prairial an V. (A. B. V. c. ii.) (a) Da logement des Chapelains de l'église.

46 m; VAWDALinMK .lACOni^

Les Le l'i mars 1702 eut lieu, place Ven-

« brùlements »

de titres. dôinc, Cil préscnce des autorit<'s constituées, le 0 brûlemeiit » des litres do noblesse des plus grandes familles de France. Cet autodafé, — ordonné par la Législative et préparé par la séance de reniement du 29 juin 1790, — doima le signal des dévastations d'archives. Le 19 juin 1792, un nouveau décret enjoignit aux départements de suivre l'exemple de la capitale ; en voici le texte :

« ... Considérant qu'il existe dans plusieurs dépôts publics, comme la Bibliothèque Nationale,... des titres généalogiques qu'il serait dispendieux de conserver (!) et qu'il est utile d'anéantir :

)) Art. i^'. — Tous les titres généalogiques qui se trouveront dans un dépôt public, quel qu'il soit, seront brûlés.

)) Art. 2. — Les directeurs de chaque département seront chargés de l'exécution du présent décret et chargeront des commissaires de séparer ces papiers inutiles des titres de propriétés qui pourraient être confondus avec eux dans quelques-uns de ces dépôts (i). »

Cette loi, adoptée à l'unanimité, avait été proposée en ces termes par l'ex-marquis de Condorcet :

« ... C'est aujourd'hui que, dans la capitale, la raison brûle aux pieds de la statue de Louis XIV

(i) Collection des Décrets, no 937.

TRIAGE DES TiTRES ^7

ces immenses volumes qui attestaient la vanité de celte caste (i). D'autres vestiges en subsistent encore dans les bibliothèques publiques, dans les Chambres des Comptes... Il faut envelopper ces dépôts dans une destruction commune ; vous ne ferez pas garder aux dépens de la nation ce ridicule espoir qui semble menacer l'égalité. »

L'article 6 de la loi du 19 juin avait spécifié : (( Les titres qui seront déposés avant le 10 août prochain seront brûlés le dit jour en présence du CiOnseil général de la comnmne et des citoyens; le surplus sera brûlé h l'expiration des trois mois. » Ces divagations législatives, — complétées les mois suivants, en particulier par le décret du 17 juillet 1793 qui ordonnait le « brûlement » de tous les titres concernant les droits seigneuriaux, — eurent, dans toute la France, de foudroyants effets : à Abbeville, au son du canon, on brûla un tombereau de titres, privilèges et concessions royales, de bulles pontificales ; derrière le tombereau marchaient l'archiviste et son commis... A Lisieux, on ajouta au bûcher des tableaux représentant Louis XIV, Louis XV et Louis XVI ; à Bercy, des croix de Saint-Louis et le buste de « l'infâme Marie-Antoinette ». A Nantes, on hrûla le livre d'or « servant cy-devant à recueillir tous les titres de noblesse des anciens maires ». A Sablé, ce furent de petits sans-culottes, « jeunes élèves de la patrie », qui portèrent les titres condamnés et les lacérèrent en marchant, aux cris de Vive l'égalité!

(i) La noblesse.

A Viviers, dans i< un tuiiibereau à fumier attelé de quatre firmes,... se trouvaient entassées toutes les vieilles idoles de l'orgueil aristocratique », et « le prennier de ces animaux portait sur la tète une couronne royale et était alîublé d'un tapis parsemé de fleurs de lis. » A Toulon, on détruisit quatorze milliers de parchemins. A Nancy, on en anéantit un millier, les plus beaux, les plus intéressants du trésor des Chartres ; h Tours, des rondes échcvelées entourèrent le feu de joie qui consumait des chartes accordées par Charles le Chauve et Charlemagne (i)...

Il y eut certaines oppositions. Ainsi, à la lettre du ministre Garât citée plus haut, l'archiviste de Lille, Ropra, eut l'audace de répondre : ( J'espère, citoyen ministre, que vous voudrez bien me permettre de ne prendre aucune part à cette opération qui n'est comparable qu'à l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie et qui ne me paraît nécessitée par aucun motif raisonnable. Car, quand il serait vrai que ces papiers anciens et gothiques ne seraient que des titres de féodalité, je pense qu'on devrait encore les conserver comme des monuments propres à faire aimer la Révolution ; mais lorsque l'on considère que ces titres contiennent la preuve de l'amour que les Belges ont toujours eu pour la liberté et l'égalité,... alors ils deviennent infiniment chers à tous les êtres pensants et sentants. » Cette impertinence — si opportune — ne sauva

(i) Le marquis de Laborde (op. cit.), donne beaucoup d'autres exemples analogues.

point une masse énorme de parchemins dont les uns, vendus au poids, produisirent 80.000 francs; dont les autres, remplissant trois cents voilures, furent expédiés à l'arsenal pour la fabrication des gargousses d'artillerie.

Les administrateurs de Seine-Inférieure regrettèrent le (( brûlement » pour d'autres raisons : u Les matières premières étant fort rares dans tout l'empire, écrivirent-ils au ministre de l'Intérieur le 28 septembre 179?, les parchemins qui pourraient servir a faire de la colle vaudraient 20 à 25 livres le cent pezant ; les papiers seraient vendus 10 à i5 livres le cent. On pourrait le faire hacher avant la vente en très petites parties. Quoi qu'il en soit, ajoutaient ces bons fonctionnaires, la loi prononce le brûlement, et, si vous ne donnez aucune valeur à nos observations, on brûlera tout ce qui doit être regardé comme compris dans les dispositions des lois du mois d'août dernier. » Roland écrivit simplement en marge de la lettre : c( Répondre qu'il n'y a que le feu qui puisse faire raison des sottises et des faiblesses de nos pères (i). ))

Lorsqu'eurent flamblé les feux de joie, les monuments de ces « sottises » et de ces « faiblesses )) subsistaient cependant en très grande partie. A Paris, ils formaient cinq immenses dépôts.

Le 20 février 1793, le ministre de l'Intérieur exposa a la Convention la nécessité d' « en faire le triage, de les élaguer et de supprimer tout ce

(i) De Laborde, p. 1 13.

LE VANDALISME JACOIil?!

que les nouvelles lois avaient rendu inconvenant ou inutile » (i).

Le décret du 2 novembre ordonna de les réunir en deux dépôts, l'un pour la partie administrative et domaniale, l'autre pour la partie contenlicuse et judiciaire.

Enfin fut nommée une Commission des archives dont les travaux aboutirent à la loi du 7 messidor an II (25 juin 179/i). Cette loi ayant été présentée comme u revendiquant avec fermeté les droits de la science » et comme a posant avec la plus grande netteté les mesures pratiques auxquelles nous devons le salut de tant de précieux débris » (2), il convient de l'examiner d'un peu près.

La (( grande » loi Voici quelques phrases du rapport

du 7 messidor ^ -j ir n

an II présenté à la séance du 7 messidor an II

(25 juin 1794). ^ '

par Julien Dubois, rapport qui allait aboutir à l'adoption immédiate du projet de loi : (( Lorsque les statues des tyrans ont été précipitées, lorsque la mine et le ciseau n'épargnent aucun des emblèmes de la monarchie et de la féodalité, des républicains ne peuvent voir qu'avec indignation dans les collections de manuscrits des traces de tant d'outrages faits à la dignité de l'homme ; le premier mouvement dont on se sent animé est de livrer tous les titres aux flammes, et de faire dispa-

(0 /6id., p. /ig.

(3) Bordier, Archives de la France (Paris, i855', p. 6 et 8.

TRIAGE DES TITRES 5l

raître jusqu'aux moindres vestiges des monuments d'un régime abhorré;... [mais] l'intérêt public peut et doit mettre des bornes à ce zèle estimable que votre Commission partage. Loin de songer à le refroidir, c'est pour mieux proscrire ce qui nous est justement odieux que nous provoquons un examen sévère, et nous ne nous tenons en garde que contre une précipitation inconsidérée qui pourrait blesser la justice, donner atteinte à la fortune publique et nous exposer à des regrets... La voix du patriotisme nous crie que rien ne doit subsister de ce qui porterait l'empreinte monstrueuse de la servitude ; et le respect pour la propriété publique ou particulière nous impose le devoir d'examiner soigneusement tout ce qui sert à constater l'une ou l'autre; enfin, ce qui peut servir à l'instruction mérite particulièrement des égards, puisque vous avez déclaré qu'elle est le besoin de tous. De là nait la division générale des titres, chartes et pièces manuscrites en trois classes » : domaine national; ordre judiciaire ; histoire, sciences et arts.

Il est inutile de commenter de pareilles paroles : le souci politique d'effacer les dernières traces du passé cje la France et de l'empêcher de ressusciter à jamais, le souci fiscal de compléter la spoliation le& inspiraient seuls. « Le triage, prescrit plus loin Dubois, doit avoir par rapport aux titres domaniaux trois effets également essentiels :

1° L'accroissement du domaine national.

2° La suppression de beaucoup de pièces inutiles.

52 il: VAMDAMâ.ME JACOBIN

3^ Une nouvelle compression du fédéralisme auquel on porte un coup mortel. »

Quant au souci « scientifique o, ce n'était là qu'un de ces verbalismes ordinaires aux jacobins : (( Après avoir servi momentanément à éclairer votre comité des domaines, disait le rapporteur, tous ces titres sont destinés à disparaître » ; en ce qui concerne lea io.5oo registres en parchemin, les So.ooo liasses d'atTaires que comptent les archives du Parlement de Paris et qui renferment l'histoire de la justice en France durant huit siècles, c ce sera une question que celle de savoir si ces registres doivent être conservés comme appartenant à la classe des monuments historiques » !

La (( grande » loi de messidor reflète naturellement les principes de son rapporteur.

Elle ordonne d'anéantir « dès à présent » les titres purement féodaux, et ceux qui sont relatifs à des domaines « déjà recou>rés et aliénés ». Elle confie le triage à une « Agence temporaire des Titres », composée « de neuf citoyens au plus dont les fonctions ne dureront que six mois » ! Dans chaque département, trois « préposés au triage », surveillés par l'agent national du district, < termineront leur travail dans quatre mois au plus tard » ; ils seront autorisés a à visiter les cabinets des anciens fonctionnaires publics ou de leurs héritiers qui n'auraient fait aucune déclaration ». Deux cesses de documents seront faites, avec a des étiquettes portant respectivement ces mots : anéantir, conserver »...

Appeler ces mesures autrement que la codification du plus brutal des vandalismes, ne serait-ce point contredire l'évidence et le simple bon sens ?

Voyons comment elles furent appliquées à Paris par V Agence Temporaire des Titres.

VAgence Tempo- Selon la loi, ÏAqence devait être com-

raire des Titres.

posée de gens « choisis parmi les citoyens versés dans la connaissance des chartes, des lois et des monuments ». De fait, elle comprit, dès ses débuts, de véritables u professionnels », comme François Bouyn, ancien garde des archives du Louvre ; (dom) Lieble, ex-bénédictin, bibliothécaire de Sainte-Geneviève ; Marcel Reboul, archiviste du collège Louis-le-Grand (i). Mais, d'une part, ces spécialistes, — et ce fut justement le cas des trois précédents, — démissionnèrent et furent remplacés dans la suite par de simples employés (2) ; d'autre part, en novembre 1794, époque à laquelle commencèrent ses travaux, l'Agence opérait sous le régime delà Terreur et n'eût pas osé faire montre de (' modérantisme ». Elle éprouvait même le besoin d'écrire l'apologie de la loi qui l'avait instituée et de jeter l'anathème sur les anciens dépôts

(i) Les autres membres furent Temple, bientôt remplacé par Mars (Michel-Pierro), Rousseau (Pierre-Jacques), de Villiers (Marc Etienne), Blondel (Jean), Danthonay (Pierre), Mallct(Jacques-Ambroise" Silvain), Blondel fils, (qui remplaça Danthonay .

(3) Berger (Jean-Baptiste), Jouesne (Alexandre-Pierre-François) le Page,

publics, « encombrés, disait elle, par des monceaux énormes de pièces inutiles ou devenues insignifiantes, et par une iiiuititude innombrable d'actes purement féodaux, monuments odieux de la sottise et (le l'orgueil... » (i)

Lorsqu'ils se trouvèrent en face des centaines de (( fonds », c'est-à-dire des centaines de millions de documents dont ils devaient faire, en six mois, les quatre monceaux prescrits : domanial, judiciaire, historique inutile, ils éprouvèrent cependant certains scrupules ; fallait-il, par exemple, anéantir les 1.200 registres du Conseil d'État, les recueils magnifiquement reliés qui renfermaient l'histoire séculaire du gouvernement central, pour n'en conserver que les pièces utiles ")

Ils reculèrent devant ce crime et ils en écrivirent à Baudin des Ardennes et à Branchon, qui remplaçaient l'archiviste en chef Camus, alors absent : (( Cette collection composée d'environ 1.200 volumes reliés, répondit Baudin le 2 décembre 1794. en retirant tout ce qui est inutile, formerait au plus 20 volumes de pièces à conserver. En déliant les volumes, on retirerait ce qui concerne le domaine, la partie administrative, ainsi que ce qui pourrait convenir à la partie judiciaire et historique ; le reste serait anéanti comme absolument inutile. » Voilà comment ce gouvernement traitait le cœur même de l'histoire de France ! — Les bourreaux de l'Agence n'avaient qu'à fonctionner...

(0 Mémoire sur la loy du sept messidor (A. B. V., c. 2).

Les Comptes Parcourons les « comptes décadaires (i)» décadaires. ^ '

qu'ils adressent au Comité des Décrets,

Procès -Verbaux et Archives de la Convention

Nationale.

Le premier est daté du 21 frimaire an III (11 décembre 1794) * l'Agence a déjà examiné a un très grand nombre de cartons qui ne contiennent que des mémoires, lettres, placets et productions concernant des affaires de toute nature jugées au Conseil », — au Conseil d'Étatl — Le dépouillement a produit u environ deux charretées de pièces absolument inutiles. Quant à celles qu'elle a cru devoir conserver provisoirement, elle en a rempli quelques cartons », — quelques cartons contre deux charretées de papiers condamnées en quelques jours : c'était encore mieux que ne le désirait Baudin (2).

Le II nivôse, l'Agence annonce qu'elle s'est occupée, au dépôt judiciaire du Louvre, du triage d' (( une très grande quantité de papiers », près de cent cartons concernant la -Haute Magistrature et les Juridictions subalternes : a II ne s'est absolument rien trouvé d'utile. » — Les papiers du Clergé séculier et régulier n'ont u rien présenté » non plus u qui fût digne d'être conservé, excepté quelques mémoires et délibérations ou procèsverbaux d'Assemblées du Haut Clergé que l'Agence

(i) Arch. Sat., A. B. V. c. a.

(2) Le Comité des Décrets est d'ailleurs satisfait, et il écrit à l'Agence, le i^p nivôse, qu' i il a été frappé de son observation relativement à l'anéantissement que semble prescrire impérieusement > la loi du 7 messidor.

a cm pouvoir conserver provisoirement comme monuments historiques »>. Les « papiers ayant trait à diverses Cours de l'Europe », ensuite visités, (( ont presque tous été mis au rebut parce qu'ils n'avaient aucun caractère d'authenticité [IJ et qu'ils ne fournissaient d'ailleurs aucuns renseignements utiles )), — utiles pour la Révolution, bien entendu... Papiers et parchemins à supprimer forment maintenant (( une masse considérable... On s'est déjà présenté pour les réclamer » : le Comité des Décrets doit donc se prononcer.

Les dix jours suivants, les neuf o trieurs » virent encore six cents cartons du dépôt judiciaire du Louvre, et là-dedans ils firent une découverte : (( Parmi quelques pièces à conserver qui se sont trouvées dans les minutes en parchemins des lois enregistrées dans les ci-devant Cours Souveraines, nous avons remarqué un titre original intitulé : Ordonnance du Roi sur les Remontrances des États tenus à Orléans au mois de janvier i560. Nous l'avons rangé dans la classe des pièces destinées aux sciences et aux arts ». — N'était-il pas en effet une preuve du despotisme du a tyran » François II ? — a Sous la dénomination de Lettres scellées, s'est trouvée une quantité considérable de pièces intitulées : lettres de dispense d'âge, lettres d'Honneur, de Noblesse, d'Érections de fiefs, etc. Vu leur inutilité, parce qu'elles n'étaient que des minutes de bureaux, nous les avons mises au rebut», sauf exceptions. De même les Archives de la Maison du Roi (i), — « masse très

(n Louis XVI.

56 lï VAJJDAT.ISMR JACOBIN

a cru pouNoii conflci>«i J)(u>l^^Miement comme monuiucnl» historiques ». Les " papiers ayant Irait h diverses Court' de l'Europe », ensuite visités, « ont presque tous été mis au rebut parce qu'ils n'avaient aucun caractère d'autlienlicité [!J et qu'ils ne fournissaient d'ailleurs aucuns renseignements utiles », — utiles pour la Uévolution, bien entendu... Papiers et parchemins à supprimer forment maintenant « une masse considérable... On s'est déjà v'- nté pour les réclamer \o rv.nii^ des

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et aux arts ». — N'était-il pas en riîei une preuve du despotisme du ". tyran » François II ? — « Sous la dénomination de Lettres sct:U*^eSy s'est trouvée une quantité considérable de pièces intitulées : lettres de dispense d'âge, lettres d'Honneur, de Noblesse, d'Érections de fiefs, etc. Vu leur inutilité, parce qu'elles n'étaient que les minutes de bureaux, nous les avons mises au rebut», sauf exceptions. De même les Archives de ia n du Roi (i), — « masse très

r\ Louis XVI.

volumineuse » où l'on remarquait en particulier des pièces concernant la Bibliothèque Nationale, — an'ont presque rien fourni ». On a pourtant gardé provisoirement « une soixantaine de cartons étiquetés : Menus Plaisirs ». Tout ce qui sert à établir les prodigalités des ci-devant rois n'est-il pas, en effet, très (( utile » ?

A cette époque, trois des agents, — Rousseau, Mallet et Reboul, — étaient allés u débrouiller » le dépôt général du Saint-Esprit (i). Ils s'étaient heurtés à un amas de paperasses a jetées confusément sur le plancher » : c'étaient les archives des Célestins. Ils mirent la main sur des lettres écrites des Indes Orientales : elles appartenaient aux archives des Missions Étrangères et ils en rangèrent u quelques-unes » pour la u section de l'Histoire ))... Cette section promettait de devenir ainsi une sorte de catalogue d'échantillons où quelques spécimens représenteraient chaque dépôt, et cela suiïîsait à répondre aux préoccupations a scientifiques » du régime...

Mais comment le triage répondail-il à son autre préoccupation, — la principale, — celle qui concernait les finances ? Sur ce point, amères déceptions ! Les dépôts judiciaires et domaniaux sont « bien au-dessous de leur réputation n, écrit l'Agence le 10 ventôse an III (28 février 1795), puisqu'ils passaient « pour une collection de monuments infiniment précieux pour le domaine n et que les pièces

(i) L'Agence fut mise en possession de ce dépôt le ii nivôse (Compte rendu du aa niv. an III, ii janv. 1795.)

58 Li: VA?II)AMSVIE JACOBn

déjà fouillées n'oiil (jll'ort qu'un < fatras immense » de papiers inutiles et méprisables tels que : " la Correspondance du ministre de la Maison du cidevant Roi avec les Intendants contenant les plus menus détails de l'administration intérieure <> ; les lettres et mémoires adressés au Ministre de la Feuille ; les rôles d'imposition dressés depuis un siècle et « qui ne peuvent plus servir présentement que de monument du despotisme et de l'arbitraire » ; une collection, superbement reliée, de « lettres sorties des bureaux du ministre » ; des disputes entre moines jansénistes et molinistes ; des lettres de grâce et de cachet, etc., etc. Tout cela (même les lettres de cachet ! ) fut « jugé entièrement étranger aux titres dont la conservation » était c recommandée par le décret du 7 messidor », et « indigne d'entrer dans la composition de dépôts importants ». Les agents regrettaient seulement d'avoir été « obligés de visiter tout ce fatras ennuyeux » sans trouver (( aucun titre»... Nous sommes fixés sur le sens exact attribué alors au mot a titre » : tout ce qui ne peut rapporter de l'argent à l'état jacobin est indigne

de ce nom !

Le « triage Quel au'ait été le 0 zèle civique > de

définitif » ^ ^ ^

(juin 17 95). l'Agence, le Comité des Décrets et Archives de la Convention l'estimait pourtant insuffisant : dès le i4 vendémiaire an III (5 octobre 1794), son rapporteur Loffîcial, — un modéré ! — avait représenté avec instance la nécessité d'anéantir, « sous

TRIAGE DES TITRES 5j

un régime de liberté >>, tous les tilres a consacrant les droits féodaux ou la vanité de la noblesse » ; la nécessité aussi de réunir tous ceux permettant ù la République « de rentrer pronipteinent dans l'immensité des domaines nationaux enlevés par la cupidité à l'insouciance de l'ancien gouvernement » : or, alïirmait Lolïicial, l'Agence Temporaire des Titres a a tout fait pour retarder un recouvrement aussi intéressant » ; elle est même parvenue à le (( paralyser entièrement » en refusant de verser au Dépôt Central des Archives Domaniales, dirigé par Gheyré, des titres de propriété que ce dernier estime à 4o.ooo !

Afin d'activer celte dernière curée, le Comité des Décrets publia, le 24 prairial an III (12 juin 1795), une Instruction réglant le u triage définitif » (i). Encore ici, il sulfit de citer : il faut tendre à l'u anéantissement de tout vestige monarchique ou féodal justement proscrit sous le règne de la liberté et de l'égalité. Le recouvrement des propriétés nationales étant l'un des principaux et des plus essentiels objets de cette opération, l'administration du Département veillera toujours scrupuleusement à ce que le triage prenne dès sa naissance cette direction». Le premier soin est de séparer «les masses effrayantes » de papiers à anéantir u que le commerce réclame comme une matière précieuse dont le besoin est urgent». Les parchemins, sauf les vélins, seront versés à la marine pour fabriquer des gargousses. Au surplus, u que les préposés ne

(0 Impr. in-i3, n p. (ADV*^ a).

Co LE VANDALISME JACOBIN

perdent pas du vue (jue leur travail doit être termine dans les quatre mois ; s'ils y ineltenl ce zèle et cette activité qu'on est sûr de rencontrer dans des républicains sur des objets aussi essentiels aux intérêts de la patrie, ce terme sera bien suffisant ; et avant l'hiver prochain tous les dépôts publics seront réduits à cet état de simplicité qui en fera la véritable richesse, puisqu'on n*y trouvera plus que les matières précieuses dont ils devront toujours être composés... -> Quelques jours auparavant (i), le Comité des Décrets avait commencé la réalisation d'une aussi heureuse simplification en ordonnant de jeter au creuset républicain, — de «livrer à la refonte >. comme il disait, — la correspondance des intendants de Limoges de 1677 à 1718, et « partie tout au moins » de quatre liasses concernant la même généralité de 1710 à 1741.

Les protestations Que se passa-t-il alors à rAorence des Agents. ^1 o

Temporaire des Titres ?

Le dégoût secret qu'inspirait aux préposés leur affreuse besogne lemporta-t-il enfin sur la nécessité d'obéir à la loi ?

Ils avaient essayé de montrer l'ineptie de cette loi qui, pour réaliser une impossible démarcation entre le judiciaire, le domanial et l'administratif, ordonnait de u dépecer, mutiler, déshonorer n les collections les plus précieuses.

(0 Le 17 prairial an III (5 juin 1795).

TRIAGE DES TITRES 6l

Leur bon sens, leur conscience d'érudils s'étaient cabrés, et beaucoup de pièces portent encore la mention : u Aux termes de la loi, cette charte devait être anéantie, mais on la conserve parce que...». En octobre-novembre 1790, ils n'y tinrent plus, et, après avoir rappelé tout ce que l'ancien gouvernement avait fait pour les archives, — projets de d'Aguesseau, Recueil des lUsloriens de France, Gallia Christlana, Recueil des Ordonnances, ouvrages de Diplomatique, — ils osèrent écrire ce compte-rendu général : u Toutes les archives de la République ont été pillées, promenées, disséminées brûlées, barbouillées d'encre, déchirées, vendues sans choix et sans discernement avec une fureur extrême et un goût décidé pour la destruction ; jusqu'au Trésor des Chartes, on a brisé les scellés, violé le sanctuaire où il était conservé ; on a jeté les chartes et lancé pêle-mêle dans une seule pièce les registres entassés, moitié ouverts, moitié fermés, le tout enfin abandonné depuis quatre ans dans la confusion et la poussière (i). »

L'Agence, hélas ! était bien pour quelque chose dans ce vandalisme ! Mais enfin elle cherchait maintenant ù y remédier, et, le 9 messidor an III (27 juin 1795), ayant entendu u le rapport d'un de ses membres sur la dilapidation de titres intéressants commise par la Commune de Paris, considérant qu'il était urgent de prendre des mesures conserva-

(i) Signé : Mars, Mallet, Lieble, Rousseau, Bouyn et Blondel. — En avril 1797,1e Conseil des Bâtiments civils adopta, nous le verrons, une protestation anologue contre les destructions artistiques,

6a LE YA^IDALISME JACOBI?!

loires ol de rcmiir au Louvre tous les petits dépôts

existants à Paris », dépôts dont plusieurs avaient été

« détournés et enlevés » par « les autorités et agents

de la République », l'Agence divisa I^aris, " pour la

recherche des titres », en six arrondissements placés

chacun sous la surveillance d'un de ses menrihres ( i ).

Elle requérait en outre l'apposition des scellés et la

remise des documents détournés.

De pareils soucis — et de si vertes critiques —

ne se conciliaient guère avec les opinions régnantes !

Aussi bien, ses pouvoirs étant expirés, l'Agence fut

remplacée, le 5 floréal an IV (24 avril 1796), par un

nouveau comité, le Bureau de Triage des litres, dont

le nom seul indiquait déjà que l'ère des folies n'était

pas close.

Le Bureau de Le premier rapport du Bureau de

Triage : le Sac *^ *^^

des archives Triage est relatif aux Papiers de la cide la Chambre ° ^

des Comptes, devant Chambre des Comptes.

Le pillage de ce gigantesque dépôt avait été mené

bon train dès 1792. La loi du 19 août avait ordonné

de brûler les pièces comptables jugées « inutiles )>

et remontant à plus de trente années ; celle du

18 octobre, de vendre les parchemins a inutiles )>

ou de les mettre à la disposition des ministres de

la Guerre et de la Marine. Le 28 octobre 1792,

Camus, l'archiviste en chef, avait lui-même ordonné

de c( livrer aux flammes les titres de féodalité » et

(i) Mars, Villiers, Blondel, Rousseau, Danthonay et Mallet.

de conserver ou de vendre, u s'il y avait lieu », le reliquat.

Mais il y avait tant de papiers que le déblaiement n'avançait pas.

Le i5 janvier 1798, pleine liberté fut laissée pour le triage aux préposés... du ministre de la Marine ! — En juin, ce triage fut accéléré par quatre membres de la Commission des Monuments : Camus, Ameilhon, d'Ormesson et Leblond (suppléant de dom Poirier qui se récusa obstinément). Le 19 juillet, le triage se traduisit par le (( brûlement», place Vendôme, des 600 registres dont nous avons parlé ; il y eut encore deux autres « brûlements )).

En novembre, une affiche annonça la mise en vente des registres de la Chambre des Comptes restant au dépôt des Cordeliers, u dans une église sombre, froide, oii le vent pénètre maintenant de toutes parts ». La Commission des Monuments obtint alors l'autorisation d'aller y continuer le <( triage », mais voici le procès-verbal de la visite qui eut lieu le 2/4 novembre 1798 : u Dans la matinée de samedi, les (six) commissaires avaient pu faire l'examen d'une pile contenant environ huit toises cubes de parchemins >),... — huit toises cubes de parchemins

«examinés» en quelques heures! «11 restait

encore quinze toises cubes... Impossible de monter et de se tenir sur des piles hautes de quinze pieds... pour examiner ces volumes ou effacés, ou mal écrits, et souvent du poids de i5 à 20 livres» ; impossible par conséquent aux commissaires « de satisfaire le désir qu'ils avaient de conserver pour

<>'| l.i: VANDALISME JACOUiN

la nation les mouumenls les plus intéressants pour l'Iiisloire, surtout de la marine, de l'artillerie et de tout ce qui concerne la milice française des époques où les historiens même contemporains laissent une inlinité de choses à désirer » (i). — Ne dirait-on pas une écjuipe de pompiers déplorant, les hras croisés, la perte d'un hatiment rempli de trésors devenus trop tôt la proie du feu ? Et n'est-il pas fantastique de voir une Commission, — < conservatrice » des monuments nationaux. — ahandonner à la destruction de pareilles richesses, sous le prétexte qu'elle a juste le temps de les jauger!

Le mois précédent, elle avait constaté au Palais de Justice le même inextricable gâchis ; de la masse, elle avait retiré pourtant 453 registres : aussitôt le ministre de l'Intérieur d'écrire qu'elle n'apportait pas à la besogne assez de a sobriété » (2). — Tel est le mot d'ordre qui, deux ans et demi après, s'imposait encore au Bureau de Triage des titres. Xa (( sobriété » En floréal an IV (avril-mai 1706), il

du Triage ^ ' ^ '^

en 1796. commença par mettre au rebut « une multitude de liasses relatives aux impôts sur les boissons et toutes sortes de denrées alimentaires dans la Flandre et le Hainaut, 1710 1790 » ; aux offices municipaux dans la ci-devant généralité de Limoges ; aux amendes prononcées en Franche- Comté ; aux réclamations de droit d'usage et pâtu-

(i) Voir Boutaric, le Vandalisme révolutionnaire, Revae des Questions Historiques, t. XII (1872), et Louis Tuetey, Pr. Verb. de la Comm. des .Monuments, préface.

(3) Arch. Nat., F. 17 io3o, no 2.

rage dans les forets domaniales ; à la perception du droit de joyeux avènement et de don gratuit ; aux corvées seigneuriales, dixmes, terrages ; aux Lettres de Noblesse, etc., etc. Il y en a six pages d'énumération (i).

Les documents les plus anciens avaient le sort des plus récents, et même leur compte était réglé plus vite encore, car ils manquaient évidemment d'(( utilité » actuelle et leur sens lui-même échappait aux trieurs. C'est ce qui ressort des a notes des travaux faits par un employé » à la Chambre des Comptes, du 2 brumaire an III au i*"^ messidor an IV (23 oct. 1795-19 juin 1796). Il envoie par exemple au bourreau un parchemin venant, « à ce qu'il paraît», du Grand Duché du Luxembourg: c'était une procuration de Thibaut, comte de Bar, datée de 1268 ; il anéantit quinze hommages rendus aux Comtes de Luxembourg de 1228 à i349, ^* ^^i' actes en langue allemande qui paraissent n'être relatifs qu'à la féodalité », et beaucoup d'autres pièces du xiv® siècle. Avec cela, il juge indispensable de conserver l'u ascensement d'un marais et terres incultes, paroisse de Jaunais en Poitou » : comme le papier est daté de 1780, il peut être utile à la nation !

Pendant ce temps, deux membres du Bureau, Reboul et Danthonay, — détachés à la Section Judiciaire, — fouillent le Greffe (2) du Parlement: durant

(i) Rapport du 3 prairial an IV (signé Mars, de Villiers, Bouyn) au citoyen Camus.

(a) Le Greffe des dépôts civils au Palais de Justice. Rapport du 3 prairial an IV 32 mai 1796), travail depuis le 21 floréal (lo mai 1796).

66 LE VAÎfDALISME JACOUI?!

la seconde quinzaine de floréal, ils mellent « au rebut I) les demandes jadis formées par les jésuites expulsés pour obtenir une pension ou l'autorisation de rester en France à cause de leur âge et de leurs infirmités; puis, « une multitude de lettres et mémoires relatifs à la formation et au gouvernement intérieur des collèges » après la suppression de la Compagnie; puis, un a grand nombre d'expéditions de procès-verbaux de saisie et vente de mobilier des différentes maisons dont les jésuites étaient les administrateurs » ; enfin, les états, envoyés au Parlement, par les ci-devant communautés d'arts et métiers de Paris, des biens qui leur appartenaient et des charges dont elles étaient grevées.

Le 19 floréal (8 mai), ils avaient eu l'espoir de trouver des pièces « ayant quelque apparence d'utilité )) dans le Greffe de la ci- devant Chambre des Domaines et du ci-devant Bureau des Finances : mais ils avaient été déçus et obligés de mettre presque tout au rebut, en particulier a une quantité prodigieuse de papiers trouvés sous les scellés des personnes décédées, absolument inutiles, comme registres, quittances de dépenses domestiques, lettresmissives, papiers concernant des affaires de famille, contrats de rentes viagères », etc.

En prairial, nouvelles hécatombes : ils condamnent par exemple « une énorme liasse contenant les copies des états de dépenses de la maison de la femme de Louis XIV » .

Le 29 messidor an IV (7 juillet 1796), Danthonay fait annoncer triomphalement que sa section a

livré (i) au citoyen Aubled {2) 83 livres de parchemin et 94.074 livres de papiers... Le 29 thermidor (16 août), sur l'ordre du ministre, on avait fait une nouvelle livraison de 160 livres de parchemins et de 57.812 livres de papiers. On en avait seulement retiré « les procès fameux dont les circonstances peuvent intéresser le public, tel que ce qui reste du procès de Damiens, de celui du chevalier de Labarre, de l'hermaphrodite,... de Guines, de Richelieu et quelques autres en petit nombre ; car nous n'avons pas cru devoir conserver, ajoutaient les trieurs, ceux qui, ayant été célèbres dans leur temps pour l'atrocité des crimes qui en étaient l'objet, sont maintenant et depuis longtemps oubliés». — Quel sens de l'histoire !

L'accélération Le f]rouvernement jacobin était-il main-

légale du triage :

préoccupations tenant satisfait de la docilité et du cide Camus. vismc de ses agents ? La loi du 2 i prairial an IV (9 juin 1 796) ne le donne guère à penser : comme si les préoccupations finales des trieurs n'étaient point assez prédominantes, elle attribue en effet au ministre des Finances (3) la surveillance d'une opération qui « a pour objet la recherche des domaines nationaux »; cela permettra d'à accélérer >v le travail u partout où il sera jugé nécessaire ». Pour que ce texte, cependant si clair, fut bien

(1) Du 10 au 2k messidor (38 juin-ia juillet).

(a) Aubled Saint-Edme.

(3) Au lieu du ministre de la Justice.

68 l'K VA?II)ALISMB JACOni?(

compris, (lainus — Garde des Archives ! - donna lui-nieinc aux trieurs de nouvelles instructions sur leur « mode de travail » ; il faut, prescrivaient-elles, « se débarrasser de tout ce qui est inutile et anéantir tout ce qui est contraire à la constitution de la République ». Pour -cela, former six monceaux : (( Papiers absolument inutiles et totalement de rebut. — Papiers féodaux, à anéantir. — Papiers propres à justifier de l'actif ou du passif des établissements et des personnes auxquelles la nation a succédé, — Papiers domaniaux. — Papiers judiciaires. — Papiers relatifs à l'Histoire, aux sciences et aux arts ». Jamais on n'avait précisé plus cyniquement la doctrine du vandalisme, car on juge de l'importance attribuée par Camus au sixième monceau. Il avait d'ailleurs soin d'ajouter : a Pour cette première opération du triage, il ne doit être rien écrit. Le travail doit être borné à une inspection très attentive,... néanmoins assez rapide pour parvenir enfin au déblaiement de la masse énorme de papiers qui surchargent inutilement les dépôts».

Donc, à la fin de l'an IV, par ordre supérieur, le déblaiement, c'est-à-dire la destruction svstématique de ce qui reste d'archives publiques, se précipite.

Le Bureau de Triage, — comme jadis l'Agence Temporaire, — invoque parfois de bien bonnes raisons pour échapper à l'exigence des principes : « L'Histoire les réclame, — écrit-il à Camus, le 21 thermidor (8 août), au sujet des registres et portefeuilles des Secrétaires d'État, de Henri IV à

1790, qu'il vient d'examiner... Elle verra dans un plus grand jour les ministères de Uichclieu, Mazarin, Le Tellier, Louvois ; elle jugera par les ordres de proscription rendus pendant un demi-siècle de tous les maux auxquels entraînent les dissensions religieuses. » Les trieurs trouvaient, on le voit, aussi désastreuses les mesures jadis prises contre la révolution protestante qu'ils estimaient légitime le régime appliqué aux catholiques par la révolution jacobine...

Malgré ces raisons, il fallait détruire d'autant plus qu'en fructidor an IV le ministre des Finances ordonna d'évacuer la maison du Saint-Esprit « pour qu'il fut possible d'en tirer quelque parti au profit de la République » (i). Ramel entendait la vendre ou la louer, et cesser de payer le concierge, le gain qui en résulterait étant supérieur, évidemment, à l'intérêt qu'offrait la conservation des 226 fonds d'archives entassés dans ce dépôt...

On les transporta au Louvre : les archives de l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés, — qui, en deux ans, avaient souffert de trois enlèvements, — remplissaient à elles seules soixante-dix fourgons (2).

Parmi les papiers encore jetés à la voirie ou épurés, citons ceux que le tribunal révolutionnaire avait saisis sur les condamnés et qui étaient restés « amoncelés » au greffe « dans le plus grand

(i) Lettre du 28 fructidor an IV (i4 sept. 1796).

(3) Lettre à Camus du ig floréil an V (8 mai 1797), signée Mars, (le Villiers, Jouesne, Blondcl, le Page.

70 \.r. w^DMASMi-. jAf:oni?i

désordre cA la plus grande saleté ». Certains lesta inents, contrats, billets, titres u pouvant être fort importants pour les héritiers des condamnés », et surtout pour l'État, furent seul détournés ; « tout le reste », lettres, passeports, certificats cl mémoires justificatifs, jugé « parfaitement inutile », fut « jeté au rebut » (i).

Citons encore — au moins pour partie — les papiers de la Vicomte de Turenne, de l'École de Chirurgie, de l'Université (papiers alors réunis à ceux du Collège de TÉgalité), de la « ci-devant Commune » (2) dont il était, d'ores et déjà, utile d'expurger l'histoire.

Citons les papiers remis au Bureau de Triage, en brumaire an V (octobre-novembre 1796), par le ministre de la Justice, soit « toute la correspondance tenue par les ci-devant chancelier et gardesdes-sceaux avec les différents tribunaux » et relative « à toutes les branches de l'administration judiciaire», a Laplupart de ces papiers sont absolument inutiles, observait le rapport du i-' frimaire an V (3), soit parce qu'ils traitent d'affaires particulières terminées depuis longtemps, soit parce que la Révolution a rendu pareillement sans intérêt ceux qui traitaient d'affaires générales, mais qui sont tout à fait étrangères à notre constitu-

(i) Le rapport (du 29 fruct. an IV) ajoute que pour l'administration de la Librairie (?) furent seulement mis à part quelques mémoires pouvant être « utiles ou curieux ».

(3) Rapp. du 3 vendémiaire an IV (aS sept. 1796).

(3) Adressé à Camus par la section judiciaire (Danthonay et Rousseau), 3 1 novembre 1796.

TRIAGE DES TITKES 7I

tion... Nous anéantirons dès à présent tout ce qui regarde les diverses demandes de grâces, de lettres de noblesse, de privilèges, d'élévation, toutes les plaintes qui étaient si souvent portées aux ministres par les plaideurs mécontents,... enfin tout ce qui aurait dû être supprimé depuis longtemps. » Le 7 messidor an V (i5 juin 1797), 1592 livres de ces (( inutilités )> et 12 livres de parchemin furent livrées à Aubled Saint-Edme.

Citons les papiers de la maison d'Uzès, dont 20.352 livres furent a mises au rebut » (i) : le Bureau de Triage, auteur de cette exécution, accusait pourtant le Bureau du Domaine National du Département de la Seine d'avoir beaucoup trop détruit en ce dépôt par u des mains ignorantes et uniquement révolutionnaires » (2).

Citons les papiers de la Ferme Générale, dont le triage avait été accéléré par une lettre du ministre de l'Intérieur au ministre des Finances, lettre demandant (le 29 vendémiaire an V, 20 octobre 1796) que ces papiers fussent a mis à sa disposition :... on en avait le plus pressant besoin;... ils seraient utilisés par leur distribution à l'artillerie, par la refonte et par d'autres besoins éprouvés en ce moment » (3).

Citons enfin les u États de recettes générales des finances antérieures h 1769 (4) », et a deux

(i) Rapport à Camus du 3 niv. au V(33 décembre 1796),

(3) Même rapport.

(3^ Même rapport.

(4) Supprimés au Louvre comme « abolument inutiles ». Rapport ^ Camus du t3 prairial an V (lerjuin 1797).

72 LE VANDALISME JACOni:*

cent soixante-treize liasses, cinq carions et quinze registres d'objets de nulle importance et relatifs pour ];i plupart aux détails domestiques du roi Stanislas », duc de Lorraine (i). Le II floréal an VI (3o avril 1798), le Bureau annonça qu'il y avait au Louvre u les deux tiers des papiers au rebut ».

Le vandalisme sévissait donc encore, vers la fin du Directoire, comme aux pires jours de la Terreur.

Les ((Cylindres En brumaire an VII (octobre-novembre

de papier » •

du ministre de 1798), de ffraves disputes éclatèrent entre

l'Intérieur. i^ n t> f

Camus et les membres du Bureau : ceux-ci refusèrent de lui livrer les clés de leurs dépôts. Le ministre des Finances les approuva et leur recommanda de ne rien remettre à qui que ce soit, « sans y avoir été expressément autorisés par le Directoire Exécutif ». Le 4 nivôse (24 décembre), ce dernier maintint le Bureau en fonctions sous la surveillance du ministre des Finances. Que s'était-il passé ^ — Le ik Brumaire (4 novembre), François de Neufchâteau, ministre de l'Intérieur, avait écrit à Camus que la refonte des papiers étant peu avantageuse, les industriels y avaient renoncé ; mais on avait trouvé un moyen nouveau de les utiliser : « On doit aux Anglais, expliquait le ministre, l'invention des cylindres de

(i) « Le tout a été supprimé ». Même rapport.

n UK Saint-Gfrmkh (Oise)

vc au Musée de Clunv

moitié du XIII' siècle^.

R»';tabi.i: di Sain t-Gkrmkr (Oise Conservé au Musée de Cluin

^,.,•,,,,.1,. ,.,,.,,ie du XI!!- ^ièck- .

7 3 LB VAIIDALIBMB JACOBI?!

cent fioixanle-trri/t liasses, cinq carions et quinze i(;ji>{r' > J r t« de nulle innporlance et relatifs pour la j>l' part aux détails domestiques du roi Stanislas . duc de Lorraine (i). Le II floréal an VI (.K) avril 1798), le Bureau annonça qu'il y avait au Louvre « les deux tiers des papiers au rebut ».

Le vandalisme sévissait donc encore, ver» la fin du Directoire, comme aux pires jour« de la Ter-

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