ÉCOLES DIVERSES
moins de trois mois le maniement des armes et toutes les parties de son service, de manière à exécuter en corps nombreux toutes les manœuvres avec une grande précision. » Il va sans dire que cette école était gratuite; de plus, les élèves ne recevaient point de solde et avaient dû même déposer en arrivant les assignats qui leur restaient. Cette disposition, jointe à la frugalité du régime, avait, dit le rapport, facilité singulièrement la discipline, en écartant toutes les occasions ordinaires de désordre, et de plus avait servi a prévenir les maladies, « suites trèsfréquentes des excès ». Pendant toute la durée du camp, dix élèves seulement étaient morts, malgré le grand nombre de maladies que les chaleurs exceptionnelles de cette année avaient rendues fort communes.
Il est certain que l'enseignement théorique devait être le côté défectueux de cette école. On avait eu soin pourtant de réunir ceux des élèves qui avaient quelques notions de géométrie et de dessin, et on leur avait enseigné les premiers principes de la fortification. Cet essai eut au moins le mérite d'être la première tentative pour substituer une école militaire fondée sur une base toute démocratique, aux écoles de privilégiés qui avaient existé seules avant \ 789.
Quant à V École des Mines, supprimée de fait depuis 1790, elle fut rétablie sur un plan nouveau par la Convention, en 1795. Jusqu'à la Révolution, elle avait été purement élémentaire : elle devint alors École d'application, et dut se recruter dès lors parmi les élèves de l'École polytechnique.
L'école du Génie, réorganisée par la Constituante, fut, en 1794, transférée de Mézières à Metz.
Aux trente-quatre écoles de navigation établies dans les différents ports de mer en 1791, la Convention en ajouta deux nouvelles, et fonda de plus trois écoles spéciales pour les aspirants reçus dans les ports de Brest, Toulon et Rochefort. C'est là l'origine de Y École navale.
Enfin comme complément des créations précédentes, nous devons rapporter à la même époque la fondation d'un musée nouveau que créa la Révolution, fidèle à son habitude de joindre l'enseignement historique à l'instruction pratique et immédiatement applicable, et de placer le souvenir du passé à côté de l'utilité présente et des prévoyances de l'avenir. Je veux parler du musée d'artillerie. L'idée de réunir aux modèles d'armes nouvelles les échantillons des anciennes armes appartient au général de Gribeauval, qui la fit en 1788 adopter au ministre Brienne. Cette collection fut dispersée un an après, le 14 juillet 1789, lors de l'envahissement de l'arsenal, où elle avait été placée. Plus tard, parmi les armes de toutes sortes que les nécessités d'une lutte immense avaient mises à la disposition du ministre de la guerre, beaucoup furent jugées inutiles, mais réservées comme pouvant offrir un intérêt historique, et placées dans une salle de l'ancien couvent des Feuillants. « C'est là que les vit le ministre de la guerre Pétiet, qui, comprenant le parti qu'on en pourrait tirer un jour, mit dans son arrêté du 9 thermidor an III (27 juillet 1795), qui constituait le comité d'artillerie à peu près tel qu'il existe aujourd'hui, un article spécial ordonnant le transport, au couvent des dominicains de Saint-Thomas d'Aquin, des pièces d'armes, armures, etc., qu'il avait vues au couvent des Feuillants. On y joignit les modèles
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que l'ancien directeur Rolland put sauver de la destruction de la Bastille : le tout fut mis sous la direction du nouveau comité (1). »
Tels furent les efforts de la Révolution pour fonder des écoles nouvelles destinées à recruter des armes spéciales ou améliorer celles qui existaient antérieurement. Une autre cause a dû aussi contribuer à faire de l'armée même, telle qu'elle exista alors, une vaste école, et cet avantage est dû tout entier aux circonstances. Elle n'était plus désormais, comme avant 1789, composée de deux classes parfaitement distinctes, d'un côté une noblesse presque toujours ignorante, de l'autre, comme l'a dit ie général Foy, une masse composée exclusivement » du trop-plein des cités que des recruteurs plongés dans la débauche enlevaient avec astuce pour le répandre dans les régiments ». Par l'admissibilité de tous aux plus hauts emplois, la Révolution ne promettait pas seulement des prix glorieux au courage, elle provoquait une émulation salutaire, celle de s'instruire, et c'est ainsi qu'on voit alors de simples sous-officiers poursuivre sous la tente de sérieuses études et parvenir à justifier un jour l'avancement rapide que leur dévouement leur avait mérité. En outre dans ce pêle-mêle de toutes les professions qu'avait produit la levée en masse à l'heure des grandes crises, le contact seul devenait une éducation pour tous, un échange d'idées et de connaissances, théoriques ou pratiques, utile aux lettrés comme aux travailleurs de la main, et qui n'a pu être sans influence sur
(1) Le Musée d'artillerie, par le lieutenant-colonel Penguiliy L'Haridon, directeur du musée dans Paris -Guide).
l'instruction générale de la nation. Un fait nouveau du moins, un fait étrange, c'était de trouver alors dans les camps des érudits comme Latour d'Auvergne ou Courier; c'était devoir en 1793 le jury des beaux-arts décerner le prix d'architecture à un simple canonnier, l'architecte Protain. Un peu plus tard le prix proposé dans l'un des premiers concours de l'Institut, sur cette question : « De l'influence des signes sur la formation des idées » fut accordé à un mémoire présenté par un soldat au 6e chasseurs, le jeune Gérando. Peut être était-ce après tout l'homme instruit déjà par les livres qui avait le plus à gagner à ce contact; il y apprenait ce qu'ils n'enseignent que d'une façon insuffisante; il pouvait au moins rectifier ou préciser leurs leçons en les confrontant avec celles que donnent la pratique des hommes et l'expérience des événenements, et l'on conviendra sans peine, je suppose, que la fréquentation des hommes d'alors, comme l'épreuve des événements eux-mêmes, était assez de nature à mûrir hâtivement l'intelligence soumise à cette rude éducation.