COLLÈGE DE FRANCE
d'éloquence au collège de France, a Je n'entends pas, ajoutait-il, ce que c'est qu'une chaire iï histoire et de morale. » Michelet depuis l'a glorieusement fait entendre à notre génération. Avouons d'ailleurs que Laharpe, un peu plus tard, toujours furibond, mais en sens inverse, devait particulièrement modifier ses opinions sur l'inutilité des chaires de littérature dans l'enseignement public, puisqu'il en accepta une de la Convention, et qu'à l'École normale il put tout à son aise déclamer contre les vandales. Le fait est qu'il y avait eu de ces énergumèncs, et son exemple passé le prouvait mieux que ses paroles d'alors. Laharpe avait acquis en 179& le don précieux des politiques mobiles, celui de manquer de mémoire sur un point donné : et c'est ainsi qu'on s'explique son obstination, plus naïve qu'impudente, à rappeler le temps où, en plein lycée, il se coiffait du bonnet rouge, et, en s'écriant : ce bonnet me pénètre et m'enflamme, déclamait un dithyrambe qui n'avait de dithyrambique que l'exagération.
Au temps où Laharpe violent révolutionnaire ne calomniait encore la Révolution que par ces propositions ineptes, le maintien du collège de France avait été plus sérieusement mis en question par Talleyrand, qui, dans son Rapport sur Vinsfruction, avait proposé de fondre le vieux collège avec Y Institut -tel qu'il l'imaginait, et dont il voulait, on s'en souvient, faire un corps enseignant : ce projet n'eut pas de suite, et le collège de France continua ses cours comme par le passé. Ici encore l'époque conventionnelle se montra plus sage et plus éclairée que l'époque précédente. M. Sainte- Beuve l'a remarqué avec stupeur : « En ces années
où toutes les anciennes institutions périrent, où l'Université, les Académies , les corporations savantes liées au vieil ordre monarchique tombèrent d'une même chute et furent violemment supprimées, le collège de France non-seulement vécut, mais n'éprouva aucune interruption. Il est remarquable que la destruction se soit ainsi arrêtée sur un point, et que l'esprit de nivellement n'ait pu l'empêcher de respecter dans l'institution déjà antique l'absence innée de tout privilège et la libéralité du but, qui, dès l'origine, avait été la distribution de la science sans condition aucune et avec libre accès de tous, à tous les instants (1). •> La Convention n'intervint dans l'existence du vieux collège que pour consacrer de nouveau son existence par le décret du 13 juillet 1795, en assurant aux professeurs le même traitement qu'à ceux du Muséum d'histoire naturelle, 6000 francs. La restauration réduisit ce chiffre à 5000 francs, en 1816, sous l'administration de M. de Vaublanc.
A la même époque, la Convention doublait en quelque sorte une partie de l'enseignement du collège de France, tout en donnant à ces nouvelles chaires une destination différente, par la fondation de Y École spéciale des langues orientales, d'une utilité reconnue pour la politique et le commerce (2). Ce titre seul indiquait le caractère de cette création, et la différence qu'on prétendait établir entre le but spécial et tout pratique de l'enseignement dans la nouvelle école, et l'enseignement du collège de France, destiné à conserver toujours son élé-
(1) Discours prononcé au Collège de France, le 9 mars 1855.
(2) 10 germinal an III (30 mars 1795).
ÉCOLE DES LANGUES ORIENTALES. fel
vation scientifique. Quatre chaires y furent fondées (1° persan et malais; 2° arabe; 3° turc et tatar ; U° archéologie). Les premiers professeurs furent Langlès, Sylvestre de Sacy, Venture et Miilin. Le Directoire y établit, deux ans plus tard, une nouvelle chaire, celle de grec moderne, dont le titulaire fut d'Ànsse de Yilloison.