LE JURY DES ARTS
sible ; mais les travaux avaient été faits, et le jugement du concours, rendu plus tard (en l'an III), eut pour résultat une série de prix et de récompenses décernés , dont le total s'éleva à UU2 000 livres. Pour ne parler ici que des peintres, Gérard obtint le premier prix de 20 000 livres, pour son esquisse du Dix août; Vincent, le second de 10 000 livres, pour une Scène vendéenne; les autres prix, de 9000 à 2000 livres furent donnés à des peintres en tous genres et dans toutes les écoles (1). » M. Renouvier cite parmi les peintres ainsi récompensés : Carie Yernet, Suvée, Taunay, Lagrenée, Meynier, Lethière, Prudhon, Fragonard fils, Drolling, Swebach, Demarne, etc. Mais c'est le chiffre même auque! s'élevaient ces récompenses, qui mérite ici d'être remarqué, /i42 000 livres! Et au milieu de quelle détresse financière ! Je voudrais qu'on pût citer une seule année où l'ancien régime se soit montré aussi libéral envers les arts que cette Convention tant décriée. J'ai vu un compte où un portrait de Louis XIV était payé à Mignard la modeste somme de 300 francs. Il faut convenir que la Convention était plus généreuse.
Dans une notice sur Gérard, lue à l'Institut, un académicien a osé écrire, en parlant de cette époque : « Déjà les grands événements de la Révolution se pressaient et se succédaient avec rapidité. Plus d'encouragements pour les beaux-arts!... » En vérité, on croirait que les écrivains de ce bord se sont imaginé que tous les docu-
(1) Histoire de l'art pendant la Révolution. Paris, Renouard, 1863; p. 22. M. Renouvier fait remarquer, avec raison, que ces prix ne furent pas payés sur le taux du papier-monnaie, mais d'après une évaluation numéraire.
ments, écrits ou imprimés, sur cette période, étaient anéantis sans retour, et que la postérité serait dans une impuissance absolue de retrouver jamais la vérité !