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temps do réHéchir, — Louis XVI s'interdisait d'avance la faculté de récompenser des services tels que ceux de Clievert, en excluant désormais tout roturier des grades de l'armée, même dos grades les plus modestes. « Tous les sujets, disait-il, qui seront proposés pour être nommés à des sous-lieutenances dans les régiments d'infanterie française , de cavalerie , de chevau-légers , de dragons et de chasseurs à cheval, seront tenus de faire les mêmes preuves que ceux qui seront présentés à S. M. pour être admis et élevés à son école militaire, et S. M. ne les agréera que sur le certificat du sieur Chérin, généalogiste de ses ordres (1). >•
Bénissons cette folie ! Louis XVI servait ainsi la Révolution qui devait renverser l'ancien régime. C'était donner d'avance tous les sous-ofliciers capables, et par eux l'armée entière, à la cause de ce tiers état qui n'était rien, et voulait alors être quelque chose; c'était préparer à la République cette inépuisable pépinière de généraux immortels, qui brisèrent la coalition, et qui, sans la Révolution, auraient langui jusqu'à la fin dans des emplois subalternes. Il est clair que Hoche, fils d'une fruitière et sergent aux gardes françaises , n'aurait pu « faire ses preuves entre les mains du sieur Chérin ». Il les fit à l'armée de Sambre-et-Meuse. Presque tous les hommes de guerre de la République et de l'Empire étaient aussi des roturiers, et l'on ne trouve guère d'exception à cet égard que parmi les anciens élèves des écoles savantes, qui, quoique gentilshommes, restèrent au service de la Ré-
(1) Voy. Chkrukl, Dictionnaire de la France, article Noblesse. C'était, et M. Henri Martin en fait la reinaniue c'était de la part de Louis XVI remonter loin dans le passé, et se faire plus dédaigneux de la roture (pie tous ses ancêtres ; notez rpi'il étendait aussi cet esprit d'exclusion pour les roturiers aux dignités de l'Église! Ainsi Bossuet n'eût pas plus été évoque sous lui que Chevert n'eût pu être sous-lieutenant. Ce qui semble plus merveilleux qu'une telle mesure, c'est (pi'en présence de ])areils faits il y ait encore des gens qui s'étonnent de la Révolution.
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volutiou. Rcmai(jU()iis-I(' à riioiiucur do la scionco ellemême : les corps savants de l'armée furent moins mutilés que les auti'cs corps par l'émii^ration, et tandis que pres(juc tous les ofliciers nol>Ies des autres armes passaient à rétran.i;er et désorganisaient ainsi l'armée et la flotte ù l'heure des grands dangers, la science conservait ù la Répulilique lu plupart des officiers d'artillerie ou de génie, qui, quoique nobles, s'étaient sentis touchés du souffle de la Révolution, et qui, sincèrement alors, on peut le croire, plaçaient avant les intérêts et les ti^aditions de leur caste la cause même de la patrie.
Les armes savantes se recrutaient avant 1789 dans diverses écoles. On va voir du reste que d'abus y régnaient encore, et combien l'instruction y était insuffisante.
L'école du Gniie militaire^ fondée à Méziéres, ne contenait que vingt élèves, tous nobles (1). Seulement, on avait ]i]ai-é, à côté de l'école proprement dite, une sorte (U' succursale, qui en était soigneusement séparée, et où se formaient les conducteurs et appareilleurs, les praticiens chargés de la grosse besogne : on les appelait dédaigneusement la (jdchc. Ce fut parmi les réprouvés de la (jûche, que se forma l'illustre Monge, éminent dés lors
(1) Une des choses ijiii nuisaient le plus à l'instruction même, dans ces réunions de jeunes nobles, c'était le peu de déférence <]u'obtenaient souvent d'eux leurs professeurs , vils roturiers. Le savant Lacroix raconte ce cpii se passait dans les Ecoles ries g.irdcs (le lu murini'. « Réduits à jiorter leurs plaintes ù des olliciers (jui détruisaient à peine, sous une politesse froide, leur insultant mépris, les professeurs fermaient souvent les yeux sur la licence de leurs élèves, pour ne pas s'en rendre les délateurs, rôle toujours indiinie d'un homme (pii a ijuelijue éléxation dans le caractère, et cjuand ils y étaient forcés par la nature des l'autes, voici comment ils étaient reçus : « Je punis njonsieur un tel parce qu'il a manqué à la politesse iju'un gentilhomme doit avoir; mais ces messieurs peuxentils jamais être imjH'rtinciils envers vous?» C'est ainsi (juc l'un des (îonmiandants réjiondait aux justes plaintes que lui adressait un professeur (pii caractérisait i)ar son véritaljle nom l'injure (ju'il venait de recevoir d'un élève. » {Essais sur l'i:iisci<ineinent, p. 113.) — C'est sans doute de lui-même que parle ici Lacroix : il était en 1782 professeur de mathématiques des gardes de la marine ; il de\ int tlepuis membre de l'Institut et professeur à l'École polytechnique.
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parmi les élèves eomme il devait l'être plus tard parmi les maîtres de la science. Monge, hélas ! avait pour père un simple marchand ambulant, de plus, repasseur de couteaux.
Remarquons-le, d'ailleurs, les régiments du Génie, organisés comme une arme à part, sont encore une des créations de la Convention nationale. Jusque-là les officiers du Génie et les soldats qu'ils devaient employer étaient séparés, et on ne les réunissait qu'accidentellement (1).
L'école spéciale d'Artillerie, placée d'abord à La Fère, ])uis à Bapaume, avait été supprimée en 1772. Elle ne fut rétablie que par un décret de l'Assemblée constituante en 1790, et installée à Chàlons.
U École des ponts et chaussées, résidant à Paris , n'offrait qu'une instruction très défectueuse ; nul examen préalable n'était imposé aux candidats, la faveur seule décidait de leur admission. Les élèves n'avaient d'autres professeui's que leurs camarades plus anciens. A cette sorte d'enseignement mutuel s'ajoutaient quelques leçons d'histoire naturelle, de physique et de chimie, qu'ils allaient prendre en ville chez des professeurs particuliers. La Révolution, acheva de désorganiser cette institution si imparfaite, en mettant les élèves des ponts et chaussées, comme ceux du Génie militaire, à la disposition du ministre de la guerre, pour la défense du territoire. Ces diverses écoles se trouvaient supprimées par le fait. Il fallait les remplacer : on y pourvut.
(1) « On donnait avant la Révolution le nom de sapeurs à certaines compagnies des régiments d'artillerie qui, outre la manœuvre du canon , étaient exercées à la sape dans les polygones et qu'on ])rétait accidentellement au Génie. Employer à deux fins des soldats obéissant à deux maîtres était une économie mal entendue. La Convention nationale créa les véritables sapeurs qui, organisés d'abord en compagnies et ensuite en bataillons, se firent bientôt un renom proportionne au degré d'intelligence et d'audace que nécessite l'exercice de leur profession. » ( Général Fov, Guerre de la Péninside, t. !•■•, p. 126.
54 lîNSEIGXKMEXT SUPÉRIEUR
Le 11 mars ITDl (12 voutûsc an II), une loi déi-réta rétaljlissomont (runo Kcole centrale des travaux publics, et chargoa iiuo oommissioii « do déterminer le mode d'examen et de concours auxquels seraient assujettis ceux qui voudraient être employés ù la direction de ces travaux » (1).
Sous ce titre si simple et nullement empliati(jue, l'École polytecliniquc était fondée.
Le premier organisateur fut Lamhlardio, ingénieur des pont et chaussées. Monge, Foureroy, Carnet et Prieur do la Cùte-d'Or (ces deux derniers officiers du Génie), s'intéressèrent vivement à l'exécution du projet préparé par Lamblardie avec l'autorisation de la Convention un local fut livré à Lamblai^die dans les dépendances du palais Bourbon : on y établit rapidement un cabinet de physique, une collection de minéralogie, un laljoratoiro de chimie, une bibliothèque des tableaux, des estampes, des bustes; le tout provenant « des effets nationaux ». Le matériel ainsi réuni, un projet de loi fut rédigé par Foureroy membre du comité de Salut public, et adopté par la Convention le 28 septembre 171)4.
Il y avait deux mois que la révolution de thermidor avait eu lieu. J'ai regret de le dire, Foucroy s'en souvint un peu trop, et crut intéresser les passions d'alors à son projet, en déclamant contre les vaincus, en les représentant, non seulement comme des tyrans, mais comme déterminés à faire « disparaître de la France les lumières dont ils redoutaient l'intluence ». Rien ne lui paraissait plus avéré que « cette conjuration contre les progrès de la raison humaine ». — « Il est démontré, ajoutait-il, qu'un des plans des conspirateurs était d'anéantir les sciences et les arts, pour marcher à la domination ù travers les déinns des connaissances humaines,
(1) Cette loi fut votée après lecture d'un rai)])ort (Je Barrcre sur les travaux publics.
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précédés pai' rignoranco et la superstition. » Fourcroy oubliait malheureusement que le projet dont il allait prôï^enter les développements avait six mois do date, qu'il avait été formé et adopté dans ses bases sous la domination de ceux qu'il représentait, après leur défaite et leur mort, comme les ennemis de l'intelligence humaine, et qu'enlîn les comités d'alors n'avaient cessé de montrerpour l'accomplissement de ce projet le zèle le plus persévérant et le moins équivoque (1).
Oublions ces tristes déclamations de l'ancien président des jacobins en 1703 ; la grande École était fondée !
L'originalité de cette création, c'est d'avoir senti qu'avant de parquer les jeunes gens dans des spécialités particulières, comme on le faisait antérieurement, il fallait, comme dit Arago, « leur enseigner les principes généraux des sciences, également indispensables aux ingénieurs civils et aux ingénieurs militaires » (2). Sans doute, en face de nécessités si pressantes et si douloureuses, il était généreux, de la part de la Convention, d'ajourner ainsi les applications de la science, et de fonder un système d'études qui devait plus tard seulement porter ses fruits. Cette vue élevée, cette prévoyance à long terme, qui d'ailleurs né compromettait nullement la sécurité du sol national et la cause de la Révolution française partout victorieuse alors au delà même des frontières, cette confiance de la Convention dans un avenir qu'elle ne devait pas voir, confiance qui se retrouve dans les diverses fondations de cette époque, tout cela vaut bien la forfanterie héroïque du Sénat romain faisant vendre les arpents de terre sur lesquels campait encore Annibal, et leur trouvant des acheteurs. C'était plus simple, et tout aussi grand.
(1) Yoy. FouRCY, Ilistoive de l'École pohjlediniqxie, 18?8, dédiée à monseigneur le Dauphin.
(2) Biographie, de Monge, p. 49
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Il lie fallait jias néaiiiiKiiiis (luo faute de sujets eapables, les services publics se trouvassent interrompus. De là une disposition transitoire, que nous devons mentionner.
Le cours d'études était fixé à trois ans. Mais dans cette circonstance exceptionnelle, le besoin qu'on avait d'utiliser le plus tût possible les capacités hors ligne, sans compromettre la solidité de l'instruction générale, et de plus la nécessité de soustraire des élèves de force très inégale à une confusion qui aurait pu retarder les uns et décourager les autres, suggérèrent à Fourcroy et à iMoiigo la mesure suivante. La première promotion comprenait quatre cents élèves ; (.e devait être plus tard le chiffres des trois divisions ou années d'études. Ces élèves réunis devaient pondant trois mois rei-evoir un enseignement ra[)ide, n'volutvmnairc, disait Fourcroy dans son rapport. Au bout de ces trois mois, on devait trier les élèves et les parta,i;or en trois séries : les sujets tout à fait supérieurs, puis les élèves moins avancés, eniin, la foule. Ces trois groupes constituaient ainsi pres(jue imédiatement les trois divisions de rècole ; renseignement y marchait et était distril)ué entre ces trois divisions, tel t|ue le lixaient les programmes. Ce plan fut exécuté; à iieino née, Tl'lcole était constituée dans toutes ses parties.
Elle était d'altord purement civile, mais comme on l'entendait à. une époque où tout citoyen était tenu de concourir à la défense de la patrie. Elle ne recevait que des externes, admis après un concours ouvert dans les vingt-deux ])rinci|)ales villes de la République. Et, chose nouvelle alors, ces concours présentaient la garantie la plus assurée de la justice : ils étaient publics. Non seulement l'enseignement était gratuit, mais les élèves recevaient un traitement de 1200 francs par an pendant la durée de leur instruction. C'était l'égalité :
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le mérite pauvre pouvait aiii:ii participer aux bienfaits d'un enseignement presque exclusivement réservé depuis aux jeunes gens favorisés de la fortune. Les élèves étaient tous externes. Ils devaient être présents à l'école tous les jours de travail depuis huit heures du matin jusqu'à deux heures do l'aprés-niidi, et depuis cï\u[ heures justju'à huit heures du soir.
Les maîtres étaient dignes de cette grande et généreuse institution. Parmi les premiers professeurs de l'Ecole nous nommerons Lagrange, Prony, Mongo, Berthollct, Foiuvroy, Chaptal, Vauquelin, Guyton de Morveau ; en un mot, les princes de la science.
Je n'ai pas besoin de dire quelles transformations Napoléon fit subir à cette organisation première : d'aljord le casernement et le régime militaire substitué à une liberté relative, puis l'inégalité consacrée par la suppression de la gratuité. La pension fut fixée à 800 francs plus le trousseau, les livres, compas, crayons, etc Napoléon se réservait de statuer sur le sort des élèves trop pauvres « pour payer la totalité de la pension » Faut-il s'étonner qu'un militaire patriote et attaché aux idées de 1789 ait blâmé cette transformations de l'école primitive devenant « un séminaire de guerriers », et qu'il ait regretté que « cette École après avoir été un foyer de lumière pour la France et pour l'Europe, ait été reconstruite sur un plan plus étroit et moins libéral ? »
L'auteur de ces lignes est le général Foy (1).
En dépit de toutes ces modifications regretlaljlcs, l'École polytechnique est restée fidèle à ses premières traditions; elle a su prouver, par le patriotisme comme par la science, qu'elle n'avait pas oublié ses origines.
(1) Guerre de lu Péninsule^, 125.
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école de mars. — ecoles diverses. — musee d'artillerie
En mùnic tcm[>s fjuo cette école savante, la Convention en avait institnc une autre, qui, .sous le nom d'Écolo de Mars, avait pour Init de former rapidement de jeunes soldats pour le recrutement des dilCérentes armes dont se compose une armée (1). Cette école n'eut qu'iuie existence passagère. Décrétée le 1'='' juin 1791, sur le rapport de Barrère, elle l'ut dissoute à la lin do la belle saison. Cette dissolution, du reste, était pirvue et annoncée dans le décret de formation. « Aussitôt que le camp sera levé, disait l'article 11, et en a( tendant que les élèves aillent faire leur service aux armées, ils retourneront dans leurs foyers et seront admis à d'autres genres d'instruction, suivant l'aptitude et le zèle qu'ils auront montrés (2). » C'était d'ailleurs une nécessité : l'École de Mars était moins une école qu'un camp, formé dans la plaine de Sablons, près Paris. Trois à quatre mille élèves de quinze à dix-sept ans y avaient été réunis. Ils avaient été choisis par les agents nationaux parmi les enfants de citoyens « peu fortunés de préférence parmi les enfants des volontaires blessés dans les combats ou servant dans les armées de la République ». L'enseignement y était tout prati(iuc; les élèves couchaient sous la tente et n'étaient réunis dans un bâtiment couvert que pour les cours et leçons théoriques.
(1) An moment où la rcvoUition (vlata, il n'existait ])lus d'école niiiitaii-e ; celle qui avait été londée en 17.")! avait été supinùiiiée par arrêt du Conseil, le !J octobre lis?.
(2) Ruppurl sur lu clôture de l'Ecole de Mura, 23 octobre lî'JI.