ÉCOLE OE MARS Ô*J
L'oryanisaliou de cette troupe était singulière : les jeunes soldats étaient divisés en milliers, centuries, déouries, et Guyton de Morveau faisait ressortir les avantages sensibles, disait-il, de cette division. •' Elle rentre dans le système décimal et elle prévient bien des obscurités dans la comptabilité. Chaque élève devait s'habituer aux différentes nécessités du service, en remplissant pendant quelques jours et à tour de rôle, les fonctions d'ofïicicr. Les jeunes gens qui, après les premières épreuves, avaient montré le plus de disposisitions pour le maniement du cheval, avaient formé un corps de cavalerie." Les autres armes étaient également représentées. Comme on le voit, c'était une petite armée, plus semblable à celle que 1818 avait organisée sous le nom de garde mobile^ qu'à une école proprement dite (1). « Une des vérités les plus importantes qui se ti'ouvent acquises ou plutôt confirmées par les essais faits à l'École de Mars, disait Guyton de Morveau, c'est que tout soldat, soit d'infanterie, soit même de cavalerie et d'artillerie, peut apprendre en moins de trois mois le maniement des armes et toutes les parties de son service, de manière à exécuter en corps nombreux toutes les manœuvres avec une grande précision. » Il va sans dire que cette école était gratuite ; de plus les élèves, ne recevaient point de solde et avaient dû môme déposer en arrivant les assignats qui leur restaient. Cette disposition, jointe à la frugalité du régime, avait, dit le rapport, facilité singulièrement la discipline, en écartant toutes les occasions ordinaires de désordre, et de plus avait servi à prévenir les maladies, « suites très fréquentes des excès ». Pendant toute la durée du camp,
(1; L'unifûrine se composait d'ane tunii|iic serrée par une ceinture servant de cartouchière, d'un pantalon de drap et d'un cliai^eau de feutre retrousse sur les bords par des cordons. Le salire, de forme antinue, était à peu [irès celui (jue portent aujourd'lmi nos soldats.
I>(l KNSEIGNEMEXT SUPERIEUR
dix élùvcs i^culcment étaient morts, malgré le grand nombre de maladies que les chaleurs exceptionnelles do cette année avaient rendues fort communes.
Il est certain que l'enseignement théorique devait être le côté défectueux de cette école. On avait eu soin pourtant de réunir ceux des élèves qui avaient quchiucs notions de géométrie et de dessin, et on leur avait enseigné les ])rcmiors principes de la fortification. Cet essai eut au moins le mérite d'être la première tentative pour substituer une école militaire fondée sur une base toute démocratique, aux écoles de privilégiés qui avaient existé seules avant 1781).
(juand à VEcole des Mines, supprimée de fait depuis 171)(J, elle fut rétablie sui- un jilan nouveau par la Convention, en IT'JÔ. Jusqu'à la Révolution, elle avait été purement élémentaire : elle devint alors École d'application, et dut se recruter dès lors i)armi les élèves de l'Ecole polytechnique.
L'école du Génie^ réorganisée par la Constituante, fut, en 1794, transférée de Méziôres à Metz.
Aux trente-quatre écoles de navigation établies dans les différents ports de mer en 1701, la Conveation eu ajouta deux nouvelles, et fonda de plus trois écoles spéciales pour les aspirants reçus dans les ports de Brest, Toulon et Rochefort. C'est là l'origine de V École navale.
Enlin comme complément des créations précédentes, nous devons rapporter à la même époque la fondation d'un musée nouveau qtie créa la Révolution, fidèle à son habitude de joindre l'enseignement histori(|uc à l'instruction pratique et immédiatement applicable, et de [ilacer le souvenir du passé à coté de l'utilité présente et des prévoyances de l'avenir. Je veux parler du musée d'artillerie. L'idée de réunir aux modèles d'armes nouvelles les échantillons des anciennes armesappartient au général de Gribeauval, qtii la lit en 1788 adopter au
ICCOLKS DIVERSES Gl
ministre Briouiic. Cette collection fut dispersée un an aprcs, le 11 juillet 1T8U, lors de ronvaliisscraeut do l'arsenal, où elle avait été placée. Plus taixl, parmi les armes de toutes sortes que les nécessités d'une lutte immense avaient mises à la disposition du ministre de la i;uei're, iteaucoup furent jugées inutiles, mais réservées comme pouvant offrir un intérêt historique et placées dans une salle de l'ancien couvent des feuillants. « C'est là que les vit le ministre de la guerre Pétiet, qui comprenant le parti qu'on en pourrait tirer un jour, mit dans son arrêté du 9 thermidor au III (27 juillet 179.5), qui constituait le comité d'artillerie à peu prés tel (ju'il existe aujourd'hui, un article spécial ordonnant le transport, au couvent des dominicains de Saint-Thomas d'Aquin, des pièces d'armes, armures, etc., qu'il avait vues au couvent des fouillants. On y joignit les modèles que l'ancien directeur Rolland put sauver de la destruction de la Bastille : le tout fut mis sous la direction du nouveau comité (1). »
Tels furent les efforts de la Révolution pour fonder des écoles nouvelles destinées à recruter des armes spéciales ou améliorer celles qui existaient antérieurement. Une autre cause a dû aussi contribuer à faire de l'armée môme, telle qu'elle exista alors, ime vaste école, et cet avantage est dû tout entier aux circonstances. Elle n'était plus désormais, comme avant 1789, composée de deux classes parfaitement distinctes, d'un côté une noblesse presque toujours ignorante, de l'autre, comme l'a dit le général Foy, une masse composée exclusivement « du ti'op-plein des cités que des reci'uteurs plongés dans la débauche enlevaient avec astuce pour le répandre dans les régiments ». Par l'admissibilité de tous aux plus hauts emplois, la Révolution ne promettait pas
(1) Le Mutice d'artUlcvio, par le lieutcnant-colonul Pcniruilly L'IIaridon, directeur du nmsce dans l'aris-Guide).
seulement des prix glorieux au courage, elle provoquait une émulation salutaire, colle de s'instruire, et c'est ainsi qu'on voit alors de simples sous-officiers poursuivre sous la tente de sérieuses études et parvenir à justifier un jour l'avancement rapide que leur dévouement leur avait mérité. En outre dans ce péle-méle de toutes les professions qu'avait produit la levée en masse à l'heure des grandes crises, le contact seul devenait une éducation pour tous, un échange d'idées et de connaissances, théoriques ou pratiques utiles aux lettrés comme aux travailleurs de la main, et qui n'a pu être sans influence sur l'instruction générale de la nation. Un fait nouveau du moins, un fait éti^ange, c'était de trouver alors dans les camps des érudits comme Latour d'Auvergne ou Courier; c'était de voir en 1703 le jury des beaux-arts décerner le prix d'architecture à un simple canonier, l'architecte Protain. Un peu plus taid le prix proposé dans l'un des premiers concours de l'Institut, sur cette question : « De l'influence des signes sur la formation des idées » fut accordé à un mémoire présenté par un soldat au 0° chasseurs, le jeune Gérando. Peut-être était-ce après tout l'homme instruit déjà par les livres qui avait le plus à gagner à ce contact ; il y apprenait ce qu'ils n'enseignent que d'une façon insuffisante ; il pouvait au moins rectifier ou préciser toutes leurs leçons en les confrontant avec celles que donnent la pratique des hommes et l'expérience des événements, et l'on conviendra sans peine, je suppose, que la fréquentation des hommes d'alors, comme l'épreuve des événements eux-mêmes, était assez de nature à mûrir hâtivement rintclli.i;cncc soumise à cette rude éducation.