NOTICE SUR EUGENE DESPOIS XIII
jeta tout entier, et l'on peut dire que jamais il ne fut plus professeur qu'à partir du jour où sa chaire lui fut ravie.
(l'est après le coup d'Etat, à compter du moment où il ne fut plus rien, (ju'a conmienci- la carrière de Despois, la grande intluence exercée par lui, et c'est cette influence que je veux dire. Elle n'a point été bruyante, elle ne s'est point répandue dans le public, elle n'a l)as fait parler d'elle dans la i)resse ou à la tribune : elle n'en a pas moins été lonsidéralde, elle n'en a pas moins fait son œuvre; et les iiistoriens qui raconteront l'iiistoire du second empire et rechercheront (juclles causes ont fait naître et développé ce mouvement béralil qui apparaît aux environs de 1860 pour ne plus cesser de grandir jusiju'ii son triomphe aux élections de 1869, auront à lui faire sa légitime part. Il ne fut pas seul à l'honneur; il eut pour compagnons une petite phalangt' de courageux universitaires que je nommerais si plusieurs n'étaient vivants encore aujourd'hui et si leur modestie ne s'en devait oHenser; mais d fut de tous le plus ardent, le plus en vue, celui dont l'action personnelle était la plus grande.
La France ne saura jamais trop ce qu'elle doit à ces hommes qui, vaincus par la force, n'abdiquèrent pas devant elle et, au milieu de l'oppression toute puissante, au milieu de l'affaiblissement des caractères, de l'énervement de la prospérité matérielle, vouèrent toute leur science, toute leur patience, à refaire les âmes de la jeunesse fortes et viriles comme était la leur et préparèrent dans l'ombre la sainte revanche d'i droit et de la justice. Si, parmi les hommes qui ont aujourd'hui de trente à quarante-cinq ans, il s'en trouve, pour le bonheur de la patrie, un grand nombre qui croient à la liberté, qui sont résolus à fonder sur elle une France grande et désormais à l'abri des révolutions, il n'est presque aucun d'entre eux qui, directement ou indirectement ne leur doive quelque chose, — et plusieurs leur doivent beaucoup. J'en appelle à tous ceux qui, durant les longues années de l'empiie, ont fait leurs études dans ces pensions de Paris qui envoyaient leurs élèves à Louis-le-Grand, à Bonaparte, à Charlemagne : ils peuvent se lever et rendre témoignage. Un honneur mérité restera aux institutions qui ont recueilli ces maîtres alors que l'Université les rejetait de son sein-, à Massin, à Favart, à Sainte-Barbe surtout, la Sainte-Barbe d'alors, celle d'.VIexandre Labrouste et de M. Guérard, si largement ouverte aux maîtres persécutés et à l'esprit de liberté. Descendus au rang d'humbles répétiteurs de philosophie, de rhétorique,
XIV NOTIt.F SL-R EUOKNK DKSPOIS
de seconde ou de troisième, res professeurs rniiiients avaient sur la jeunesse une iulluenee plus grande souvent que les professeurs du lycée qui faisaient la classe. Quand on ne rceevait de ceux-ei que leur science, c'est à ceux-là souvent que l'on confiait son éducation morale. Les plus intelligents, les meilleurs, se livraient à eux sans réserve, allaient les voir aux jours de sortie, étaient fiers de leur amitié, rapportaient aux camarades leurs conversations intimes. En ces conversations, ils pailaient librement ; leur incessante pensée était la haine du coup d"Etat de déeemiji'c, toujours éveillée dans leur cœur* Ils racontaient les luttes de la génération précédente, les espérances saines et rayonnantes, puis les déceptions amères de I8i8; leur foi ne se démentait pas dans le triomplie assuré, prochain, de la justice et (h> la Répiihlique. Ils comnuiniipuiient à tous leurs convictions et leur ardeur. Ils savaient par cœur les Châtiments de Victor Hugo, ils en récitaient les vers enflammés aux jeunes disciples; il ne se passait pas de vacances qu'ils n'allassent visiter les proscrits, en Belgique, en Suisse, à Jersey; ils en rapportaient les livres interdits : Napoléon le Petit, les Châtiments, les Propos de Labiénus. Ils les prêtaient à leurs jeunes amis, et liientùt des copies manuscrites couraient de pupitre en pupitre pour servir à faire d'autres copies. Parfois la politique intervenait jusque dans la liberté de leurs conférences ; mais, au fond, il n'en était guère besoin : maîtres et élèves se comprenaient à demi-mot. C'était une réflexion à propos de Tatou, de César ou d'Horace, un vers de Juveual cité à propos, une rapide allusion, un trait qui partait comme une flèche. Il n'en fallait pas davantage. Ce qui faisait la force de leur apostolat, c'est qu'ils avaient souffert ])0ur lui. Par là le despotisme recevait le châtiment du traitement qu'il leur avait infligé. C'était saiut Paul montrant ses cicatrices aux gentils, c'étaient les pasteurs du désert, traqués dans la montagne et dont la tète était mise à prix. « J'en crois, disait Pascal, des martyrs qui meurent pour la foi. » Eux aussi, on pouvait les en croire lorsqu'ils parlaient de dioil et de république, et on les en croyait en effet. Ils étaient riucarnatiou même du droit, la républi(iue vivante. On savait ce qu'ils avaient ai)an(lonné, ou savait ce qu'ils avaient accepté plutôt que d'incliner la fierté de leur caractère. Quand ils [tronouçaient les mots de liberté et de devoir, ces mots étaient dans leur bouche autre chose (juc des thèmes sonores d'amplification oratoire ; ils leur avaient fait le saciifice de leur foitune, et leur vie
NOTICE SLR EUGENK DESPOIS XV
présente était aussi rude et laborieuse qu'elle eût été facile s'ils l'avaient voulu. On n'entendait jamais tomber de leur bouche une plainte sur ce qu'ils avaient sacrifié ou sur ce qu'ils souffraient maintenant S'ils l'avaient voulu, ils seraient maintenant inspecteurs d'académie, recteurs, inspecteurs généraux : alors ils couraient les répétitions au cachet, sans être toujours assurés du lendemain. La jeunesse leur rendait en prestige tout ce qu'ils avaient sacrifié et plus encore. Quand un éloquent discours de Jules Favre avait retenti à la tribune, dénonçant quelque vice honteux du régime impérial, à cette corruption la pensée de tous opposait cette vertu républicaine qu'elle avait sous les yeux. Libre à M. Rouher d'insulter les républicains de 1848 ; on avait devant soi ces républicains, on savait ce qu'ils valaient. Quand on rencontrait dans ses livres grecs et latins, dans son Tacite, son Démosthène ou son Tite-Live, quelque cri fier et viril, quelque trait de noble et héroïque vertu, on savait par des exemples contemporains qiie la vertu n'était pas morte, que le juste que la foudre j)eut frapper sans l'ébranler n'était pas une simple image de la poésie. On se promettait d'être soi-même un juste et un vaillant dans la vie. Vingt années ont pu passer, vingt autres pourront passer encore, et l'exemple de ces hommes, la pensée d'être dignes d'eux restera, aux jours d'épreuve, un cordial puissant pour beaucoup de ceux qui ont subi leur influence. Un ministre eut pu venir visiter cette jeunesse, escorté de son état-major, orné de ses broderies, chamarré de ses décorations : il n'eût point exercé sur elle l'action, d n'eût point rayonné du prestige que possédait un de ces répétiteurs qui avaient refusé le serment et devant lequel tous au passage se découvraient avec respect. Ce prestige, nul ne l'eut plus que Despois, parce que nul n'avait sacrifié davantage. Il venait parfois, — je le vois et l'entends encore, — durant les heures d'étude de Sainte-Barbe, ouvrir la porte, appeler un élève pour une leçon, et je ne crois pas qu'un de nous ait jamais entendu cette voix sans se dire en lui-même : « S'il eut voulu pourtant, au lieu de ramer sur cette galère... » On n'avait pas besoin d'achever; car c'est cela précisément qui eut été pour lui la galère : la fortune achetée au détriment de rhonneur.
Et propter vitam vivendi perdere causas
Tout en lui, son instruction sûre et solide, la finesse et la force de son jugement littéraire, sa façon d'enseigner la littérature qui jamais
\VI NOTICI'. SUR KUiilCNE nFSPOIS
no séparait le fond do la forme, la gônôrositô t\o sos idôos, sa passion toujours contenue et toujours frémissante, — jusqu'à sou profil net et énergique, sa physionomie distinguée et austère, ses grands yeux profonds, à la fois ardents et doux, sa longue barbe^ sa tète jeune et dépouillée îivant l'âge, — tout jus((u"à ee chapeau aux bords relevés, loujours oiiloui'é d'un cirpo et qui souihlait poi'ter le deuil de la répul)liquo, tout attirait et retenait la jeunesse. Il était de ces hommes énergique et simples, tout d'une pii-ce et qui no changent pas, en qui la conviction est contagieuse, qui font dos onthonsiastes et qui feraient, s'ils le voulaient, des fanatiques.
Telle fut la vie et l'œuvre de Despois tant que dura l'ompiro. 11 lo vit toinljor enfin, mais dans quels désastres en tombant n'eutrainait-il pas la Franco ! Il est permis de penser que ces désastres mêmes no parurent pas à Despois pires que ce qui avait précédé : si (pielque chose était ciipable de purifier la patrie et do la régénérer, de rendre aux àmos le ressort, de guérir à jamais la nation des hommes piovidentiols, c'était l'adversité seule. Il eut pu, maintenant que la république était revonuo, songer à un nilo |ii(litii[uo, s'il eût été un homme politique : mais, encore une fois, tel n'était pas son goût, et on peut ajouter : telle n'était pas son aptitude. Il n'avait rien de cette sou]>lesse si nécessaire au maniement des hommes et dos affaires, il ne connaissait ni les compromis ni les demi-mesures ; il était resté entièrement un homme do ISiS, une sorte d'exilé volontaire à l'intérieur qui n'avait l'ien voulu voir du mouvement <hi temps, ilo Ja transformation de la politique réjjublicaine, — semblable à la vestale qui s'est vouée tout entière à entretenir la flamme sacrée de l'autel. Il aimait l'Université, il y rentra, apjiolé jiar M. Jules Simon au poste de chef de son cabinet. Il eut aimé sans doute à rentrer dans l'enseignement ; mais déjà sa santé était trop ébranlée, sa poitrine tiop atteinte pour qu'il put songer à remonter dans une chaire; le professorat, qui a usé tant de constitutions, avait épuisé la sienne: il s'y était dépensé sans mesure. Le ministre voulut le nonnnor ins- ])ecteur général ; il refusa ne se sentant pas les forces nécessaires ou ne voulant pas qu'on l'accusât de se faire payer par la républiciue le prix de ce qu'il avait soutl'ort do l'empire. Tout ce qu'il consentit à accepter, ce fut la modeste place do bibliothécaire de la Sorbonne. Le lettré voulait donner aux lettres ce (|ui lui restait de sa vie. Il loiii' avait donné nagnère tout ce ipio lui laissait d'heures de loisir sa
XOTICK SIR FlYiKNE DESPOIS XVII
vio hiboi'iouse. 11 avait réuni on un volume ces étuik-s données çii cl là à (les Revues, sur les Grecs, les Latins, les Français, études ({u'aniniait une même pensée littéraire et politiciuc à la fois, à savoir que la liberté seule^est féconde pour l'inspiration virile, qu'un Mécène ou un Auguste n'a jamais, quoi qu'on en dise, fait naître à volonté des lloraces et des Virgiles, et que la consé(iuence siire du despotisme est toujours d'abaisser l'art en émasculant les artistes (l). Il avait, dans un petit livre plein de vigueur et de faits, intitulé le Vandalisme révolutionnaire (2), tenu à venger cette révolution dont il savait si bien l'Iiistoire, de l'accusation stupide d'avoir détruit à plaisir les monuments de la vieille France et jonché le sol de ruines. H avait montré tout ce que la Convention, au milieu de ses tourmentes, en pleine Terreur, avec quatorze armées eu campagne et luttant contre l'Europe coalisée, avait su faire pour les lettres, pour les arts, pour les sciences, pour l'instruction à tous les degrés. Il put donner désormais toutes ses heures à l'étude. Sa collaboration à la Revue politique et littéraire devint de jour en jour plus fié(iuente, quoi(|Uo trop rare toujours au gré des lecteurs.
11 travaillait, il écrivait lentc;iient, en homme qui ne veut rien livrer au hasard ni à l'improvisation. 11 y avait en son esprit, on l'a déjà dit, un besoin extrême de la précision dans la forme comme dans le fond. 11 ne consentait à rien écrire sur un sujet qu'il ne l'eut nettement circonscrit et fouillé en tous sens, de façon à être sûr de ne rien laisser échapper. Il avait l'horreur du vague, de l'a peu près. Jamais il ne prenait une rêverie pour une idée, ni une apparence pour une réalité. Il regardait toutes les pensées qui se présentaient à lui, en quelque sorte, à la lumière, pour voir si quelque fail)lessc dans le tissu n'apparaîtrait pas en quelque point. Sa langue était niàle et forte, sans rhétorique ni concessions à l'agrément ou à la mode ; il n'écrivait jamais un mot sans que ce mot fût le mot juste, qu'il eût été parfois cherché, toujours choisi. 11 était de ces bons et solides écrivains pour lesquels il n'est pas de synonymes. Il aimait à poursuivre jusfjue dans les moinch'es détails du style la rigueur de l'analyse de sa pensée. On peut dire qu'il n'y a guère à revenir sur les sujets auxquels il a touché, et que personne ne dira mieux que
(1) Les Lettres et ia Liberté. — 1 vol., Charpentier.
(2) Le Vandalismp révolutionnaire. — 1 \n\.. G^riner Baillière édite'ir.
wiii NOTICE sru EfCiKxr: despois
lui (0 qiril ;i dit. Ce qui lui a manqué comnio écrivain, c'tsl poulétre quehiuc'S défauts. Un luni nidins dr luicc lo!^i(jU(' dans l'ospril, un pou moins d'ordre savant et niétliodiquo, cl il oiit eu plus d'attiait pour le grand nombre ; quelques pointes à droite et à gauche, mr-me un peu téniéi'aires, poussées liors de son sujet, mais provo- (|uant des rapproclienients, excitant l'imagination, suscitant des réflexions, et son action eût été plus giande : il était de ceux ipii élaborent et transmettent des idées plutôt (pic de ceux qui en éveillent. 11 représente, avec ses avantages et ses inconvénients, dans ce qu'il a de meilleur, ce que l'on poni'i'ait appeler le style de l'Ecole normale.
Outre ses articles, un i^rand travail l'absorbait, dont ils n'étaient que le délassement, il s'était chargé de la publication de Molière dans cette Collection des grands écrivains français entreprise par la libraii'ie Hachette et que dii'ige M. Régnier. Il avait là la grande et belle part : le plus vivant, le plus moderne, le plus humain de tous nos classiques. Il connaissait à mei'veille le xvii'' sii'de, et chaque jour il ajoutait encore à cette érudition si solide, si exacte, si scrupuleuse. Ce travail de bénédiction était la joie de sa vie. Il avait collationné toutes les éditions, recueilli toutes les variantes. Pour ne rien laisser d'obscur de tout ce qui se rattachait à Molière, il avait commencé par éclaircir les délicates et épineuses questions des représentations di'amati(pies au xyii*^ siècle; il en avait tiré ce volume si intéressant, si nourri et instinctif: le Théâtre sous Louis XIV (i). On sentait là, comme partout, cet amour ardent de la liberté auquel l'âge n'avait rien oté, cette passion profonde et contenue qui était le véritable fond de son àme. Déjà trois volumes de sonMnlière avaient |)aru : point de ces notes admiratives et banales, jtoint de ces anecdotes douteuses qui si souvent se transmettent de commentateur en commentateur ; mais partout, sur les mots, sur les choses, sur les usages, sur les personnes, les renseignements les plus sûrs, les explications les plusclaires. Aucune jieine ne lui avait coûté; on voyait s'élever d'aimée en année le véritable monunn'nt élevé au génie de Molière par la piété du xix'' siècle, l'édition définitive de ses ouvrages. Il ne lui a pas été donné d'achever son œuvre. Qui la terminera comme il l'avait commencée ?
(1) Uq volume. — Liltrairic Hachette.
NOTICE SLR EUGliNE DESPOIS XI \
.)"ai raconté tctte vie si bien roniplic, et, en dépit de ses épreuves, eette vie heureuse, s'il est vrai que le bonheur soit dans h^ noble emploi de son cœur et de son esprit, dans le dévouement à quelque chose de supérieur à soi-même. Au moment de rassembler les traits de eette noble figure, je demande à m'effacor, à céder la plume à l'un de ceux qui ont le mieux connu Despois et qui l'ont le plus aimé, à un ami bien cher dont il m'est doux de joindre le témoignage au mien dans cet hommage adressé à l'un des maîtres de notre génération. J'emprunte ce portrait à une lettre intime écrite peu de jours après la mort de Despois. C'est avec le cœur qu'il a été tracé, on s'en apercevra. Il est si ému, si sincère, si profondément vrai que je n'ai i)as pensé qu'il dût être gardé pour moi seul. C'est sous l'impression de cette page que je veux laisser le lecteur.
« Une vraie douleur pour moi et profonde, — m'écrivait l'ami (pie plus d'un universitaire devinera sans ([ue je le nomme, — c'est la mort de Despois. J'aimais autant que j'estimais ce caractère simple et droit, cette intelligence lumineuse et ferme, ce cœur sur et dévoué. Je l'avais connu à Sainte-Barbe, et je lui avais voué mie de ces affections comme il serait à désirer que les élèves pussent toujours en avoir pour leurs maîtres. Je n'ai jamais manqué de l'aller voir à Paris depuis ma sortie de l'Ecole. Je l'ai toujours trouvé le même : simple, modeste, empressé à faire plaisir, à être utile, serviable et bon. Je ne crois pas qu'il ait donné la mesure de ce qu'il valait, à moins qu'il ne laisse quelque ouvrage en portefeuille. L'empire l'a singulièrement desservi à cet égard ; il a dû, pour vivre indépendant, se dé[)enser en leçons qui certes ont rendu de réels services, mais tpii lui ont enlevé un temps précieux. Despois est un de ceux qui ont conservé la jeunesse parisienne à la lilierté et à la république.
« n était d'une discrétion qui donnait d'autant plus d'autorité à sa parole. Il ne recherchait point les tinesses, les malices, bien qu'il eu. prodigieusement d'esprit et du meilleur. Mais il jugeait avec une fermeté et une énergie calme qui imposaient. Il avait l'air froid, et cependant il réchauffait, il exerçait un charme. Sa vie, de 1848 à 1870, a été un exemple et une lutte. Partout où s'organisait une résistance littéraire, philosophique, historique, Despois était là. Nul ne se tut permis de l'oublier, et son opinion était de celles avec les- ([uelles tm comptait. II a été un agitateur moral, un novateur hardi et sage à la fois, n'ayant rien cependant de ces juste-milieu qui essayent de conciher l'inconciliable. Son bon sens était admirable, il était doublé d'un enthousiasme pour le beau elle juste qui constituait.
\X XOTICK SUR KUGUNlî DESPOIS
|iai' son union avec un sens critique exquis, l'originalilé cl le cliarme (hi talent littéraire de Despois. C'est une perte pour rUuiversité, ([u'il a graudeuient aimée et honorée, pour les lettres ([u'il l'cspectait et qu'il faisait resi)ecter ; pour le parti i'éj)ul)lieain dont il a été un des précurseurs et des initiateurs les plus syinpatliicpies et les i)lus intègres ; pour la jeunesse, à qui il a appris à rester debout au i)rix du sacrifice de la fortune et même d'une certaine popularité si facile à gagner et dont il n'a ]ias voulu. J'aime à croire que ses amis sauront rendre à sa mémoii-e ce qu'elle mérite. Je voudrais aussi que l'on recueillit pieusement les articles i)uljliés par lui, en les classant méthodiquement. Il y aurait pi'olit à mettre aux mains de nos jeunes gens CCS pages qui seraient à la fois des modèles de bonne langue et de justes idées. Que d'aperçus nouveaux, tins, ingénieux, que de pensées larges, humaines, libérales, ils y trouveraient ! Quels coups à hi l'outine, au pédantisme classi(iue, au pathos romantique ! Quelle aimable et virile invitation à la pensée libre, au liavail personnel, à la rétlexion intelligemment ap|>li(piée à discerner ce (pii peut être accepté ! J'avoue que je faisais la chasse aux ai'tieles de Despois, sur les quais, furetant dans les lîevues, là échouées, oii il avait écrit ; je ne me suis jamais repenti d'y avoir passé quelques heures eu recherches quand elles étaient heureuses. Tout ai'ticle trouvé avait sa valeur, sa portée, reconfortait connue un cordial. C'est ce cordia que je ne voudrais pas voir méconnaître et négliger. Nous avons besoin plus (pie januiis de fortes générations ; la lecture des Mclanyes de Desjjois contribuerait certes puissanunent à nous les préparer telles qu'il nous les faut : chaudes sans emportement, fermes sans violence, clairvoyantes sans scepticisme, bref, liliérales et pati'iotiques avant tout. »
Charles Bigot.