‹ Le vandalisme révolutionnaireChapitre 49 sur 76 · CONSERVATOIRE DE MUSIQUE · texte numérisé non relu

CONSERVATOIRE DE MUSIQUE

Ijicii, jusqu'à présent, la musique uutiouale s'est distinguée dans la Révolution ; on sait (luellc a été l'influence de la musique sur les patriotes à Paris, dans les dé{)artements, aux frontières!... Je demande donc qu'on décrète le principe qu'il y aura un Institut national de musique à Paris, et que la Convention charge le comité d'instruction puljlique des moyens d'exécution (1). »

Cette proposition fut bientôt décrétée. Le 25 nivôse suivant, d'après une pétition de Madame Heuvrard , il fut dèi-idé que Vlnstitut serait ouvert aux deux sexes. Ces diverses dispositions aboutirent à la fondation définitive de l'Institut central de musique, dans la séance du 10 thermidor an III (3 août 1795). » Cet Institut, disait le rapport de Chéuier, est déjà provisoirement organisé. Il consistait uniquement, lors de son origine, en un corps de musiciens exécutants attachés à Ja garde nationale de Paris. C'est ainsi que, depuis le fameux 14 juillet, ces artistes patriotes, sous la direction de Gossec, pour la partie qui tient à l'art, n'ont cessé de concourir à l'exécution des fêtes nationales... Sous cette bannière civique se sont rassemblés à dilîérentes époques les premiers talents que la France possède dans l'art musical. C'est de là, ajoutait-il, c'est de là que nos chants civiques, disséminés d'un bout de la France à l'autre, allaient jusque chez l'étranger, jusque sous les tentes de l'einicmi troubler le repo's des despotes ligués contre la République. C'est là qu'ont été inspirés ces hymnes brillants et solennels que nos guerriers chantaient sur les monts de l'Argonne, dans les plaines de Jemmapes et de Flcurus, et en forçant les passages des Alpes et des Pyrénées. » Après avoir rappelé ce rôle glorieux de la muse révolu-

(1) Moniteur du 10 novciiibre 1703. Voici le texte dti décret voté : Art. 1. Il sera forme dans la commune de Paris un Institut national

de invisi(|ue.

Art. 2. Le Comité d'instruction publique présentera à la Convention

im projet de décret sur l'organisation de cet établissement.

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(ionuairc, où le poète (1) du Chant du dcpart trouvait sa part de gloire, Cliénier insistait sur l'intluence moralisante de la musique, sur la nécessité de remplacer par renseignement laïque de cet art les anciennes maîtrises supprimées. « Il sera glorieux pour vous , disait-il eu terminant, de prouver à l'Europe étonnée qu'au milieu d'une guerre immense, qui n'a été pour la République qu'une suite non interrompue de triomphes..., vous savez encore donner quelques instants à l'encouragement d'un art qui a gagné des victoires et qui fera les délices de la paix ! » (2).

;i) QiiaïKl I.avîs chantait la MarsrilUiisc à, l'Opéi-a, une liste d'enrôlement restait en i)ernianence dans le loyer niùn)e de l'Opéra. « L'un des plus nobles représentants de la I-'rance dit un jour à Lays ces jjaroles, ((ue l'artiste regarda toute sa vie connue son plus beau titre de gloire : « Citoyen, avec votre Murscillalse, vous avez donné cent mille soldats à la Kéimblique. » Lays , Rousseau et Chenard furent envoyés aux frontières, et la Marseillaise poursuivit ses miracles. » E. Arago {article cité).

i2i Ce rapijort avait été provoqué par la pétition suivante de Vlnstilut national de musique:

M RefTrésentants du peuple,

« C'est lorsque la Convention s'occupe de l'organisation des fêtes nationales, l'ime des |)lus grandes institutions publiques, celle qui doit mettre la raison en pratique en faisant goûter les douceurs des vertus sociales, c'est alors (pj'il i^^t du devoir des citoyens, et particulièi'eiiient de ceux i|ui peuvent concourir à leur exécution, d'apporter au peuple souverain l'Iionuiiage de leurs méditations et les moyens de les rendre dignes de lui.

« Tous les arts doivent embellir les fêtes publiques, mais la musique seule les anime : sa jjuissance est également attestée par l'euqjloi qu'en firent les législatem-s anticpies, et par les services qu'elle a rendus [lendant la Kévolution française.

« L'utilité de cet art est démontrée, et ce n'est pas la proclamation d'une vérité ipie vous ave/, reconnue (jue nous venons vous demander, mais sa mise en prati<|ue.

Il La sui)pression des écoles de nmsique attachées aux ])rincipales églises a laissé dejMiis cinq ans cet art sans 'enseignement [)u))lic; pressés [lar le l)esoin, déjà plusieurs artistes de mérite l'ont abandonné; les fêtes nationales .seront désormais [irivées de se.s charmes, et la chute des théâtres est inévitable, si votre sagesse ne vient au secours de cet art consolateur, pour lequel rien encore n'a été fait.

u Organise/ enfin l'cn-seignement de la musique; le génie français vous promet des succès rapides , et d'innombrables artistes se formeront pour, chanter les vertus sociales dans les théâtres publics, la lilierté dans les fêtes du |)euple, et les triomphes de la République au milieu des armées qui versent leur sang pour elle.

DESPOIS lO

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En conséquence, la Convention, supprimant VEcole de musique de la garde parisienne et l'école declunU et de déclamation, les remplace par un institut destine à enseigner la musique à six cents élùves des deux sexes , choisis proportionnellement dans tous les départements, vote un crédit de 2 10,000 francs pour cet établissement , placé dans le local des Menus-Plaisirs; fixe les traitements et les pensions de retraite ; établit une bibliothèque spéciale dans l'école nouvelle, et en confie l'administration à cinq inspecteurs et à quatre professeurs. Les inspecteurs chargés en outre de la surveillance de l'enseignement, étaient :

Gossec.

Grétry,

Méhul ,

Lcsucur,

Cliérut)iui, Il devient monotone, je le sens, de répéter sans cosse

« Lo 21 liriimaire an II, la Convention dccrcta lo iirincipe «le rétablissement d'un Institut national (le iniiisi(nie dans la conuuune de l'aris, et, par le niénic déeret, son Comité d'instruction juiblique i'ut eliarj-'C de lui [)résenter le mode d'organisation de cet ôtalilisscnicnt. Dejjuis seize mois, les travaux de la Convention n'ont pas permis qu'elle s'occupât de cet oVijet.

Il Les artistes ont soulTert de ce retard; mais ils n'ont pas été moins actifs et moins zélés à soutenir de tous leurs moyens cet art abandonné à leurs soins. Les élèves qu'ils ont formés depuis H^tJ pour les armées de la Répuljlique, pour l'École de Mars et pour l'exécution des fêtes publii(ues, sont la preuve de leur amour [lour la liberté.

« Ce n'est point leur intérêt particulier ipii les a dirigés; ce n'est \iu~~ lui ((ui les porte à ajjpeler votre attention sur cette fraction nccessaiiide l'instnii'tion |>ulilii|ue: ils ne voient rpie l'intérêt national, ils ne désirent que la conservation l't la ])roiia,i-'ati(in de leur ai't.

« Ils demandent: 1" qui» la Ciinvcntiun se fasse faire le rajiport sur l'organisation de l'insiitut natiiniai île unisii|iie décrète le 21 brumaire an II;

« 2° Qu'elle renvoie à son Comité d'instruction publique l'examen de cette question : Convient-il de l'iu'mer de pareils établissements dans les grandes communes de la République '

« Au nom de l'Institut national de nmsique.

« Sarrktte, Gossiic. »

(Archives, Cartons du comitc de l'inslniclion publique.)

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