‹ Le vandalisme révolutionnaireChapitre 54 sur 76 · UXITK DES POIDS ET MESURES · texte numérisé non relu

UXITK DES POIDS ET MESURES

peuples qui l'adopteront un nouveau lion de fraternité générale. »

Chose étrange et qui n'est guère arrivée qu'à cette mémoral)le épo({ue, le travail fut terminé bien avant l'écliéance fixée par l'Académie. Elle le promettait seulement pour 1791; le !«'■ août 1703, Arljogast (1) montait à la trihune de la Convention, pour exposer le nouveau système, au nom du comité d'instruction publique.

Il rappelait que l'Académie avait tout d'abord observé ceci :

« L'idée de rapporter toutes les mesures à une unité de longueur prise dans la nature s'est présentée aux mathématiciens, dès l'instant où ils ont connu l'existence d'une telle unité et la possibilité de la déterminer. Ils ont vu que c'était le seul moyen d'exclure tout arbitraire du système des mesures et d'être sûr de le conserver toujours le même, sans qu'aucune révolution dans l'ordre du monde pût y jeter de l'incertitude. Ils ont senti qu'un tel système n'appartenant exclusivement à aucune nation, on pouvait se flatter de le voir adopter par toutes. »

Est-il nécessaire de faire observer ici la pensée noble et d'une modestie délicate empreinte, dans ces simples paroles ? est-il nécessaire de montrer la nouveauté et la grandeur d'un tel travail ? Pour tous et 'pour toujours : telle semblait être alors en toutes choses la devise de la Révolution française. Aussi le rapporteur ne se contentait-il pas de montrer ce que le nouveau système offrait d'avantages pour la sécurité des transactions , pour la probité publique, pour l'unité môme de la France ; il y voyait encore un gage « d'estime et de liaison entre les Fran(;ais et les autres peuples, enti^e la génération présente qui otï're ce bienfait et la postérité qui en jouira ou en vérifiera les bases. »

(1) Arbogast était, au moment où éclata la Révolution, professeur de matliémati(|ues et recteur de l'Université de Strasbourg.

2()^) rXITK DF.S POIDS ET MESURES

Illusion, sans doute ; vain et cliiméviquc espoir, qui comptait ainsi sur la reconnaissance des contemporains (1) et de la postérité, sur celle des nations même alors armées contre la France ! Hélas! les peuples surtout, aigris contre nous par des événements que nous avons sufïisamment expiés, ce semble, les peuples, habilement nourris de ces haines qui font le salut et la joie de leurs maîtres , n'ont plus voulu voir dans ces fraternelles expansions de la Révolution française qu'une ambitieuse et insolente prétention. En se livrant à ces espérances plus que naïves, (jue ne regrettent jamais les gens de cœur, la Convention se trompait ; mais, quand on fait d'aussi grandes choses, on a du moins le droit de se tromper ainsi.

Le rapport exposait successivement ces trois points principaux :

1° La détermination de l'unité principale, à laquelle tout le système devait se rapporter :

2" La liaison entre les mesures linéaires; celles de superlii'ie, celles de capacité; entre celles-ci et les poids et les monnaies ;

(I) Je n'en vomirais iioiir preuve (|ue les étranpres paroles par lesi|ucll('s un lioniiiie, plus cajjable (jue tout autre U"ap|)récier ce travail, et (|ui en elTet rai)[)rouve, clierelie ù diminuer le mérite de la Convention ([ui en avait hâté l'achèvement, et (jui le consacra ]>ar un décret. Dans son Histoire des sciences pendant la R>'Voliition, M. Biot écrit ceci.:

« Le nouveau système de poids et mesures l'ut mi.s en activité. Quoique les ojiérations entreprises pour la détermination d'un arc du méridien ne fussent pas encore achevées. l'Académie a\ ait calcidé le mètre d'ai)rès les observations anciennes, avec une exactituilc sultisantc pour tous les besoins de la société. Klle avait déterminé, par des expériences précises, la longueur du ])endule à secondes, et le poids d'un centimètre cube d'eau distillée : c'étaient les éléments de toutes les autres mesures. Les observations nouvelles ne pouvaient apporter à leurs valeurs que; des corrections insensibles: on s'en)i)ressa d'en introduire l'iisaj-'e, moins prii'-élri' par amour du bien pnblir (pCcn liaini: des anciennes inslilidions. La Convention déclara t|u'elle était satisfaite du travail de l'Académie: elle adopta les résultats, ordoima l'etaljlissement du nouveau système dans toute l'étendue de la République, et l'olïrit à radoi)tion des nations ètranirères. » (P. 45.)

CALKXDRIF.R RKPl'BLICAIN 261

.■>" L'introduction du système de division décimale dans ces diverses mesures, ainsi que dans les mesures astronomiques et nautiques.

Le comité concluait en prop isant un décret par lG(iuel la Convention, se déclarant satisfaite du travail de l'Académie des sciences, en adoptait les résultats et établissait ce système dans toute l'étendue de la Répuljlique. Une année était laissée aux citoyens pour se familiariser avec les nouvelles mesures ; ils étaient simplement invites à en faire usage avant l'époque fixée, qui devait rendre le système obligatoire. En attendant, on donnait l'ordre de rédiger et d'envoyer partout des instructions claires et précises pour expliquer à tous l'emploi des nouveaux poids et mesures, ainsi que la pratique des opérations arithmétiques relatives à la division décimale. Des étalons devaient être envoyés dans tous les districts, et chaque municipalité était tenue de faire fabriquer les instruments de mesures et de poids (1). Ce projet fut converti en loi et immédiatement exécuté.

Le nouveau système rencontra moins d'obstacles qu'on ai'anrait dû s'y attendre. Il n'en fut pas de même d'une autre réforme, celle du calendrier. Ici la Révolution avait à compter avec des adversaires sérieux et tenaces : la tradition religieuse, aussi bien que des habitudes invétérées, protestaient contre ce changement.

Le nouveau calendrier fut présenté dans la séance du 5 octobre 1703. Le rapporteur était Romme.

La partie scientifique de ce travail avait été confiée à

(l) Tout ce. travail iléliiiilir il'applii-atiùn est dû à Prieur, de laCùted'Or.

Page 1