FÊTES NATIONALES
Il faut donc le reconnaître, eu décrétant successivement ces diverses fêtes, la Convention n'a fait encore que céder à une pression du dehors, :i ce besoin d'une réglementation officielle en toutes choses qui est le tort de la Nation mémo. Nous avons un autre tort aussi, c'est d'oublier trop vite et de critiquer amèrement les fautes que nous avons provoquées et dont nous sommes les premiers auteurs. Voilà assez longtemps qu'on nous flatte et qu'on s'incline devant l'infaillibilité de cet être collectif, que saluait déjà Luther, et qu'il appelait Monsieur Tout-le-monde. Ce monsieur là, de longue date, a pris l'habitude de dégager lestement sa solidarité du milieu
monde, me rappelait Orphée enseignant aux hommes les premiers principes de la civilisation et de la morale, etc. » Mais ce ijui est remarquable, c'est ([u'il trouve, lui, ([ue la Convention n'a pas encore assez fait en ce sens : « Vous avez senti, dit-il à ses collègues, (lue la morale et la vertu étaient les seules bases inébranlables sur les(iuelles un gouvernement puisse être établi ; vous instituerez donc des l'êtes essentiellement morales... Vous seuls devez régler la direction et la marche de cette religion civile ([ue vous devez donner à la France » (p. 41, p. 64). Voilà bien décidément la Convention érigée en concile. Quant au cérémonial, Boissy d'Anglas a soin de le régler pour (pielques-unes de ces l'êtes : hi fcte des époux, par exemple... A ce mot, il s'arrête : « Il faudrait les pinceaux de l'Albane ou les crayons de Boucher, et ma |)lume reste immobile devant un sujet si gracieux.» Ce ipii ne l'empêche pas de décrire la scène en (juatre pages : « Il me semble que la nature a formé pour ces aimables cérémonies le voluptueux mois de floréal; il me semble que le parfum des lleurs, le chant des oiseaux, la douce température de l'air, s'unissent aux émotions de l'iime pour cmliellir la solennité des plus doux sentiments du cœur. Je vois un autel de gazon, élevé à quelque distance de la cité, sur un tapis de verdure et sous la voûte d'un feuillage impénétrable aux feux de l'astre du jour; les plus anciens époux du canton l'environnent; ils sont les chefs de la cérémonie. Les époux unis depuis la dernière fête s'avancent avec ordre et avec cette contenance paisible (jui exprime le vrai bonheur, etc., etc. » (p. 18). Je ne tiens nullement à ajouter au ridicule ((u'on a jeté sur toutes ces iilées, i|ui heureusement n'ont pas reçu d'application; d'autres s'y sont assez employés, sans «[ue je m'en mêle. Mais ce iiu'il ne faut pas se lasser de constater, c'est que ce qui s'est dit, au temps de la Révolution, de plus absurde connue de plus odieux n'a pas toujours été dit par des gens qui eussent au moins pour excuse une exaltation révolutionnaire, ou bien prononcée, ou Inen dm-able : témoin le passage (|ue je viens de citer du très modéré Boissy d'Anglas. — Voyez [Histoire de la Révolution, de M. Miciielet, t. VI, p. 369) le très curieux récit d'une fête nstroiwinique et mnlltrmatiqiie célébrée à Arras, le 10 octobre 1793.
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des sottises qu'il impose parfois à ses repi'éseiitaiits. U serait temps enliii de lui restituer une responsabilité inséparable de ses droits, et, dans riiistoiro au moins, de l'aii'e la part des gouvernés dans les erreurs des gouvernants.