‹ Le vandalisme révolutionnaireChapitre 66 sur 76 · CENSURE THÉÂTRALE · texte numérisé non relu

CENSURE THÉÂTRALE

bien d'autres époques. On a cité, par exemple, comme une monstruosité la (lofonse de jouer la tragédie do Mc'rope, ou une reine en deuil, préparant la vengeance de son mari immolé, prétait à des allusions continuelles. Le fait est vrai, et ce que l'on doit ajouter, c'est que la décision fut prise à l'instigation du modéré Boissy d'Anglas, qui en rédigea lui-même et en tit voter les considérants (1). Ce qu'il y a de certain, c'est qu'aucun gouvernement depuis n'a hésité à défendre des pièces même de l'ancien répertoire, quand elles lui paraissaient de nature à troubler la tranquillité publique ; seulement ces défenses ont d'ordinaire été faites sans bruit, tandis qu'en ceci comme en tout, la Révolution avouait hautement ses actes. Une pièce nouvelle, au commencement de 1704, fut également défendue, et par des motifs qui devraient toucher certains adversaires de la Révolution. Le Tombeau des imposteurs est interdit, parce que cette pièce, dit l'administrateur, ridiculise la messe, la confession auriculaire et autres pratiques du culte catholique romain. M. Hallays-Dabot, dans sa curieuse, mais partiale histoire de la Censure théâtrale, ne manque pas de voir, dans ce fait si remarquable, un hommage hypocrite rendu à la liberté des cultes. L'hypocrisie, qui ménage avec ce scrupule les susceptibilités d'opinions alors peu à la mode, n'est point en tout cas d'un bien dangereux exemple, et l'on a pu souvent regretter depuis que l'autorité n'ait pas montré cet excès de zèle — hypocrite ou non, — en faveur des vaincus.

Quelles qu'aient été d'ailleurs, à cette époque, les

(I) Séance du 31 mars [liYi.

Boissv d'Anolas. — Je propose cette rédaction :

« La Convention nationale cliarf^e son comité d'instruction jiulili- (pie (le lui présenter une loi sur la sur\ eillance des spectacles, et quant au l'ail, dénoncé ])ar un de ses uieuibres, que la tragédie de Mèrojie: est allicliée pour être représentée sur l'un des théâtres de Paris, ciiargo le maire de prendre les mesures nécessaires pour empêcher la représentation de cette pièce. « — Cette rédaction est adoptée.

PKNSIONS LITTERAIRES 303

modifications plus ou moins justifiables, exigées par la muni(?ipalité aux pièces qui paraissaient sur la scène, j'affirme qu'on n'y saurait ti'ouver l'équivalent de ce qui se passa, en 1809, quand Briffaut fut obligé de changer son Don Sanche de CastiUe en un Ninus II, roi d'Assyrie, parce que l'Empire était alors en guerre avec l'Espagne ; et je défie de citer une seule pièce défendue en 1793 et en 1794 pour un motif aussi puéril que celui qui, en 1811, fit interdire les États de Blois, de M. Raynouard, où le duc de Guise jouait un rôle un pou sacrifié. Je crois que peu de gens pourraient deviner en quoi la personnalité historique du duc de Guise pouvait intéresser si fort le gouvernement impérial... Hélas! le duc de Guise était un des ancêtres de l'impératrice Marie-Louise : ni M. Raynouard, ni le public sans doute n'avaient songé à cette curiosité généalogique. Mais Napoléon y songea, et ce fut lui-même qui interdit la pièce, par ce motif, après la première représentation donnée sur le théâtre de Saint-Cloud (1).

Si la Révolution ne rompit pas toujours assez avec les habitudes restrictives de l'ancien régime, au moins en prit-elle aussi ce qu'on avait le plus vanté peut-être chez Louis XIV et ses successeurs, c'est-à-dire des habitudes de munificence à l'égard des écrivains, habitudes d'une utilité fort discutable en thèse générale, mais qui, dans les circonstances difficiles où se trouvaient les gens de

(1) « Le duc de Guise est un parent de l'impératrice, un prince de la maison d'Autriche, avec qui nous sommes en amitié, dont l'ambassadeur était présent ce soir à la représentation. L'auteur a plus d'une fois étrangement méconnu les convenances. » C'est ainsi que Napoléon motiva cet arrêt inattendu.

Page 1