‹ Le vandalisme révolutionnaireChapitre 67 sur 76 · PENSIONS LITTKRAIRES · texte numérisé non relu

PENSIONS LITTKRAIRES

lettres, avaiciil au moins leur raison d'être. La Convention, elle aussi, distribua des ])ensions, et, au milieu de l'extrême pénurie du trésor, elle montra à c-et égard une générosité dont les munifîr-ences tant vantées de la monarcliie n'avaient jamais ajiproché, même de loin.

On sait ce qu'avaient été les pensions sous l'anoion régime : une prime accordée à l'intrigue et à la servilité, beaucoup plus qu'au talent réel ; un bureau de bienfaisance pour les écrivains méprisés du public et délaissés par lui ; une taxe des pauvres, — des pauvres d'esprit : voilà ce que payait la nation. Il faut convenir, du reste, que c'était la moindre des dépenses imposées à la gent taillable et corvéable. L'année où les libéralités de Louis XIV à l'égard des lettres et des sciences atteignirent le chiffre le plus élevé, ne donna que 112,000 livres aux écrivains et savants, tant français qu'étrangers (1). Quant à l'esprit d'équité qui présidait à la l'épartilion de ces encouragements et de ces récompenses, on peut en juger par la liste monumentale dressée par ordre de Colbert en 1()G3, et qui, — rédigée par Chapelain, — accorde à Chapelain la pension la phis forte — 3, (H)0 livres, — comme au premier poète français et du plus solide jmjement. Corneille n'est marqué que pour doux mille livres, Molière pour mille Hvres seulement. En revanche, les abbés de Pure, Cottin, Cassagne, et autres de même calil)re, y sont rentes fort honorablement. Tout le reste à l'avenant. C'est là pourtant cette magnificence inouïe, devant laqiielle la postérité s'est pâmée d'aise. Voyons maintenant le budget littéraire de la Convention, budget dont on ne nous ])arle point.

(1) On trouvera omette liste, a\ ee d'autres reiiseiimeineiits sur le iiiéiue sujet, dans un li\re i|ue j'ai |nil)lié en IXC"), uis i.kituks v:v la i.iiiKRTi-, ],rolcclo)-ids liUi-r;tircs di- /Vc/e/é.s, dAnijuste, de Louis XIV, de Frc-dcric II al de XnitoU-un. (Ed. Charpentier.)

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Je me liàto do !c diro, je iio pivtoiids jioint jnstiticr en dos temps réguliers cette ingérence de l'État, presque toujours déplacée, dans un ordre de choses où le public est seul juge; chacun doit rétribuer, selon ses sympathies et sa reconnaissance, les écrivains qui lui plaisent ou qui l'éclairent, comme il paye le médecin qui le soigne ou le guérit. La séparation do la littérature et do l'Ktat est le dogme des Etats libres, et l'incompétence de l'autorité en matière de goût est tout aussi incontestable qu'en matière médicale, philosophique ou religieuse. Néanmoins, dans une période de transition, et surtout dans un temps de crise qui avait ùté aux gens de lettres une partie de leurs ressources habituelles, la Convention a fait sagement peut-être en acceptant accidentellement cette portion de l'héritage de l'ancien régime (1). Quoique ses générosités se soient étendues à presque tous les écrivains de quelque valeur, elle a été guidée, dans la répartition toujours un peu arbiti^aire de ces récompenses nationales, par un double principe, qui corrige en partie ce que cette fidélité à la tradition a de peu démocratique : aux écrivains jeunes, actifs, et dont le talent d'ailleurs est de nature à être apprécié de tous et à recevoir du pul>lic un légitime salaire, la liberté d'abord, puis quelques encouragements assez sérieux pour leur permettre d'attendre le succès, mais aussi assez modestes pour ne pas transformer en commodes sinécures ce qui ne doit être qu'un noviciat laborieux ; — aux écrivains hors d'âge, à ceux aussi qui se livrent à des travaux utiles à la nation, mais dont l'utilité ne peut être ni ap- ])réciée, ni récompensée par l'initiative individuelle, des

(1) J'ai regret de dire jjourlant ((iie i)Iiis tard, à une éponue oii ces nécessités avaient disi)aru, les vieilles liabitudes reparaissaient dans ce qu'elles avaient de moins raisonnalde : le Directoire, des ITiKi, rétablit la l'onction officielle d'iiistoriograidie, et Real fut à celte date nommé historiofrra|)he de la République. La fonction était ridicule, la première jrarantio, pour la véracité de l'historien étant son absolue indépendance; et (juant au choix, on eût pu mieux trouver.

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]>onsiniis (|ui lonr iiormoHcnt, ou de torm'mor leur vie dans un reiius clièrement acheté, ou do poursuivre dos ivcliei'clios qui out besoin de sécurité ou de recueillement (1).

(1) Mallieiireuseiiiont, lo i)rojot «le la Convention l'ut à i)oinc connu «lu'il suscita un déluge de jjétitions, dans lestiuolles chacun faisait valoir SCS titres pour être porte sur la liste des pensions. Ces pétitions, (|ue l'on jieut lire aux Auciiivk>:, sont assez curieuses, tantôt jjar le style, tantôt par le nom des signataires. Le grammairien de Wailly demande une pension, et, en donnant son adresse, rua drs noulmiç/crs, ■), a soin d'ajoutt-r : tioclion des Sans-Cidolles. — Silvestre de Sacy, ci-devant de l'Acadcmio des inscriptions et belles-lettres, den.ande « à ôtre compris parmi les gens de lettres aux(iuels la Convention nationale accorde des gratifications... 11 s'en rapporte avec confian(;e aux lumières et à la justice des rei)résentants du peuple i|ui composent le comité. » — Vahnont de Koniarc adresse trois pages de sui)]j!iiiue i( ù l'excellent et vertueux citoyen Grégoire », en prenant soin toutefois de le ])rier « de ne pas laisser de traces de tout ceci » ; car il avoue qu'il en serait humilié. Grégoire a négligé de tenir compte de cette recommandation. — Deiisle de Sales rappelle « (pi'il a entrepris des ouvrages pour le progrés des lumières et l'aU'ermissement de la RéjHibliipie... l'exposant a j/laidc la cause de la liberté, il y a trente ans, et lorsque tout ce ipii l'entourait s'iionorait du rang d'esclaves. Quand on a écrit ;\ vingt ans la PliUosopliie de l,i nntiivc, on peut espérer, à cinijuante, un regard consolateur des hommes libres i)ar excellence, (pii ont eu le courage de jeter les bases de la Républiipie universelle. » La lettre est du 2'> thermidor an II : quelques années jjlus tard, Dclisie de Sales, ne rêvant plus du tout, à ce ipi'il semble, la Hépublic|ue universelle, était choisi par l'empereur pour continuer dans un sens monarchique l'histoire de Millot, et écrire l'iiistoire do la Révolution; il va sans dire qu'il y aflirme, entre autres choses du même goût, qu'à ré|ioquc où il avait écrit cette pétition, « l'on avait tenté d'anéantir les lumières (p. 158). » — Beaucoup d'autres iticces du même genre, conservées au.x Archives, sont, jiar leur insignifiance même, fort caractéristiipies. Elles montrent combien de gens avaient, sous un régime nouveau, conservé de vieilles habitudes, entre autres celle de tout attendre du po-uvoir, même pour leurs intérêts privés. On s'adresse à la Convention comme on s'était adressé aux rois; on la llattc en fran<;ais, en latin, en grec même! — Un invalide ériidit, le lieutenant (iishs, adresse une pancarte d'éloges versifiés (vers français, vers latins), et il y joint une jdirase grecque, où il est dit «pie <« des chefs pru«lents font le salut du peujile »; un citoyen de Corté (en Corse), « ami de la Répuljliipic », envoie ])lusieurs pages de vers latins, toujours à l'éloge «lo la Convention. — Des élèves d'imc institution «le Rdiiimi, s'a«lressent aux représentants du comité de I instruction, pour lein- demander des vacances, a afin de respirer l'air salubrc «le la campagne pendant le mois de fructidor ». — Des particuliers recomman- «lent à imc assemblée préoccupée d'intérêts si graves, ou leurs livres «lunt ils lui font hommage, ou même leurs inventions, par exemple un piiii-èilê nouNcau jujur enlever l'encre sur le piipier. — Le citi>y«Mi Helfruy fait passer à la Convention, au nom de son frère le cousin

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