II. — Les roches tendres
Les affleurements les moins résistants de notre région sont représentés par des marnes noires, appartenant à deux séries, le Jurassique moyen et l'Infracrétacé. Les premières n'apparaissent guère sur la Roudoule, parce qu'à l'époque de leur dépôt la bordure du dôme de Barrot paraît avoir élé surélevée. Mais, sl elles n'ont ici que dix mètres d'épaisseur, leur puissance atleint
plusieurs centaines de mètres dans la vallée d'Entraunes., A la
1. Ceux-ci renferment près de leur base le Nummuliles perforatus et plus haut le N. striatus ; or la faune à laquelle appartient cette dernière espèce se trouve seule dans le faciès septentrional (BERTRAND, p. 103),
base et au sommet se trouvent quelques lits de calcaire jaunâtre à l'extérieur, noir à l'intérieur ; mais la masse est constituée par des marnes extrêmement délitables, entaillées par une foule de rigoles ou « roubines » : lors des orages, le sol transformé en boue semble s'avancer de lui-même jusqu'à des cônes de déjections très aplatis. La construction de barrages, l’engazonnement de ces pentes rebelles à la végétation grèvent lourdement le budget du reboisement {(phot, II).
Il en est de mème le long des affleurements apliens et albiens. Près de la Roudoule, ces deux étages sont assez réduits parce que le déversement vers le Sud des plis du dôme de Barrot les présente par la tranche tandis que le Néocomien-Barrémien et le Cénomanien s'élalent sur les flancs supérieurs des anticlinaux. Néanmoins il suffit de voir les vallons qui contournent le Signal de Soumaure vers les cols de Saint-Léger et de Velacs pour constater avec quelle facilité ces marnes se laissent affouiller. Les ruisseaux s'élargissent et divaguent à l'aise entre des monticules arrondis dont les versants noirâtres, à peine parsemés çà et là de quelques touffes de gazon, sont ravinés à la moindre pluie.
Moins stériles, mais à peine moins délitables, sont les marnes bleues de l'Éocène. Leur aspect arrondi et bosselé pourrait, le long de certains sentiers, les faire prendre de loin pour des grès, mais l'illusion n’est pas de longue durée ; elles se détaillent facilement au marteau, s’effritent par minces écailles et se décomposent en un limon qu'entraïînent les eaux de ruissellement.