III. — Roches intermédiaires
Entre les deux groupes que nous avons distingués, la transition est ménagée par les assises moyennes et supérieures du Trias, le Bajocien et le Bathonien, le Néocomien, le Barrémien et le Cénomanien.
Dans la vallée supérieure de la Roudoule, les couches supérieures du Trias reposent directement sur les schistes permiens. Aucun ressaut ne les annonce dans le relief, mais leur couleur jaune sale tranche tellement sur la couleur des roches voisines et leurs formes sont si particulières qu'ici comme partout on les
hi
reconnaît immédiatement. Dépôts lagunaires issus de précipitations ou de modifications chimiques, elles présentent des faciès locaux très variables. Partout cependant on retrouve les trois divisions : 1° A la base, des calcaires dolomitiques caverneux et cloisonnés, ou cargneules, alternent avec des dolomies plus compactes, ou avec des lentilles de gypse, d'une roche grumeleuse, blanchâtre, parsemée de cristaux roses 1. Ces roches dolomitiques, jaunâtres à leur surface, grisätres à l'intérieur, ont été formées par dissolution du carbonate de chaux remplacé plus ou moins complètement par du carbonate de magnésie : de là leur aspect vacuolaire. Les unes sont trouées comme de traces de vers ; d’autres sont creusées de larges trous comme les meulières de la Brie. 2° Puis viennent des calcaires dont la cassure, souvent esquilleuse, révèle la couleur noire ou grise, le grain serré et souvent les veinules de calcite épaisses de 2 à 4 mm. Très bien lités, ces calcaires sont souvent divisés par deux systèmes de diaclases en parallélipipèdes hauts de 10 cm. sur 5 cmgq. de base qui dévalent le long des pentes et que le ruissellement cimente parfois en une brèche compacte. 3° La série supérieure comprend comme la première des cargneules, des dolomies, des gypses saccharoïdes. Dans leur ensemble, les assises calcaréo-magnésiennes du Trias nous apparaissent comme peu résistantes, Les calcaires eux-mêmes se désagrègent vile en menus fragments, certaines dolomies se hérissent en aiguilles et en tours, mais leurs aspects ruiniformes ne font que rendre plus étranges ces paysages désolés. Les roches nues, lrouées de cavités, semblent fondre sous la pluie, en ne laissant que de minces débris et une boue ocreuse. Les torrents qui les traversent n'apportent guère de galets dans leurs cônes de déjection, très aplatis et vite recoupés par la rivière principale. Et peut-être ce travail de décomposition est-il repris en profondeur par les eaux sonterraines qui, s'infiltrant par exemple dans les diaclases des calcaires moyens, dissoudraient les gypses et creuseraient des
grottes dans les dolomies, On connaît au SE du massif du Mer-
1, Il arrive parfois que le gypse est creusé d'entonnoirs groupés, très rapprochés, larges de 3 m, sur 7 à 8 m. de profondeur; le fond est couvert d'une terre d'un jaune rougeûtre.
cantour de nombreuses cavernes qui s'ouvrent dans les calcaires triasiques (Grotta di Bossea), parfois au contact des schistes permiens, comme une très grande grotte à 1 heure 1/4 au Sud de Tende 1. Peut-être des rivières souterraines ont-elles préparé dans cet étage, si irrégulier il est vrai, certains tronçons des thalwegs actuels.
A l'Ouest de la Vésubie et au Nord de l’anticlinal Mont Gourdan- Mont Vial, le Bajocien et le Bathonien sont représentés, en général, par des calcaires de plus en plus marneux et fissiles à mesure qu'on atteint les niveaux supérieurs. Ceux-ci se décomposent par minces plaquettes, comme on le voit dans la haute vallée du Var, sur le chemin qui descend de Châteauneufd'Entraunes vers Guillaumes,
Si la base de l'Infracrétacé ressemble au Jurassique supérieur par la dureté et la couleur de ses roches, les calcaires du Barrémien et du Néocomien sont, en général, mélangés d'argile et interstratifiés de couches marneuses. Aussi les rivières qui longent les crêtes tithoniques sans les entamer érodent-elles assez facilement les affleurements infracrétacés voisins.
De même, le Cénomanien s'annonce souvent dans la topographie par une dépression moins profonde que celle de l’Aptien et de l’Albien, mais très nette au contact des escarpements turoniens. Cet étage est uniformément constitué par l'alternance de lits marneux, noirs, très fissiles, et de bancs d’un calcaire argileux 2. Ces calcaires, gris ou noir de fumée à l'intérieur, sont jaunâtres et mamelonnés à la surface et semblent parfois, quand ils sont à découvert, découpés en pavés de 15 cm. de côté. Les lits marneux sont facilement affouillés entre les strates calcaires qui, fortement redressées. pointent en dents de scie. Pourtant la ligne de crête est assez arrondie : ces bancs sont trop étroits pour que ces dentelures ne disparaissent point dans l'ensemble auquel la succession des zônes noires et jaunes donne un aspect très caractéristique. Si l'on remonte le ravin de Mairola vers Puget-Rostang, on voit que le ruissellement a vite raison