CHAPITRE V
Les vallées quaternaires
L'activité de l'érosion torrentielle a oblitéré dans presque toute notre région les traces du modelé glaciaire. Elles sont pourtant reconnaissables près de la « Source du Var ».Si l'on remonte le vallon du Colombier qui s'enfonce dans les parois gréseuses de la cuvette de Sanguinière, on remarque son évasement, la forme en U du profil transversal qui contraste avec l'étroitesse des ravins entaillés dans les mêmes roches au N d’Annot. Le ruisseau coule souvent à une dizaine de mètres en contre-bas de l'ancien lit, aujourd’hui encombré d'éboulis, mais originairement très plat. Qu'ils aient été recouverts par ces éboulis ou entraînés par les eaux courantes, les cailloux striés sont très rares. Leur absence ne permet point de dater avec certitude de l'époque glaciaire une série de crêtes concentriques situées près du confluent des ruisseaux du Colombier et de la Cayolle ; toutefois ces bourrelets, dont la convexité est tournée vers l'aval, semblent bien représenter des moraines frontales, correspondant aux phases successives du recul du glacier. — Un peu après la Source, le Var tourne à angle droit pour franchir une croupe, haute de 20 m. environ, qui barre de biais toute la vallée: c'est sans doute un anticlinal laissé en saillie au fond du lit du glacier ; dans l'épais placage alluvial qui surmonte ce ressaut, on trouve d’ailleurs en abondance des galets sénoniens nettement striés. En aval des dépôts fluvio-glaciaires, très réduits en étendue, que la carte géologique indique au S d’Estenc, les alluvions du même âge sont assez difficiles à discerner, Cependant, il semble qu'on puisse leur rapporter une suite de terrasses que traverse la route d'Entraunes à Saint-Martin, particulièrement vers le point coté 1072. De très gros blocs de grès tertiaire, arrondis, sont entremêlés d’un cailloutis aux angles assez émoussés, et d’une
Tes
boue noirâtre. Ces terrasses, que la présence de l'Oligocène suffit à distinguer des apports des torrents latéraux, contiennent parfois des rocs calcaires que sillonnent de longues stries, Elles disparaissent à un kilomètre en amont de Saint-Martin ; mais le long épaulement NW-SE, haut de 30 à 40 m., sur lequel se dresse le village, (phot. V) a été reconnu par M. Penck pour une partie de la moraine terminale accumulée par le glacier du Var. Il a aussi signalé des amas de cailloux striés près de Guillaumes, dans l'angle compris entre le Var et le Tuébi : ce seraient les vestiges d'une autre moraine frontale formée lors d'une glaciation antérieure 1. Tandis que la moraine de Saint-Martin est au niveau du fleuve, celle de Guillaumes repose sur un socle élevé de 150 m. au-dessus de la vallée. Ainsi, entre les deux invasions glaciaires dont elles témoignent, le Var avait eu le temps d’affouiller son lit jusqu'à une cote égale, sinon inférieure, à l'altitude actuelle de ses alluvions. Cette intensité de l'érosion n'a rien que de très compréhensible si l’on admet, avec M. Boule ?, qu'aux périodes interglaciaires ont correspondu les mouvements négatifs des mers pliocènes et pleistocènes.
Ce creusement, déterminé par l’abaissement du niveau de la Méditerranée et peut-être par un relèvement concomitant de la zône alpine, ne s’est point poursuivi d’une façon continue. Il s'est interrompu pendant de longues périodes, durant lesquelles le Var déposait des alluvions qui constituent aujourd’hui les terrasses de ses bords. Ces terrasses se présentent rarement sur des méplats qui aient pu les conserver intactes ; le plus souvent on les trouve accolées à des versants fortement inclinés où il est difficile de discerner leurs relations de niveau, car les dépôts supérieurs ont maintes fois été entraînés par les éboulements et les eaux sauvages. D'ailleurs, ils ont été si réduits par les érosions qu'ils ne jouent presque toujours qu'un rôle très subordonné dans la topographie ; ils n'ont guère qu'un intérêt historique.
La première terrasse fluviatile que l'on remarque en descendant le Var est située à 1200 m. en aval de Villeneuve-d'Entraunes,