IV. — CRÈÊTES VOISINES DE LA MESCLA
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et à la Tête de Merich, recouvrait encore une grande partie du bassin.
Une série de terrasses s'élagent à l'entrée des gorges de Daluis, vers l'endroit où une pelite faille fait buter les dolomies du Trias inférieur contre les schistes permiens. La première, composée de grès d'Annot et de calcaire tithonique, est traversée par la route à la cote 784, à 40 m. au-dessus du thalweg. En marchant vers le pont de Gueydan, on constate, à 700 m. plus loin, que des galets de même nature dévalent sur le versant septentrional du vallon du Cantet, depuis la base d'une seconde terrasse {altitude 830 m. ; 94 m. au-dessus du fleuve). Si l'on suit le sentier des cabanes de vignerons au pont des Roberts, on découvre une troisième presque en face du vallon de Tirabol. À la base d'une paroi de grès triasique, les schistes rouges portent un conglomérat où des galets assez petits sont réunis dans une pâte jaunâtre avec des blocs de grès longs de 0m,80; à 15 ou 20 m. de hauteur, ils sont recouverts d'éboulis triasiques qui, cimentés par le carbonate de chaux des eaux d'infiltration, forment une brèche noire extrêmement dure (altitude 880 m. ; 136 m. au-dessus du fleuve). En montant vers le Vieux Sauze, on ne trouve plus de galets, mais seulement de minces plaquettes calcaires et des éboulis ; par contre, si on redescend vers le pont des Roberts, on revoit, empâtés dans un conglomérat de cailloux noirâtres, des blocs de grès dont plusieurs ont un mètre de long et dont un mesure 5 m. de long sur 3 m. de large et 1",50 de haut, Évidemment ces masses énormes n'ont pu être entrainées très loin de la falaise oligocène d'où elles sont tombées ; mais leurs contours arrondis comme leur présence au milieu de galets typiques prouvent qu'elles ont été roulées dans les eaux du Var. Nous sommes donc ici sur une quatrième terrasse, la plus haute qu'on découvre en cette région (altitude 900 m.; 156 m. au-dessus du fleuve). C'est un témoin de l'époque où le Var coulait encore entre les berges ébouleuses du Trias et où il commençait à peine, en aval du vallon du Cantet, à creuser les cluses de Daluis dans les schistes permiens.
Au delà de ces gorges et des alluvions mêlées d’éboulis de la Salette, commence une suite de terrasses qui se maintient à une hauteur de 15 à 20 m. environ au-dessus du thalweg, de 626
à 560 m. Entre celles que la carte géologique figure dans la traversée du Hauterivien et près d'Enriez, on en trouve deux autres, de même date et de même composition, sur les gypses cénomaniens et au SE de Castellet-les-Sausses (572 m.). La coupe de cette dernière est particulièrement nette. Sur les strates sénoniennes reposent : 1° des blocs de Om,20 à Om,50 ; 20 un lit haut d'un mètre de petits galets ; 3° 0%,50 de sables très calcaires ; 4° une couche noirâtre, d'apparence tourbeuse, épaisse de 0%,05 ; 5°enfin 3 m.de galets et de sables qui, recouverts par des éboulis calcaires, montrent qu'après une époque de calme, caractérisée par le dépôt d'éléments très fins, le Var avait recommencé à porter des matériaux plus lourds. — Dans les galets de tous les niveaux on distingue de ces cailloux permiens qui nous serviront désormais à discerner les anciens cours du Var.
Ils se rencontrent par exemple dans un lit de galets, de 0m,20 à 0,30 à la base, de 0",05 à 0",10 vers le sommet, qui surmonte, peu après le pont Noir, les assises sénoniennes redressées jusqu'à la verticale, et qu'on revoit encore sous l'épais placage d'éboulis cultivé par le hameau du Plan. La base est à la côte 512, soit à 7 ou 8 m. seulement du thalweg. C'est le seul dépôt fluviatile que nous connaissions à une altitude relative aussi basse depuis les cluses de Daluis jusqu'à celles de la Mescla. Peut-être ne rappelle-t-l qu'un épisode tout local dans la vie du fleuve ; peut-être celui-ci, avant de se frayer un passage dans la barre de calcaire nummulitique qu'il heurte à Entrevaux, s'est-il maintenu en amont à un niveau assez élevé et a-t-il remblayé son lit dans les marnes infracrétacées el cénomaniennes.
D'Entrevaux à Villars se présentent des terrasses nombreuses, mais d’altitudes très diverses. On peut toutefois suivre une série assez continue entre 20 et 25 m. au-dessus du fleuve: 1° à Entreaux, dont les maisons se dressent sur un socle rocheux contourné et assez profondément entaillé par le Var actuel (490 m.); — 20 à Ville-Passon, au-dessus de la route nationale ; — 30 à 300 m. en aval du pont de Puget-Théniers sur la rive gauche, et approximalivement à la même distance, sur la rive droite, à la montée du col de Saint-Raphaël ; — 4° depuis le confluent du Cians jusqu'à celui de l'Espagnola au S de Villars. Dans cette dernière section, les alluvions anciennes s'étalent largement sur
la rive gauche jusqu'au pied des escarpements turoniens dont les éboulis les recouvrent en partie, Assez fertiles là où les galets ont été elfrités et mélangés à des fragments calcaires, elles portent les champs de blé, les vignes, les oliviers de Touët, de Villars et de divers hameaux dont l'un, le Plan Souteiran 1 (inférieur), révèle par son nom le rôle topographique de ces terrasses (phot., VI). Entre le Cians et Touët on les voit reposer sur les assises alternativement calcaires et marneuses du Cénomanien, qui plonge vers le N avec des ondulations vers l'W et vers l'E. Sur une épaisseur de 8 m. aucune stratification n'apparaît; des galets de 0,10 originaires du Permien, du Jurassique et du Crétacé, de l'Oligocène sont mêlés à tous les niveaux avec des blocs longs de 0,80. La base est creusée de cavités forées par les tourbillons ; sa pente approche parfois de 10 à 15 pour 100 et s’affaiblit ensuite. Le profil longitudinal comportait donc une suite de rapides et de paliers, et le Var était soumis à un régime violent.
Au-dessus de cette première ligne de terrasses, M. Penck a reconnu plusieurs gisements depuis Entrevaux jusqu'aux environs de Puget-Théniers 2. En face de la vieille forteresse d'Entrevaux, il a étudié, sur une plate-forme rocheuse de la rivedroite, un amas de conglomérats à l'altitude 560 ; puis un dépôt absolument semblable sur la même rive, un peu en amont de Puget, entre 500 et 530 m., soit à 100 m. au-dessus du fleuve. Entre ces deux points, il vit près de la ferme de Glandève un méplat rocheux parsemé de quelques galets calcaires (altitude absolue : 650 m.; altitude relative : 205 m.). Enfin il indiqua sur la rive droite, en aval de Puget, deux terrasses « dont la plus haute semble correspondre à la terrasse supérieure d'Entrevaux, tandis que la plus basse est à un niveau supérieur à celui où s'est établie la ville et représente par suite un terme intermédiaire. » En effet, si l’on suit le sentier de l'hôpital de Puget à Breuil, 1° on trouve à 440 m., soit à 55 m. au dessus du Var, la base d'une terrasse haute de 10 à 15 m., dont les bancs les plus élevés sont cimentés en un poudingue très compact. C'est bien l'échelon
4. Et non Souterrain comme porte la carte de l'État-major. Souteiran, Soutran ou Sottrana s'oppose fréquemment à Soubeiran, Soubran ou Sobrana (supérieur) pour discerner deux hameaux de même nom,