‹ Le Var Supérieur: Étude de Géographie PhysiqueChapitre 34 sur 61 · PENCK, 28, p · texte numérisé non relu

PENCK, 28, p

Pr ee

intermédiaire entre les deux terrasses d'Entrevaux, celle de 490 et celle de 560 m. Il semble qu'on puisse lui rapporter aussi les alluvions laissées par le fleuve un peu en aval, sur les gypses cénomaniens de la rive gauche, à l'altitude 425; en effet, les galets de faible dimension prédominent dans l'un comme dans l’autre de ces dépôts.— 2° En continuant à monter vers Breuil, on voit une nouvelle terrasse reposer sur le Cénomanien vers l'altitude 480, soit à 100 m. au-dessus du thalweg. Elle correspond à la terrasse supérieure d'Entrevaux comme l'a supposé M. Penck.— Mais on ne trouve pas au-dessus de ce point la terrasse de 720 m. dont il a conjecturé l'existence. La carte géologique étend bien la notation af à tout le plateau de Breuil, mais les courbes de niveau de la carte topographique qui lui sert de fond donnent une représentalion absolument inexacte du relief. Les champs du domaine de Breuil n’atteignent nulle part 720 m. Si l'on s'arrête au repère n° 75 de la route de La Penne à Puget-Théniers (portion de la ligne du nivellement [a b 3 q 3), à 706 m. de hauteur, on domine de haut les bâtiments et les terres de cette ferme. Le plateau de Breuil ne paraît en saillie que parce qu'il est contourné à l'W comme à l'E par deux torrents. Sous les cailloux anguleux qu'y retourne la charrue, on ne ramasse pas de galets plus haut que 480 à 500 m., d'après des mesures barométriques prises à quelques hectomètres de distance des repères du nivellement. Nous ne pouvons donc admettre en ce point l'existence d'une terrasse qui s'élèverait à 340 m. au-dessus du thalweg actuel.

Au SE du confluent du Cians, la carte géologique indique par la notation af A des dépôts presque entièrement recouverts par des apports torrentiels. La présence du grès d'Annot et des schistes permiens dans les galets et les blocs, assez volumineux la base, prouve leur origine fluviatile. Ils affleurent sur les marnes infracrétacées à 390 m. (60 m. au-dessus du fleuve).

C’est aux abords de Villars que l'on peut étudier la succession de terrasses la plus complète, On n'y compte pas moins de cinq niveaux : 1° Au domaine de l'Abbé, les terrassements de la route nationale ont découvert un lit de deux mètres de {rès gros galets parsemés de blocs qui cubent parfois un mètre (altitude absolue de la base : 260 m.; altitude relative : 25 m.), — 20 En montant depuis ce hameau jusqu'à la chapelle Saint-Claude, on voit au

sommet de l'escarpement formé par les étages résistants de l'Infracrétacé une couche, épaisse de 30 m.,de galets calcaires longs de 0,05; de gros blocs de grès semblent avoir été apportés à ce niveau par un tributaire torrentiel du Var dont les alluvions sont mêlées d'éléments anguleux et peu roulés (altitude absolue, 290 m.; relative, 45 m.). — 3° Au-dessus du talus des marnes aptiennes et albiennes nous arrivons à des dépôts où les gros blocs se font rares, même à la partie inférieure; des galets de 0®,05 de long, venus des schistes permiens, des calcaires jurassiques ou crétacés, des grès tertiaires, ont été cimentés en un conglomérat très résistant (altitude : 350 et 105 m.) Cette formation est ici épaisse de 20 m.; s'étendant de la chapelle Saint-Claude à la chapelle Saint-Roch, elle constitue le soubassement du plateau sous la terre jaune, parsemée de petits cailloux anguleux, qui provient du ruissellement et de la décomposition des éboulis, — 40 et 5° Au SE du village, de l’autre côté du vallon de l'Espagnola, la carte géologique figure deux placages alluviaux. Bien qu'ils ravinent les assises cénomaniennes à des profondeurs assez variables, on peut assigner comme altitude moyenne à la base du plus méridional 390 m., soit 150 m. au-dessus du fleuve, et adopter les chiffres de 450 et 210 m. pour le plus éloigné du thalweg. Leur composition est à peu près la même. Les fragments permiens sont très réduits: lors de la formation de ces terrasses comme aujourd'hui, la plupart étaient réduits en limon avant d'arriver près de Villars. Par contre, l'Espagnola avait apporté en telle quantité les grès oligocènes, arrachés au massif de la Pointe des Quatre-Cantons, qu'une flore nettement silicicole a pris possession du terrain. On est étonné de la grosseur de certains des blocs de grès; dans la terrasse inférieure, ils ont souvent 3 et 4 me. et peuvent aller jusqu'à 32 mc.; dans l’autre, on les voit empilés par dix et par vingt comme dans les vallons voisins d'Annot. 11 est probable, comme le pensait De Chambrun, que « cette grosseur exceptionnelle tient exclusivement au voisinage des points d’arrachement de masses pareilles. C'est par le petit ravin de l'Espagnola que ces masses sont arrivées. Elles sont le résultat d'un éboulement immense dans le voisinage. Une fois tombées dans le lit du Var, ses eaux, même diluviennes, n'ont

AN

pu entraîner de pareilles masses » 1. Pourtant, même si l'on fait abstraction de ces blocs, les éléments constitutifs de ces terrasses sont en moyenne beaucoup plus volumineux que ceux des niveaux inférieurs. Lors de leur dépôt, le Var devait s'épandre largement entre Villars et Malaussène ; la courbe hypsométrique de 400 m. s’écarte du fleuve que bordent des affleurements peu résistants (marnes infracrétacées et calcaires argileux du Cénomanien). Ses eaux pouvaient ainsi s'étaler, se calmer et laisser tomber leurs alluvions, avant la traversée des gorges de la Mescla où les courbes de 400 et de 500 m.suivent de très près le thalweg.—Trouveraiton à une altitude supérieure la trace de cours antérieurs du Var, suivis à l'époque où celui-ci n'avait pas encore été forcé par le mouvement négatif de la Méditerranée à entailler la plate-forme rocheuse où il zigzaguait jusqu’au golfe pliocène ? La carte d'Étatmajor pourrait le faire croire. Elle représente entre Villars et Utelle plusieurs barres dont le haut semble absolument plan et peut faire songer à une surface arasée par l'érosion fluviale. Il n'en est rien. Du haut du Picciarvet, par exemple, c'est un paysage extrêmement déchiqueté que l'on a sous les yeux. Les barres sont de hauteurs très diverses ; elles sont creusées par des ensellements et surmontées de monticules; celle du Serse, haute de 1468 m. près du Mont Vial, n’a plus que 726 m. au SE de Malaussène. S'il a existé dans cette région des terrasses rocheuses, des fragments de la plaine littérale pliocène, l'érosion les a mor-

celés en crêtes aigues, en « serres »

, Sur lesquelles on ne trouve

pas de galets fluviatiles. Il n'y a ici aucune trace d'un passé aussi lointain, aucun témoin d'un cycle d'érosion pliocène (phot. IV).

Est-il possible d'établir une concordance chronologique entre les diverses terrasses que nous avons énumérées le long du fleuve? Il serait téméraire de l'essayer entre celles qui sont situées en amont et celles qui sont situées en aval des gorges de Daluis. Comme l'érosion a fait disparaître la partie supérieure de presque tous les dépôts étudiés, on ne pourrait comparer que les altitudes de leurs bases, c'est-à-dire des anciens thalwegs, Or, ceux-ci pouvaient présenter une rupture de pente à la traversée du dôme

permien; avant de le franchir par une série de rapides plus ou

1e DE CHAMBRUN, 7, p. 45.

moins espacés, le fleuve pouvait s'élargir et déposer des galets sur un palier analogue à celui où le Var d'aujourd'hui s'étale entre le confluent de la Barlatte et le pont des Roberts près de Guillaumes. Dans ce cas, lorsqu'un mouvement positif ou un arrêt du mouvement négatif lui faisait remblayer son lit, la base des alluvions ne peut être figurée par une courbe continue, mais bien par une ligne brisée; rien n'indique, d'autre part, que cette ligne soit parallèle au profil longitudinal du fleuve actuel. Dès lors, on n’est pas en droit de rapprocher deux terrasses situées de part et d'autre d'un obstacle aussi important que le dôme de Barrot pour cette seule raison que leur base surplombe de la même hauteur les thalwegs actuels. Pour discerner les niveaux contemporains, il faudrait pouvoir les dater par la nature, la grosseur des éléments ou par des fossiles ; or ceux-ci nous manquent et ceux-là ne diffèrent pas assez d'un étage à l’autre des terrasses de Villeneuve ou de Guillaumes pour qu'on puisse établir leur continuité avec les alluvions d'Entrevaux, à 20 km. de distance. — Il semble donc plus sûr de ne chercher la liaison que des dépôts échelonnés d'Entrevaux à la Mescla. Elle est assez nette. 1° On trouve une première série de terrasses à l'altitude relative de 20 à 30 m. Au moment de leur formation, le Var était un peu plus fort qu'aujourd'hui, car les galets sont un peu plus volumineux que ceux du lit actuel, et ils ont été abandonnés sur une suite de paliers et de rapides par une rivière dont les tourbillons ont laissé leur trace près de Touët-de-Beuil. 2° Peut-être est-il légitime d'attribuer à un même cours, supérieur à celui-ci d'environ 20 ou 30 m,, les terrasses reconnues sur le sentier de Breuil (440 m.), sur les gypses du Gralet (425 m.), en face du confluent du Cians (390 m.) et sous la Chapelle-Saint-Claude (290 m.) : ce sont à peu près les mêmes éléments, assez fins en général, mais parsemés de blocs. Le régime du Var, dans cette partie, différait peu alors de ce qu'il est aujourd’hui. 3° Il était plus calme lors du dépôt de la troisième série de terrasses qui, près de Puget et de Breuil comme à Villars, portent à 100 ou 105 m. au-dessus du fleuve des galets dont la longueur ne dépasse guère 0%,05, 4 Par contre, il avait été beaucoup plus violent lorsqu'il roulait près de Villars les énormes grès de la terrasse de

mn De

150 m. et de la terrasse de 210 m. Ces observations peuvent être

résumées par le tableau suivant :

Rapport de la force du Var

Hauteur à Villars au moment de leur formation Terrasses au-dessus du fleuve actuel à sa force actuelle 1: 20e légèrement supérieure 29 45 m. égale us: 109 m. plus faible 4e 150 m. beaucoup plus grande pe 210 m. id.

Il serait intéressant de rechercher si ces dépôts fluviatiles se raccordent aux terrasses signalées le long de la côte méditerranéenne par MM. Bertrand, Boule, Depéret et de Lamothe. Ce qui complique le problème, c'est que le mouvement de surélévation de la terre par rapport à la mer a été en s'accentuant vers l'intérieur. Ainsi la surface du delta pliocène est à 180 m. près du littoral et les galets de cet âge dépassent 550 m. près de Levens. Si cette pente de 3 p.100 se continuait jusqu'à Villars, ils y atteignaient 970 m. On ne peut donc assigner la même date à la terrasse marine de 175-180 m. d'une part, el, d'autre part, soit à la terrasse fluviatile de 150 m.,soit à celle de 210 m.On ne peut pas non plus rapprocher les dépôts de 45 m. de Villars et ceux de 55 ou 60 m. de la Méditerranée, que M. Depéret place dans le Sicilien 1. Par contre, on est d'abord tenté de rapporter à la même époque la terrasse fluviatile de 25 m., si continue, et les dépôts reconnus à 25 ou 30 m. le long de la côte niçoise, à la presqu'ile Saint-Hospice, par exemple. Le Var se serait encaissé dans la même mesure où la mer s'abaissait ; l'érosion aurait été ranimée par un mouvement négatif d'ensemble qui aurait surélevé également la côte et l'intérieur. Mais cette hypothèse implique que le profil d'équilibre actuel est parallèle au profil ancien; or le fleuve roulait des matériaux plus gros quand il déposait la terrasse de 25 m. et sa pente semble avoir été plus forte qu'aujourd'hui; par suite, une terrasse marine de 25 m. correspondrait à une terrasse voisine de Villars élevée, non de

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