VI. — TouET-DE-BEUIL
Au-dessous, terrasse de 25 m., recouverte par les éboulis de la falaise crétacée.
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dans le Crétacé supérieur entre des taillis rabougris, et plus encore à la rencontre de cette nouvelle barre nummulitique qui porte sur l’un de ses rocs, à près de 200 m. au-dessus de la vallée, la minuscule forteresse d'Entrevaux ; la boucle du Var entoure d'un profond fossé cette bourgade et ses remparts d’un savoureux archaïsme.
Le Var s'élargit à nouveau dans les marnes de la cuvette de Puget-Théniers et dans ses sables oligocènes qui, par exception, ne sont pas consolidés en grès. Un syndicat de riverains a entrepris la conquête d'une partie de ces vastes plaines de galets, surtout sur la rive droite. Une digue parallèle au fleuve protège contre les crues — quand elles ne sont pas aussi fortes que celle de 1906 — l'espace réservé, divisé par des levées perpendiculaires ou « turcies » qui s'appuient aux versants. Digue et turcies sont percées d'ouvertures par où entrent et circulent les eaux limoneuses ; elles déposent dans chacun des compartiments leurs troubles sur lesquels apparaissent, dès la seconde année, diverses plantes aquatiques. A la fin de la quatrième, l'opération est achevée ; on voit de la route de vastes prairies, si rares en ces régions, et même des cultures. C’est vers l'extrémité orientale de ces colmatages que l’on signale le seul point où l’on sache, avec certitude, que le Var remblaie fortement et constamment son lit; entre le pont de la Trinité et Puget, le fond s'est exhaussé de 1”,50 depuis dix ans. Ce comblement ne s'explique point par un affleurement de roche dure formant barrage et s'accusant dans le profil en long ; peut-être faut-il en chercher la cause dans les dépôts de la Roudoule ; peut-être aussi, simplement, dans les déblais jetés dans le fleuve par une usine 1.
Le lit du Var, quelque peu rétréci à Puget dans les calcaires du Crétacé supérieur, garde ensuite une largeur de 300 à 400 m. jusqu’en aval de Villars. C'est qu'il s'est établi, le long de ce parcours, dans le Cénomanien et les marnes aptiennes. Une partie a pu être convertie en colmatages, malheureusement menacés par les masses de rochers apportés par les « laves » ou
roulés par les eaux qui descendent des escarpements turoniens.
1. Nous devons ces renseignements à M. TRouCHE, ingénieur des Pontset-Chaussées à Puget-Théniers.
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Ce sont cependant ces débris, partout où les eaux ne les remanient plus, qui constituent avec les alluvions anciennes les parties les plus fertiles de ce pays. La vallée moyenne reste assombrie par les teintes sales du Cénomanien et des marnes infracrétacées, par la ruine des murailles qui s'élèvent vers Dina et vers le Collet de Giraud ; mais les abords de Puget, de Touët, de Villars présentent une végétation moins clairsemée que ceux d'Entrevaux et de Daluis. Si le cyprès reste rare, le figuier, le grenadier apparaissent dans les jardins ou même sur les éboulis. De vigoureux peupliers d'ltalie se dressent le long des rigoles qui irriguent les belles prairies de Malaussène, dans ce bassin comblé par les torrents qui dévalent de la chaîne du mont Vial. Nulle part cependant l'on ne retrouve la gaîté, la luxuriance de certains paysages provençaux; la nature reste rude et rébarbative, et c’est vraiment un autre monde qui réjouit le regard à l'issue des tristes gorges de la Mescla 1.
L'aspect des vallées de la Vaïre et de ses affluents est tout différent selon qu'elles se sont creusées dans le Crétacé supérieur ou dans le Tertiaire. Dans le Crétacé, ce sont des cluses profondes, comme celle du Colomp en aval d’Aurent 2; un sentier muletier, péniblement frayé, surplombe le ravin de 150 m. ; le Turonien est divisé en lits de 0m,10 d'épaisseur, ployés et faullés à l'infini; sur les plans de stratification, dans les diaclases, sont accrochés des toulles de buis, de lavande, des églantiers, des
1 Si la carte d'État-Major donne avec raison une assez grande largeur au lil du fleuve en aval de Malaussène, elle l'exagère cependant. La cluse se resserre jusqu'à 35 m. entre des parois de 200 à 400 m. de haut, parfois surplombantes ; des cavernes les entament comme ces Grottes de l'eau salée qui s'ouvrent dans les calcaires tithoniques à 100 m. en amont de la halte de la Mescla (Gaver, 19, 1900, p. 70).
2, Ce village, perdu à 1260 m. d'altitude au fond d’une eluse inaccessible l'hiver, a établi les huit ou dix maisons dont se compose {oute la commune sur les flancs d’un bombement cénomanien dont les assises, plus marneuses que celles du Crélacé supérieur, pouvaient à la rigueur porter quelques champs. Il est dominé au NW par un promontoire qui se dresse d’un seul jet au-dessus d'une masse d’éboulis avec, sous une lumière crue, la silhouette d’un « gour » suharien. À l'W, dans le ravin auquel la carte donne le nom de Rolbuon, jaillil à plusieurs dizaines de mètres au-dessus du sol une de ces fortes sources que l’on découvre assez souvent dans les vallées du Crétacé supérieur. C'est ainsi que dans le lit du torrent qui descend du Grand Goyer naît, à l'E de Peyreseq, par 1460 m. environ, la «source de la Vaïre ».
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sarothamnes qui salissent de points noirs les flancs de ces lugubres montagnes. C'est un repos pour l'œil que la régularité, la netteté des lignes de la zone tertiaire, que la continuité de ses larges bancs gréseux. Nulle part ailleurs, dans la région que nous parcourons, on ne voit l'analogue de ses surfaces tabulaires, de ses formes rigides et soutenues se dressant au-dessus des molles ondulations des marnes bleues. Et c'est aussi une nouveauté que cette végétation drue et vigoureuse des grès d’Annot, dans ce bassin du Var où le sol est composé presque partout de calcaire et d'argile. Sur le sable, entre d'énormes quartiers de roche dont quelques-uns, dans la vallée de la Beïte, ont de 15 à 20 m. de longueur, prospèrent des futaies de chênes, de vieux châtaigniers sous lesquels vit la fougère-aigle, presque inconnue ailleurs ; plus haut croissent des bois de pins d’une fort belle venue. C'est ici l'un des rares refuges de l'arbre dans les rocailles des Basses-Alpes. Cette flore silicicole se retrouve sur les grès de Rouaine, où apparaissent quelques châtaigniers, quelques chênes têtards au milieu des peupliers et des noyers qui avoisinent les hameaux de la région marneuse,
Le Cians n’est pas moins remarquable par les formes du terrain de sa vallée supérieure que par le tracé de son thalweg. Né dans la chaîne du mont Mounier, il pénètre près de Beuil dans une région dont la topographie molle et arrondie surprend d’abord par son contraste avec la topographie si heurtée des environs de Guillaumes, — contraste qui s'explique par la différence de « l'altitude du point considéré au-dessus du niveau de base fourni par les vallées principales » 1. En effet, les sommets triasiques voisins de Beuil dominent le Cians de 300 à 400 m. seulement, tandis qu'aux abords de Guillaumes ils surpassent de 1000 m. le niveau du Var. Aussi le Var, comme le Tuébi, ont fortement raviné leurs versants ; au contraire, à parlir de Ciastellans, la route de Péone à Beuil longe des sommets peu attaqués par l'érosion régressive, couverts d’alpages et de forêts ; le nom de « tête » donné à plusieurs est significatif de l'aspect du relief sur le rebord septentrional du dôme de Barrot.