‹ Le Var Supérieur: Étude de Géographie PhysiqueChapitre 50 sur 61 · FODERÉ, 59, Il, p · texte numérisé non relu

FODERÉ, 59, Il, p

2. « Depuis un siècle, il n'y a pas de village dans l'arrondissement de Briançon qui n'ait été la proie des flammes au moins une fois, et quelquefois jusqu'à cinq ou six fois; depuis 1700, il n'y a pas de village, de ville même qui n'ait été reconstruite en tout ou en partie et souvent à plusieurs reprises; d'où une immense consommation de bois » (Lettre du Préfet des Hautes-Alpes au Ministre de l'Intérieur, 5 brumaire an IX; Arch. Nat., F10 335)

leur reconstruction, on abattait des « cantons » entiers. Plus dangereuse encore était la liberté laissée à chaque usager d’envoyer paitre son bétail dans les forêts. Dans le comté de Nice, les règlements sardes permettaient encore au xixe siècle le pacage des brebis; ils n'interdisaient celui des chèvres qu’en prévoyant de nombreuses tolérances, au cas où les pâtures feraient défaut où quand les bois seraient trop détériorés pour qu'on pât en tirer parti. Ainsi la dent des chèvres, qu'on tolérait même pendant les coupes, arrachait les jeunes plants ou les dépouillait de leurs feuilles, tandis que les bergers, soit par négligence, soit pour faire produire au sol quelques années une herbe plus haute, signalaient leur passage par de fréquents incendies de forêts. Leurs ravages ne s’arrêtaient point là. Au-dessus des forêts, de 1800 à 3000 m.,s’étend la zone des prairies auxquelles on donne, à l'Est, le nom d’« alpe », et à l'Ouest, de « montagne pastorale. » Ce sont les pâturages d'été, broutés à partir du 1® juin par le menu bétail, les « avérages » 1, qui, à la Saint-Michel (29 septembre), descendent versles vallées et les pâturages d'hiver des régions plus chaudes, Or, les habitants du pays ne récoltent guère de foin ; ils sont forcés d’abréger la période de stabulation et de renvoyer trop tôt leur bétail sur l’alpe. La terre, détrempée par les averses orageuses de mai, est creusée par les sabots des brebis et des chèvres qui arrachent avidement les pousses nouvelles et les empêchent de venir à mâturité 2. De plus, aux troupeaux des montagnards se joignaient ceux, beaucoup plus nombreux, qui venaient, par les « carraires » traditionnelles, des plaines de la Crau 3. Ces routes laissaient un peu à l'écart notre région, sauf sur les confins des bassins de la Tinée et de l'Ubaye; toutefois les communes du val d'Entraunes, de Péone et de Beuil,le massif du Saint-Honorat, nourrissent encore aujourd’hui l'été plusieurs des troupeaux provençaux qui, encore en 1871, comptaient 24390 têtes dans l'arrondissement de Puget-

1. S'il est vrai que ce terme, qui désigne à la fois les chèvres et les moutons, vient du latin habere, il caractérise bien la richesse du pays.

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