EME
Théniers 1. Les pâturages d'été, moins dévastés que dans d’autres parties des Alpes, ont eu cependant à souffrir de la transhumance qui entraîne l'exploitation du sol par des étrangers. C'est probablement à ces bergers arlésiens qu'il faut attribuer la dégradation de certaines montagnes pastorales et des forêts voisines. La végétation, abîmée par la dent et le piétinement d’avérages trop multipliés, disparut des pentes où le sol, mis à nu, fut exposé au ravinement torrentiel.
Si les communes n'arrêtaient point ces dégradations, c'est d'abord, parce que tous leurs membres y étaient intéressés; mais c'est aussi parce qu’elles n’attendaient aucun revenu de la plupart des forêts. Auprès des manufactures, des ports, des grandes villes de l'ancienne France, le besoin de combustible ou de bois d'œuvre put déterminer, à certaines époques, une exploitation abusive, des coupes à blanc; mais, au moins, les futaies avaient une valeur comme un champ ou comme un pré; c'était un capital dont on prélevait parfois une part, mais qu'on protégeait contre le paysan, le plus redoutable ennemi des forêts, Or, celles des montagnes niçoises semblaient illimitées eu égard à la consommation locale, dans ce pays où l’industrie était restée rudimentaire et où les mines étaient peu exploitées. Leurs adjudications n’attiraient que les représentants des armateurs, des princes qui voulaient se constituer une flotte 2; encore fallait-il qu'elles fussent situées près des rivières flottables 3, Ainsi des cantons entiers n'avaient aucune valeur marchande parce qu'on ne pouvait en faire parvenir les bois jusqu’à la côte : par suite, aucun intérêt immédiat ne les défendait contre les défrichements et les abus du pâturage. Au début du xix° siècle, sur le territoire d'Ilonse, de Lieuche et de Thiéry, de vastes bois de Sapins et de
Pins étaient brûlés sans souci de l'avenir, parce qu'il n'y avait pas