LA VATICANE, DE TIE VI A PIE IX
Au milieu de ce cortège d'annexés, la Bibliothèque continuait de s'enrichir. Pie VI lui donnait cent soixante-trois manuscrits du monastère de Saint-Basile de Rome, grecs pour la plupart, qui représentaient la fleur des bibliothèques basiliennes de Sicile et de Calabre, il achetait pour elle la collection Conti, et payait trois cents écus un manuscrit des Prophètes fameux dans les annales de l'érudition biblique, le Codex Marchalianus, qui provenait de la bibliothèque du collège de Clermont. Le traité de Tolentino, en 1797, priva pour quelque temps la Vaticane de cinq cents de ses manuscrits les plus précieux. Le choix des richesses qui formèrent alors la rançon du Saint- Siège fait grand honneur aux lumières des commis-
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saires français et aux conseils dont ils s'entourèrent — (Niebuhr, en pleine Allemagne, fut en effet consulté ù cette occasion); — mais presque tous ces manuscrits revinrent après 1815, et reprirent la place qu'ils n'auraient jamais dû quitter.
Les pontiflcats de Pie VI et de Pie VII constituent une des plus glorieuses périodes dans le développement de la solide et patiente érudition romaine, et tout naturellement de grands noms se rattachent alors à la Vatican e : c'est le cardinal Stefano Borgia, à la fois orientaliste, antiquaire et médiéviste; c'est le polygraplie romain Cancellieri, élève de Garampi et passionné comme lui pour les antiquités profanes et sacrées; c'est le bénédictin Galletti, longtemps (( scriptor » de langue latine, dont les manuscrits, formant plus de deux cents volumes, sont entrés à la Vaticane, où ils constituent une mine inépuisable de renseignements sur le moyen âge romain; c'est Gaetano Marini, diplomatiste, épigraphiste et numismate, qui a marqué une si lumineuse trace dans l'étude du moyen âge comme dans celle de l'antiquité; c'est Angelo Mai, déjà connu par ses travaux à l'Ambrosienne de Milan, appelé à Rome par Pie VII en 1810 et nommé par lui préfet de la Bibliothèque.
Il faut s'arrêter devant cette figure, qui s'imposa si rapidement à l'attention et à l'admiration de l'Europe lettrée. Ce ne fut peut-être pas un très grand esprit; mais il eut le génie et la passion de la découverte, et là où tant d'autres étaient passés sans rien voir, il devina des traités entiers et lit revivre des textes morts. Les manuscrits palimpsestes de Bobbio fournirent à sa sagacité les premiers problèmes, et
à son mérite les premiers tributs d'admiration. Quand il donna l'œuvre entière de Fronton tirée de deux palimpsestes (celui de Rome complétant celui de Milan!, on cria au miracle, et quand il lut sous des sermons de saint Augustin le De Republica de Cicéron. ce fut pour toute TEurope un événement. De 1819 à 18.j4, Mai demeura à la Vaticane, d'abord comme préfet, puis comme cardinal bibliothécaire, et dans ce vaste champ offert à son activité, 41 travailla infatigablement. Il a mis au jour cinquante gros volumes de textes inédits, relatifs à l'antiquité profane et à l'antiquité chrétienne ; classiques grecs et latins. Pères de l'Église, histoire, liturgie, droit civil et droit canon, aucun domaine n'est demeuré étranger à ses incessantes découvertes. Avec lui, il semblait que la Vaticane fût inépuisable en textes inédits.
D'ailleurs les accroissements continuaient : la Bibliothèque grecque de la maison Golonna, le manuscrit original du Liber Censuum, un certain nombre de manuscrits orientaux, un dossier bien précieux et trop peu remarqué, qui contenait les papiers de Dom Constant et les travaux préparatoires des Bénédictins de Saint-Maur à l'édition des « Conciles de France », entraient à la Vaticane.
Et quelque place qu'occupe dans l'histoire de la Vaticane durant la première moitié de ce siècle l'absorbante personnalité du cardinal Mai, quelque Jalousement qu'il ait gardé les trésors confiés à sa garde, il n'a pas été le seul à profiter de cette grande institution. Dans la vie intellectuelle de la Rome de Pie VII, de Pie VIII, de Léon XII et de Grégoire XVI, la Vaticane a conservé son rôle : Xiebuhr, Bunsen, Borghesi, Blurae, Greith, Pertz y ont eu accès et en ont usé.