CHAPITRE IV Le pontificat de Léon XIII
LA SOLLiriTlDE DU l'AI'E l'Ol R LA VATICANE.
Dans l'histoire de la Vaticane, le pontificat de Léon XIII est un des plus glorieux. Le pape actuel, en effet, a admiral)lement compris l'importance du dépôt que lui ont transmis ses prédécesseurs; il a eu conscience de la part de responsabilité qui lui est échue, et dès la première année de son pontificat il a affirmé pratiquement le principe qui devait diriger toute sa conduite.
C'est une grande chose que ce trésor littéraire amassé depuis des siècles par la Papauté. Quelquesuns peut-être l'ont considéré comme un joyau destiné à rehausser le prestige du pouvoir pontifical : puisque le pontife est un roi, disent-ils, il doit posséder tout ce qui sied au souverain pouvoir, un palais, l'éclat d'une cour, la magnificence des cérémonies, la pompe des cortèges, le prestige de colh^ctions sans pareilles et de galeries merveilleuses. Mais la
2fi2 LA BIBLIOTHEQCE VATICANE.
Vaticane n'est pas pour la Papauté une sorte de diamant de la couronne. Aux yeux des papes, la Bibliothèque Apostolique a une bien autre importance. Nicolas Y et Sixte IV, Sixte-Quint, Clément XI et Benoît XIV ont proclamé que la Vaticane avait en ellemême sa raison d'être ; ils ont voulu qu'elle fût un foyer d"oi!i la lumière rayonnerait sur le monde. Sa place auprès du Saint-Siège s'explique non par l'éclat mondain dont elle l'environne, mais par les services que la Papauté se croit le devoir de rendre au monde civilisé et à la science chrétienne. C'est à ce point de vue qu'elle apparaît comme nécessaire à l'action du Saint-Siège.
Remarquez la place qui est faite à la personne du pape dans un palais comme celui du Vatican. La plupart de ceux qui le visitent et devant qui s'ouvrent de tous côtés des galeries sans fin se demandent parfois ce qui reste au Saint-Père dune aussi colossale habitation. Volontairement relégué à un étage du Palais de Sixte-Quint, il ouvre à tout venant les trésors artistiques et littéraires accumulés par ses prédécesseurs.
Au centre des collections et des galeries est la Bibliothèque, avec son cortège de royales dépendances. On la traite comme une souveraine, et, dans le règlement édicté par Léon XIII, en 1888, il est soigneusement interdit d'en gêner les abords; tous les autres services gravitent autour d'elle; elle demeure topographiquement indépendante et autonome.
Léon XIII s'est préoccupé d'accroître la puissance de l'institution, et sous son pontificat plus de neuf cents manuscrits de tout ordre sont entrés à la Vaticane. Parmi ces acquisitions, il y a celle d'une col-
LV SOLLICITUDE UU l'APE l'ULU LA VATICANE. 203
leotion qui avait au Vatican sa place toute marcjtiée. En 1891, quand l'occasion s'oflrit d'acquérir les précieuses collections de la maison Borghèse, le pape acheta les trois cent soixante-dix-neuf manuscrits qui composaient la bibliotlièque. Le P. Ehrle y avait, en eflet, reconnu de vénérables débris de la bibliothèque pontificale d'Avignon. Les volumes, transportés d'Avignon à Rome à la fin du seizième siècle, étaient sans doute entrés dans la famille du pape régnant ^Clément VIll Aldobrandini) et étaient passés par héritage chez les Borghèse avec toute la fortune des Aldobrandini. Grâce à Léon XIII, la Bibliothèque Apostolique est ainsi rentrée en possession d'un ancien patrimoine, et les vieux volumes d'Avignon se sont retrouvés chez eux.
Léon XIII s'est pénétré profondément de l'esprit de ses prédécesseurs. Il aime la tradition, non pour s'y enfermer, mais pour la développer en s'y conformant. Il a respecté l'organisation traditionnelle de la Vaticane, avec son cardinal bibliothécaire, ses deux custodes ou préfets, ses « scriptorrs » successivement institués pour le latin, le grec, l'hébreu et les langues orientales. Mais, à côté, il a créé une commission supérieure destinée à décharger des soucis administratifs les savants d'élite dont le personnel était composé; il a rétabli le poste de sous-bibliothécaire; il a mis à la tète du Musée Chrétien un préfet autonome, et ce préfet a été M. de Rossi; enfin, désireux de donner aux Slaves un nouveau témoignage de sa paternelle sollicitude, il a voulu que le slave de Cyrille et de Méthode, le slave dont il autorisait et encourageait l'emploi dans la liturgie, eût lui aussi droit de cité à la Vaticane; : toutes les langues dont
264 LA BIBLIOTHEQUE VATICAXE.
se sert l'Église pour parler à Dieu ont un droit égal à être connues et étudiées dans la maison du Père commun des fidèles.