ÉPILOGUE
Des événements, des paroles, des actes présents à tous les esprits ont rappelé les regards de nos contemporains sur le Vatican.
Les fidèles n'avaient jamais cessé d'orienter leur pensée vers ce pôle de la catholicité; mais il attirait plus faiblement, naguère encore, l'attention des indifierents, des étrangers, des adversaires de lÉglise. Abusés par le prodigieux développement et par la prépondérance apparente des forces matérielles, distraits par les bruits violents de notre siècle, beaucoups d'hommes estimaient que le rùle d'une force purement morale était diminué, sinon fini. Devant la concentration des grands États modernes, devant l'énorme mécanisme militaire, économique, scientifique, d'où ils tirent leur puissance, on se refusait à croire que le monde dût compter désormais avec les petits États qui avaient exercé une influence dans le passé; à plus forte raison avec un petit État dépouillé de son corps, et qui ne pesait plus dans les balances temporelles que du poids d'une âme insaisissable.
Cependant, à l'heure même où le Pontife qui incarne aujourd'hui cette âme semblait destitué de toute action par la logique humaine des choses, l'attention universelle est revenue à ce frêle vieillard; elle lui est revenue avec un crédit d'attente, avec des sollicitudes, des curiosités, des espérances ou des craintes que les plus redoutables souverains provoquent à peine au môme degré. Dans les pays séparés
du catholicisme, dans les milieux réfractaires à toute foi religieuse, l'opinion , reine de notre temps, guette la pensée du pape avec une application égale à celle des ouailles qui attendent de lui une direction spirituelle. Rien n'est plus signiûcatif que la préoccupation maîtresse des visiteurs de marque, chefs d'États, diplomates, publicistes ou penseurs désintéressés, dès qu'ils arrivent à Rome. Quel que soit le motif qui les amène, il devient secondaire; tous n'ont qu'un désir, voir et entendre le pape; tous vont frapper d'abord au portone, à ces portes de bronze fermées sur le prisonnier volontaire. Hommes d'action ou hommes de pensée, ceux qui font l'histoire et ceux qui l'écrivent sont avertis par un sûr instinct que le Vatican est encore l'un des grands ateliers de l'histoire. En gravissant les interminables degrés qui conduisent Ifi-haut, à ces loges aériennes d'où l'on embrasse tout le spectacle du monde, le plus puissant monarque frôle des ombres silencieuses qui ont malgré lui pouvoir d'étendre ou de limiter sa puissance. S'il règne sur un empire où Goethe est dans toutes les mémoires, ces ombres lui rappellent les paroles d'Egmont : « Je vois devant moi des esprits muets et pensifs qui pèsent dans de noires balances la. destinée des princes et des peuples ».
Cette recrudescence de vie devait solliciter les gens d'étude à faire plus ample connaissance avec le foyer où elle se produit. Des hommes de science, armés des fortes méthodes de l'Université de France, ont dirigé leurs travaux de ce côté. Le livre qu'ils nous donnent est né dune pensée juste, croyonsnous : il y a aujourd'hui un nombreux public, également prévenu contre les louanges et les dénigrements systématiques, soucieux d'avoir sur toutes choses des notions exactes. 11 les trouvera ici. Ce que fut la Papauté dans le passé, ce qu'elle est dans le présent, comment fonctionnent les rouages délicats