‹ Le Vatican (volume 2)Chapitre 112 sur 123 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

de cette machine de gouvernement universel , nos collaborateurs Font brièvement exposé; ils ont dressé l'inventaire du plus riche dépôt d'histoire et d'art que les hommes aient réuni, ils ont lixé dans ce volume la physionomie intime du Vatican.

Le Vatican ! gigantesque et vénérable palais, lourd de siècles et de souvenirs, qui a grandi dans l'ombre de Saint-Pierre comme la Figure monumentale de lËglisc. Le nom du lieu où il s'élève disait d'avance sa destinée. C'était le mont des Oracles, rapporte Aulu-Gelle : à Vaticaniis qiue vi ac iyislinctu rjus dei in eo agro fieri solita essenl. Les fondateurs de Rome trouvèrent sur la colline Vaticane des devins étrusques, qu'ils remplacèrent par leurs propres augures. On y venait consulter sur les affaires de la Ville. Elles devinrent peu à peu les affaires du monde. Le monde s'étant fait chrétien, le pape Libère établit dans ce lieu prédestiné la consultation souveraine de la chrétienté. Dépossédé un temps par le Latran, qui fut le centre de la catholicité durant le haut moyen âge, le Vatican reconquit sa primauté après le retour d'Avignon. Depuis lors, il est l'enveloppe matérielle de la Papauté, il en raconte l'histoire. La tour féodale a été noyée dans les élégantes constructions de la Renaissance, remaniées ellesmêmes et augmentées par les fastueux bâtisseurs des époques suivantes. Cette végétation de pierre fait penser aux lentes créations vivantes de la nature; sans cesse accrue avec les âges, marquée par chaque siècle d'un trait particulier, elle plonge ses racines dans la tombe de l'Apùtre; les profondes assises des palais, confondues avec celles do la basilique, touchent îi la Crypte du Pêcheur. Ainsi est réalisée la parole : « Tu es Pierre, et sur celte pierre je fonderai mon Église. » De ces catacombes, les palais ont surgi progressivement jusqu'au faite élevé, dominateur de toute la Ville, où sont aménagés aujourd'hui les ap-

partements du Souverain Pontife et de sa Secrétairerie d'État. Il semble qu'une poussée continue de THisloire ait porté le pape à ces hauteurs. Le soir, du fond des cours intérieures, on y voit briller sa lampe comme une vigie. Mais entre le successeur de Pierre qui réside là-haut et les ossements cachés d"où il tire sa raison d'être, la communication n'est jamais rompue. La chaîne séculaire s'allonge, des origines souterraines à ce sommet; elle est sensible aux yeux et l'esprit la découvre sur chacun des degrés par où l'on s'élève dans ce labyrinthe de marbre et de travertin.

Le lecteur l'a vue se dérouler à travers les pages de ce livre, avec le récit des vicissitudes et des gloires du Vatican. Il s'étonnerait à bon droit, s'il rencontrait, dans un chapitre de conclusion, des conjectures téméraires sur les prolongements futurs de la chaîne mystérieuse. Chargé de conclure, nous voudrions, à l'exemple de nos collaborateurs, n'apporter ici que les méthodes habituelles de l'historien. Nous oublierons provisoirement que l'Église s'appuie sur les promesses éternelles; nous examinerons ses chances de durée avec les seules données de la raison critique, éclairée par l'histoire.

Les rites traditionnels du Vatican veulent que le pape mort passe une nuit dans la Chapelle Sixtino. Supprimée pour Pie IX en raison des circonstances, cette station reparaîtra sans doute au cérémonial. Transportons-nous en imagination à la prochaine veillée funèbre, devant le Jugement dernier du sublime Florentin. Autant il est malséant d'appeler l'attention des autres hommes sur la fin de leur vie terrestre, autant celte méditation de l'inévitable est indifférente pour un pape. Comme les religieux, il habite des lieux où tout lui remémore les étapes qui attendent sa dépouille mortelle; et l'institution dont

Page 1