‹ Le Vatican (volume 2)Chapitre 113 sur 123 · PIL0GUE · texte numérisé non relu

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il est le gardien temporaire a une telle force de vie, que le plus grand pape considère sa propre personne comme une modalité fugitive de celte existence immortelle.

Donc, celui qui porta la tiare est étendu, sous les regards des Sybilles et des Prophètes, dans le plus auguste reposoir où puisse s'élargir une dernière vision du monde. L'histoire de l'humanité l'environne. Au-dessus de lui, notre globe se forme dans l'espace, le triste Adam de Michel-Ange surgit au pied de la montagne qu'il devra gravir, les scènes symboliques où se résume la vie de ses fils couvrent les voûtes et les murailles, jusqu'au Christ juge qui appelle les multitudes hors des tombeaux. La piété, le génie, l'émotion accumulée des hommes de toute race, tout conspire à créer dans la Sixtine une atmosphère qui dilate et féconde la pensée. Le lieu et l'instant invitent l'esprit à réfléchir avec détachement, avec équité, non seulement sur la vie individuelle qui vient de s'éteindre, mais sur la vie collective et continue du grand corps dont ce mort fut une parcelle, du grand pouvoir dont il fut dépositaire. La veillée de la Sixtine serait pour les participants l'occasion d'un examen général, d'une vue sommaire sur le passé et l'avenir de la Papauté. Prenons les sentiments que nous aurions à cette heure , essayons de présumer les enseignements qu'elle nous apporterait.

La Rome impériale vient d'uniûor le monde, elle a achevé et fixé en Occident la civilisation supérieure, cette fleur de raison et de beauté éclose au soleil de la Grèce. Elle est magnifique et languissante. Elle n'a plus de vie à mettre dans le grand corps qu'elle a formé. Les foules obscures souffrent et périssent, sous la fleur qu'elles cultivent pour l'agrément d'un petit nombre et dont elles ne jouissent pas. Le vent il'OritMit apporte une humble semence, graine étran-

gère, méprisée par la raison des sages, graine populaire qui germe sur le fumier des pauvres pour apaiser leur faim. Une petite plante en sort, pariétaire des tombeaux, rampante dans leur nuit, arrosée de sang. Amère et rebutante pour les heureux, les civilisés, son parfum est doux pour d'autres, il n'enivre d'abord que les misérables; ceux-ci meurent avec volupté en le respirant. Elle croit et se multiplie, malgré les efforts répétés pour la déraciner; elle devient un arbuste vivace, résistant aux orages, et bientôt un grand arbre qui couvre de son ombre les ruines de la Rome impériale, les multitudes barbares campées sur ces ruines. Quelques siècles passent, et l'on n'aperçoit plus que cet arbre unique, sur l'horizon dévasté où la civilisation antique a sombré.

C'est l'Église chrétienne, avec la Papauté au sommet. De la civilisation qu'elle remplace, l'Église n'a retenu d'abord que les parties utilitaires, les éléments efficaces pour organiser et dominer le monde barbare dont elle prend la direction. Ainsi les basiliques n'ont emprunté aux monuments païens que des colonnes, des piliers de soutien : jamais une sculpture, une frise, un morceau d'ornementation. L'Église s'est approprié dans l'héritage romain les méthodes gouvernementales, les pratiques administratives, les règles juridiques; et aussi les pompes extérieures, l'air de majesté que confère un pareil héritage, l'idée de primauté et de pérennité attachée par l'imagination universelle à la ville de Rome. L'héritière de César connaît la vigueur persistante du corps dont elle a triomphé : l'âme seule y était faible, elle le sait, et se garde bien d'en rien mêler à l'âme neuve qu'elle insinue dans ce corps.

Le nouveau pouvoir, accepté au début comme l'unique régulateur de l'anarchie ambiante, rencontre bientôt des compétiteurs dans les États qu'il a organisés. Des souverains temporels, des empereurs

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