‹ Le Vatican (volume 2)Chapitre 115 sur 123 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

ce nouveau monde; peu à peu, de^ clartés profanes se rallument autour d'elle, aube de la Renaissance prochaine.

La Renaissance exhume la fleur antique. Éblouie par l'éclat, étourdie par le parfum de la merveille retrouvée, la société chrétienne chancelle sur les bases où l'Église l'avait assise. L'arbre du Christ sera-t-il assez robuste pour supporter la greffe qu'il avait refusée au sortir des catacombes? Quand on y réfléchit, ce fut la plus redoutable épreuve qu'il ait jamais affrontée. D'autres révolutions ont pu l'entamer; elles ne menaçaient pas de changer sa nature. Un esprit étranger, adverse, revenait s'introduire dans le monde chrétien, il pouvait dévier à jamais l'esprit même qui avait créé ce monde. On comprend les anxiétés et les répulsions d'un Savonarole devant ce grand péril. La résurrection du rationalisme enleva à l'Église des enfants qu'elle pleure encore.

Néanmoins la Papauté se jeta avec intrépidité dans le mouvement de la Renaissance, elle en prit la tète. Grandiose et puissante jusqu'alors, elle voulut être belle, d'une beauté humaine, païenne quelquefois. Pendant plus d'un siècle, de Nicolas V jusqu'aux Médicis et aux Farnèse, le Vatican fut le foyer d'où rayonnèrent Ihumanisme et les arts, la serre d'élection où la fleur renaissante acquit toute sa croissancH. Il n'y a pas dans l'histoire un second exemple d'une pareille prodigalité de génie. Tous les enchanteurs se donnaient rendez-vous dans le sanctuaire de la vertu; il semblait qu'une nouvelle religion, la religion du Beau, voulut surpasser l'ancienne par la grandeur et la mulliplicité des miracles. Le plus étonnant miracle, ce fut que la Papauté surv»'cut sans déchéance à cette longue fête de gloire profane, cent fois plus dangereuse que l'ère des persécutions. Fille eut raison de s'y prêter; elle prouve sa vitalité en s'associant à toutes les métamorphoses de la civili-

sation. Régulatrice des divers courants qui emportent l'humanité, elle devait diriger la Renaissance comme elle avait dirigé les Croisades ; il était nécessaire qu'on la vit artiste et lettrée avec Léon X, comme on Favait vue apostolique et martyre avec les premiers papes, féodale et scolastique avec ceux du moyen âge, réformatrice et combative avec un Grégoire VII ou un Innocent III.

La période suivante est plus ingrate pour l'initiative pontificale; elle n'a pas oîi s'exercer. Les grandes monarchies absolues se sont constituées, elles repoussent désormais l'ingérence du Saint-Siège. Lui-même s'est éloigné de ses origines populaires, avec les habitudes fastueuses que lui a données la Renaissance, avec le recrutement nouveau du Sacré Collège dans quelques maisons aristocratiques, où l'on se transmet la tiare comme un bien de famille. Son pouvoir idéal de jadis s'est transformé en pouvoir matériel et en richesse; tout ce qu'il gagne en sécurité, en plénitude de ses droits territoriaux, il le perd en éclat et en puissance universelle. Gouvernement d'opinion, pour qui les sentiments des peuples valent des armées, son meilleur ressort n'existe plus dans une Europe où l'opinion est muette, vis-à-vis des princes obéis et jaloux qui n'accordent à la Papauté que les déférences d'étiquette. Son action politique est réduite à la défense des intérêts de l'État romain; son action sociale est annihilée; ce mot n'a plus de sens dans le siècle de Louis XIV. Pendant deux cents ans et plus, l'évêque de Rome rentre dans sa fonction stricte de gardien et d'interprétateur du dogme, de négociateur écouté sur le terrain des affaires purement ecclésiastiques. Et l'on put même croire que cette fonction allait devenir inutile, avec les progrès de l'esprit philosophique et de l'indifférence en matière de religion : les contemporains et les successeurs de Voltaire le crurent.

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