‹ Le Vatican (volume 2)Chapitre 116 sur 123 · ÉPILOGUE · texte numérisé non relu

ÉPILOGUE

Il était réservé à notre siècle de rouvrir les vastes horizons devant la Papauté. La Révolution française, qui semblait devoir balayer le Saint-Siège avec les Trônes, déchaînait les forces d'opinion : c'était rendre à l'Église les armes qui lui ont procuré toutes ses victoires. Dès la première heure, le Concordat et le sacre de Napoléon nous ramènent d'un bond bien en deçà du dix-huitième siècle, au.x grands jours du Poutiûcat. Elle est très fine et très juste, cette vue dun de nos collaborateurs : « Pie VII signant le Concordat est plus proche des papes du moyen âge que d'aucun des papes de l'époque moderne. En fait, Napoléon I", par sa politique à l'égard du Pontife, se rapprocha plutôt de Barberousse ou de Frédéric H que de Louis XIV : celui-ci considérait la Papauté comme une quantité négligeable en Europe ; ceux-là la redoutaient comme une force ».

On n'aperçut pas tout d'abord ce changement plein de conséquences. Il était caché aux yeux par les humiliations du malheureux pape. Nous-mêmes ne le discernons aujourd'hui qu'à la lumière d'événements dont nous sommes témoins, et qu'il faut rapporter à ce fait initial. Après la chute de l'Empire, la Papauté fut de nouveau confinée dans le cercle étroit où l'enfermaient les traditions diplomatiques de l'ancien régime, reprises par les gouvernements despotiques ou libéraux qui se succédèrent en Europe durant la première moitié du siècle. Son rôle paraissait encore amoindri par l'irréligion des pays libéraux.

La voix prophétique de Ghâteaubriant, lorsqu'il eut accès au Conclave de 1829, souhaita (|ue le futur pontife « puissant par la doctrine et l'autorilé du passé, n'en connût pas moins les nouveaux besoins (lu présent et de l'avenir ». Ces paroles significatives restèrent alors sans écho. Les vicissitudes politiques et l'activité doctrinale qui remplirent le long règne de Pic IX rendirent la Papauté plus vivante, plus

touchante pour le monde catholique; mais cette forcb accrue ne se projetait pas encore au delà de ce monde soumis.

La dépossession de 1870 a inauguré l'ère nouvelle. Ère du déclin définitif, pensaient les observateurs superficiels. C'était faire bon marché des enseignements de l'histoire. Pour nous qui venons de passer en revue cette histoire, l'événement de 1870 nest qu'un accident après tant d'autres. Papes prisonniers, chassés du Vatican, errant sur les routes, exilés hors d'Italie, émigrés pendant trois quarts de siècle en Avignon ; papes co-partageants de Rome avec le César latin, le César byzantin, le César allemand; papes dominateurs absolus du monde sans avoir où reposer leur tête; papes maîtres absolus dd leur domaine sans que leur voix fût obéie au delà par un monde indifférent ou révolté, nous les avons vus dans toutes les conditions, dans toutes les infortunes, accommodant toujours leur institution permanente aux formes transitoires les plus diverses, et toujours investis de leur autorité indéfectible dans l'évolution perpétuelle de leurs droits régaliens ou domaniaux. Nul ne peut prévoir aujourd'hui comment prendra fin une épreuve temporaire, et quelle sera la situation acceptable faite au Pontife par les combinaisons historiques de l'avenir. Mais les leçons du passé nous autorisent à négliger ces incidents secondaires dans une vue d'ensemble sur la Papauté ; ils n'ont que de lointains rapports avec une étude oîi l'on essaye de dégager ce qui en fait la force intrinsèque. Si le Pape est privé depuis 1870 d'une indépendance très nécessaire, il n'a perdu aucun élément essentiel de sa puissance. Dans un monde où les petits États ne comptent plus, où l'influence des nations se calcule d'après les millions de baïonnettes qu'elles peuvent mettre en ligne, quelques milliers de sujets et quelques lieues carrées n'ajouteraient

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