‹ Le Vatican (volume 2)Chapitre 117 sur 123 · EPILOGUE · texte numérisé non relu

EPILOGUE

pas un atome de force réelle à leur possesseur. Il faut chercher ailleurs le secret de la puissance pontiflcale.

Pouvoir d'opinion, le Pape bénéficie de la prépondérance acquise aujourd'hui aux pouvoirs de cet ordre. Il est le chef de la plus nombreuse association qui existe, de la plus disciplinée, en un temps où la force du principe d'association est décuplée par l'émiettement individualiste de tout ce qui pourrait faire contre-partie. On nous permettra de reproduire ici ce que nous écrivions à ce sujet il y a quelques années; l'observation n'a pu qu'affermir notre conviction. — « Toutes les transformations de notre temps conspirent pour l'Église. Par suite du double mouvement démocratique et cosmopolite, il se fait un notable déplacement de la puissance publique. Les pouvoirs dopinion, les pouvoirs internationaux grandissent aux dépens des pouvoirs officiels et limités dans un lieu : ainsi la presse, les grandes banques européennes, les vastes fédérations ouvrières. Si l'on pouvait doser comme une quantité pondérable la somme de puissance publique existante dans le monde, ou trouverait que la franc-maçonnerie, la Bourse de Paris, ou le Times, par exemple, détiennent à des degrés divers une portion de cette puissance égale à celle que détenaient, il y a deux siècles, telle principauté, tel royaume secondaire. D'autre part, l'effet inéluctable de la démocratie est d'avilir les charges officielles, de relever par contre-coup les charges morales et intellectuelles, que l'opinion seule a conférées » .

Le pape. occupe la première de ces charges. Il représente l'opinion, mieux que l'opinion, la foi de nombreux millions d'hommes. Par delà le cercle des fidèles, la Papauté est un centre d'attraction pour beaucoup de libres intelligences. Ceci demande quelques explications.

Les discussions contemporaines roulent volontiers sur le renouveau religieux dont certains observateurs

affirment Texistence. Il est très malaisé, sinon impossible, de fonder en cette matière des affirmations sur ce qui nous échappe le plus, sur l'état général des consciences. Il y a de fortes apparences, c'est tout ce que Ton peut dire, en faveur de la thèse suivante : si Ton prend un point de comparaison dans le dernier siècle, la foi catholique est aujourd'hui plus vivante, plus agissante, dans le clergé et dans les milieux orthodoxes; si l'on reporte ce point de comparaison à vingt ou trente ans en arrière de nous, l'heure présente marque encore un progrès, sinon dans la quantité, du moins dans l'activité des catholiques déclarés, effectifs.

En dehors de ceux-ci , dans les classes dirigeantes, dans la jeunesse studieuse, et particulièrement dans le monde adonné aux travaux de la pensée, on trouve un grand nombre d'esprits détachés, indifférents par habitude ou sceptiques par raisonnement. Depuis quelques années, un courant sensible a amené ces esprits de l'agnosticisme positiviste aux recherches philosophiques et morales; du réalisme pratique aux aspirations idéalistes. Ils ont vu s'effondrer les bases purement rationnelles sur lesquelles ils avaient assis leurs certitudes intimes. Le grand travail critique de notre temps et l'application expérimentale ont montré la vanité de tous les principes politiques, sociaux, esthétiques, pseudo- scientifiques dont nos pères s'étaient engoués. Il en reste moins que rien. Chaque jour on nous met impitoyablement sous les yeux ce qu'un écrivain a nommé « les mensonges conventionnels de notre civilisation ». Vis-à-vis de cette banqueroute, l'homme intérieur s'inquiète de se sentir abandonné sans gouvernail; le citoyen s'épouvante de voir la machine publique, cette machine qui est la patrie, fonctionner à vide et produire du néant, alimentée qu'elle est par le néant.

Sur les ruines de toutes les doctrines, un seul

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