ÉPILOGUE
corps de doctrines demeure debout; il offre des solutions pour tous les besoins publics et individuels; ii plonge au plus profond de l'histoire, il a prouvé son eflicacité dans les sociétés les plus dissemblables. C'est le dépôt confié au gardien du Vatican. Pour les esprits dont nous parlons, l'adhésion à ce corps de doctrines souffre de grandes diflicultés; leurs habitudes de raisonnement s'y heurtent à de graves objections. Mais il était inévitable que ces esprits désemparés s'en rapprochassent, comme d'un centre d'attraction. Le journalisme superûciel a baptisé ce mouvement d'appellations inexactes et saugrenues : mysticisme, néo- christianisme, dilettantisme religieux, combien d'autres encore? Mieux que par une épithète hasardée, on peut le définir par une comparaison rigoureusement exacte, nous semble-t-il, et empruntée aux lois les plus connues du système stellaire. Les corps célestes font leur révolution autour d'un astre relativement fixe, foyer contrai qui les sollicite en vertu de la loi d'attraction. Ils y tomberaient, ils viendraient s'y fondre, s'ils n'étaient retenus à distance par les attractions en sens contraire d'une multitude d'autres corps, disséminés dans l'espace. Qu il y ait parmi ces derniers des extinctions totales ou des diminutions de densité, l'équilibre des forces sera modifié, les globes en mouvement se rapprocheront du foyer central où ils tendent. — Tel est le cas des esprits qui nous occupent : retenus encore, mais moins fortement, par l'influence d'étoiles qui pâlissent ou s'éteignent, ils raccourcissent leur circuit et se rapprochent du centre d'attraction. Viendront-ils s'y joindre? Quand et comment? C'est le secret de l'avenir, nous n'avons pas à le préjuger : nous devions seulement éclaircir et justiOer ce que nous avons avancé, le fait d'une attraction croissante exercée par la Piipauté sur des intelligences qui ne lui appartiennent pas officiellement.
294 LE VATICAN, Li:S PAPES ET LA CIVILISATION.
D'autres causes la rapprochent d'autres groupements contemporains. La démocratie a définitivement triomphé chez quelques peuples des deux mondes, elle assiège et réduira inévitablement les citadelles qui lui résistent encore. Cette démocratie souffre d'un malaise social aigu , caractérisé , le plus grave que l'histoire ait enregistré depuis longtemps , ou du moins le plus impatiemment supporté. Le soulagement de ce malaise est sa préoccupation dominante. — Or, le Pontife clairvoyant qui occupe aujourd'hui le Siège apostolique a marqué son inclination pour la démocratie ; il ramène doucement l'Église à la tradition des origines et du moyen âge , il la prépare au rôle de conductrice des foules. Lui aussi, il s est voué plus particulièrement à la recherche des remèdes du malaise social. 11 n'a pas craint d'aborder, dans une encyclique fameuse, les problèmes épineux de la propriété, des salaires, des rapports entre le capital et le travail; il a rappelé les principes de la théologie catholique avec une hardiesse dont s'effrayèrent les économistes peu versés dans le thomisme. Il a convié les ouvriers dans les salles du Vatican , déshabituées depuis plusieurs siècles à de pareilles ambassades.
Cette bonne volonté n'aura probablement pas de prises immédiates sur le monde du travail, en grande majorité aigri, révolté, prévenu contre loule intervention religieuse ; sur un monde où chaque individu demande une solution précise, topique, pour le cas particulier dont il se plaint. Le Pape ne peut donner que des directions générales, préventives des conflits, et subordonnées à une réforme des mœurs. C'est néanmoins un grand point qu'on ne s'ignore plus absolument, entre le Vatican et l'atelier. On s'observe, on se dévisage, on se cherche, d'un côté avec une sollicitude paternelle, de l'autre avec une curiosité défiante; il y a parfois discussion sceptique chez l'ouvrier, mais il y a discussion. Ces