L'ENTRÉE EN CONCLAVE
Il fallut, en 1878, improviser un conclave dans le Vatican : jour et nuit cinq cents ouvriers y travaillèrent. On renonça au système des cellules. Dans les grandes salles du palais, on éleva des cloisons, parfois des planches à mi-hauteur; et Tintrusion de ces charpentes, verticales et horizontales, permit d'offrir à chaque cardinal plusieurs petites pièces. On découpa des appartements de ce genre à tous les étages; une grande partie du palais fut englobée dans la clôture conelavaire. Douze Éminences occupèrent les coins* les plus divers du rez-de-chaussée, vingt-sept les différentes ailes du premier étage; dix logèrent au second, onze au troisième dans Tappartement du secrétaire d'État, que pour la circonstance on déménageait. Cet éphémère et indispensable travail coûta cinquante-sept mille francs.
L ENTRKE EN CONCLAVE. — L OHGANISATION DES SERVICES LNTÉRIEI RS. — LES ALENTOURS DU CONCLAVE : LE MA- RÉCUAL.
Le 18 février au matin, dans la chapelle Pauline, la messe du Saint-Esprit, qui précède le conclave, fut chantée. L'usage voulait qu'on la célébrât à Saint- Pierre ; mais les « conditions exceptionnelles » de l'Église s'y opposaient. A la Sixtine ensuite, les cardinaux écoutèrent la harangue latine pro eligendo Ponlifice; M»' Mercurelli, secrétaire de Pie IX, en avait été chargé. Grégoire XV en a tracé le canevas : <« Un prélat ou quelque autre savant ecclésiastique prononce un discours sur la situation de l'Église,
4fi LE GOUVERNEMENT CENTRAL DE L'ÉGLISE.
exhortant les cardinaux à mettre de côté toutes les préoccupations et préférences particulières, pour n'avoir devant les yeux que Dieu seul ; il les conjure de donner à l'Église selon les constitutions apostoliques et les décrets des conciles, dans le plus bref délai possible, un Pasteur capable et qui soit à la hauteur des exigences du temps ».
A quatre heures et demie les cardinaux, après s'être installés dans leurs cellules, retournèrent à la chapelle Pauline pour le chant du Veni Creator. De là, en procession, ils gagnèrent la Sixtine. Le prince Chigi fut introduit; vêtu d'un justaucorps que rehaussait une collerette Henri IV, il jura de veiller à la sécurité des Éminences : les Savelli depuis le quatorzième siècle jusqu'en 1712, et les Chigi dans la suite furent, de père en fils, « maréchaux de la Sainte Église romaine et custodes perpétuels du conclave ». Les quatre officiers du maréchal, les officiers des gardes suisse et palatine, et ceux de la gendarmerie, prêtèrent ensuite serment. Et le camerlingue se rendit auprès du majordome malade, pour qu'à son tour il jurât. Alors les cardinaux, précédés chacun par un garde-noble, rentrèrent en cellules. Le camerlingue et le sous-doyen restèrent à la Sixtine : ils reçurent le serment des ecclésiastiques qui servaient de secrétaires aux cardinaux. Passant dans les loges de Raphaël, ils y trouvèrent les laïques autorisés à demeurer dans le conclave, employés ou domestiques : ceux-ci jurèrent aussi. Ils s'engageaient, ecclésiastiques et laïques, à ne rien révéler de ce qu'ils pourraient voir ou savoir, et à ne rien faire qui entravât Télection.
A sept heures, toutes les issues étaient murées,