L'ENTRÉE EN CONCLAVE
sauf une : elle livra passage aux curieux qui n'avaient pas le droit d'être captifs. Trois coups de cloche se succédèrent; le maréchal, sortant de l'enceinte, ferma les deux serrures extérieures, elle camerlingue ferma les deux serrures intérieures : de part et d'autre de la porte, des procès-verbaux attestèrent qu'elle était bien close. « Les chefs d'ordres et le camerlingue, accompagnés du maître des cérémonies, parcourent à la lueur des torches tous les recoins du conclave, afin de constater qu'aucun étranger ne s'y trouve caché ». Ainsi l'a voulu Grégoire XV : le cardinal Pecci fit cette ronde. Il ne rencontra nul intrus. De toutes parts, le conclave avait la clôture congrue. Seuls, les souverains qui rendraient visite aux électeurs la pourraient franchir : ainsi firent Joseph II et Léopold de Toscane au conclave de Clément XIV, et l'électeur palatin au conclave de Pie \'I. Une grande partie du Vatican était transformée en une prison parfaite; poui" les cardinaux électeurs, l'emprisonnement devait durer jusqu'à la nomination du pape ; le camerlingue était geôlier. Pour le camerlingue devenu pape, l'emprisonnement dure encore.
Sous les verrous, deux cent cinquante personnes environ étaient réunies. Le Sacré Collège, à la mort de Pie IX, comptait soixante-quatre membres : soixante étaient présents. Quatre cardinaux, créés par Grégoire XVI, avaient leurs appartements tendus de vert; les autres, créatures du pape défunt, avaient leurs appartements tendus de violet. Ils conservaient chacun un secrétaire et un domestique. Quatre barbiers, un menuisier, un serrurier, un maçon, assistés chacun d'un aide, un vitrier, un plombier, deux chefs de cuisine, quatre cuisiniers et sept garçons,
vingt-quatre valets étaient commis aux divers services. Le sacriste, qu'assistaient trois Augustins et deux convers, avait la charge de confesseur; et le sous-sacriste faisait l'office de curé pour la menue population du conclave. Un service sanitaire, aussi, fonctionnait. Six maîtres des cérémonies surveillaient l'ensemble, sous la haute direction du préfet des cérémonies, responsable auprès du camerlingue.
Aux alentours, deux personnages faisaient garde : le gouverneur et le maréchal. Le majordome de Pie IX, sous le titre de gouverneur du conclave, était chargé des approvisionnements; dans la clôture on avait pratiqué quatre « tours », par lesquels les vivres et la correspondance oflicielle devaient passer; des prélats et des Suisses y faisaient sentinelle ; on y remettait, ouvertes, les lettres destinées aux cardinaux; les prélats vérifiaient si elles n'avaient pas trait à l'élection ; car il est interdit aux reclus de recevoir du dehors les échos du conclave. Les journaux entraient librement. Pour les aliments, ces guichets s'ouvraient peu; des cuisines étaient installées à l'intérieur ; et l'on ne revit, en 1878, ni le pittoresque défilé des sénéchaux et valets apportant les plats ni l'indiscret contrôle auquel les prélats soumettaient ces plats pour constater qu'on n'y dissimulait aucun message. Quant au maréchal, il commandait la force armée du Vatican ; il portait, dans une bourse de velours cramoisi, les clefs des serrures extérieures. Lorsque se présenta le patriarche de Lisbonne, le prince Chigi, du dehors, avisa le cardinal Pecci. Le maréchal ouvrit les deux serrures extérieures, le camerlingue ouvrit les deux serrures intérieures; le patriarche entra, et tout se referma. Dans
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la partie du Vatican non comprise dans la clôture, le majordome et le maréchal étaient maîtres ; et les étrangers jaloux d'y circuler devaient montrer, soit une baguette aux armes d'un cardinal, soit une médaille à reffigie du camerlingue ou du maréchal.