‹ Le Vatican (volume 2)Chapitre 26 sur 123 · LES OPÉRATIONS DU CONCLAVE · texte numérisé non relu

LES OPÉRATIONS DU CONCLAVE

elles entourent en haut le mot Nomen, indiquant que sur le recto se trouve le nom du votant, en bas le mot Signa, indiquant que le recto porte des devises. Si transparent que soit le papier, elles empêchent de lire à travers, et préservent le secret du vote. Sur la grande table que domine Tautel, ces bulletins sont déposés dans deux bassins d'argent.

Les électeurs tirent au sort trois scrutateurs, puis trois infirmiers, qui sortiront pour recueillir dans les cellules les suffrages des cardinaux malades. Le doyen s'avance le premier vers lautel ; il élève son bulletin au-dessus du calice, et dit : « Je prends à témoin le Seigneur Christ, qui sera mon Juge, que je donne ma voix ù celui que, d'après Dieu, je juge digne d'être élu; et que je ferai de même dans le vote d'iaccession ». Le bulletin tombe dans le calice. Les infirmiers d'abord, puis les autres cardinaux par rang d'ancienneté, s'acheminent vers l'autel; ils s'agenouillent, jurent et votent. Lorsque les infirmiers ont rapporté les suffrages des infirmes, les scrutateurs, portant le calice sur la grande table, dépouillent. Ils ne peuvent lire que le milieu du bulletin : les sceaux protègent le reste. Rarement ce premier scrutin donne la majorité des deux tiers; aussitôt on commence un second vote, 1' « accession », qui permet aux électeurs de reporter leurs voix sur l'un des cardinaux favorisés au premier tour. Chacun d'eux, sur le nouveau bulletin, doit inscrire le même chiffre et la même devise qu'au précédent scrutin. La case du milieu porte cette formule : Acccdo Reverendiss. D. mno D. aird... « Je me rallie au cardinal... ». Si l'on demeure fidèle à son premier vote, on écrit : iXeminij « personne » : ainsi font les électeurs dont

le candidat a recueilli une majorité relative. Si les votes d'accession, joints aux votes du précédent scrutin, assurent à un cardinal la majorité des deux tiers, on entreprend une vérification minutieuse : les scrutateurs, qui ont conservé les l)ulletins du premier tour, constatent, en brisant les sceaux des cases inférieures, et en confrontant les devises, que les électeurs qui, par leur accession, assurent le succès de l'un d'entre eux, désignaient, au premier tour, un autre nom; car, les voix du premier vote et celles de l'accession s'additionnant, un cardinal ne peut émettre le même suffrage aux deux scrutins. Le secret du vote demeure sauf. La partie supérieure du bulletin, qui contient le nom de l'électeur, n'est décachetée qu'en deux cas : il j^eut arriver que les cachets et devises adoptés par plusieurs Éminences se ressemblent au point de se confondre; et les doutes qui subsistent, alors, sur la correction de l'accession, ne peuvent être dissipés que par l'ouverture du pli supérieur; en second lieu, si le cardinal qui paraît élu a strictement recueilli les deux tiers des suffrages, et pas un de plus, on l'invite à faire connaître sa devise et son chiffre; on vérifie son dire en ouvrant le pli supérieur de son bulletin, et l'on constate qu'il n'a pas voté pour lui. Trois réviseurs, tirés au sort parmi les cardinaux diacres, contrôlent le dépouillement. Enfin tous les bulletins sont brûlés dans la cheminée. On y jette un peu de paille humide, si le vote est sans résultat : alors s'échappe au dehors une petite colonne de fumée, et la foule, sur la place Saint- Pierre, conclut que la tiare est toujours vacante. Si un pape est élu, on essaie de faire brûler les bullelins sans fumée; et la foule, au dehors, attend

LA PREMIÈRE JOURNÉE DU PAPE LÉON XIIL Vî

sans rien conclure, ou conclut à tort et à travers. Le 19 février 1878, à la séance du matin, le premier scrutin, qui donnait dix-neuf voix au cardinal Pecci, fut annulé pour certaines irrégularités; il n'y eut pas lieu de faire accession. A la séance du soir, le premier scrutin donna vingt-six voix au cardinal Pecci; au vote d'accession, huit voix s'ajoutèrent. Au matin du 20, dès le premier scrutin, il recueillit quarante-quatre voix. En sa faveur, la majorité des deux tiers était dépassée; tous les cardinaux, dont la souveraineté cessait, abaissèrent leurs baldaquins; Léon XIII était pape.

l.A PREMIÈRE JOURNÉE DU PAPE LEON XIII . LES TROIS OBÉniENCES.

Avec les deux autres chefs d'ordres, le sous-doyen s'approcha de l'élu. « Acceptes-tu ton élection au -souverain pontificat, faite suivant les règles canoniques? n lui demanda-t-il. Et le camerlingue répondit : '< Puisque Dieu veut que j'assume le pontificat, je n'y puis contredire ». — « Quel nom voulez-vous prendre? » reprit le sous-doyen. Depuis Tan OriS, où le jeune Octavien, patrice de Rome, prit avec la tiare le nom de Jean XII, il est d'usage qu'à leur avènement les pontifes changent de prénom ; seuls Adrien VI et Marcel II gardèrent leur nom de baptême. Le camerlingue répondit : « Le nom de Léon, à cause du resï>ect et de la gratitude que j'ai toujours eus pour Léon XII, et de la dévotion que, depuis ma jcunossf, j'ai pour saint Léon le Grand ». .Mors le nouveau pape

fut conduit à l'autel, puis au vestiaire; on lui passa les vêtements pontificaux et l'une des trois soutanes blanches, de grandeurs différentes, préparées à l'avance. Lorsqu'il rentra dans la chapelle, son trône était disposé devant Tautel du côté de l'Évangile. Il s'y assit et les cardinaux, s'agenouillant, lui baisèrent la main et reçurent l'accolade : ce fut la première obédience.

Le doyen des diacres, précédé de la croix papale, se rendit au balcon de Saint-Pierre : « Je vous annonce une grande joie, dit-il à la foule ; nous avons pour pontife l'Éminentissime cardinal Joachim Pecci, qui s'est donné le nom de Léon Xllf». Bientôt les cloches de Rome sonnèrent, et le canon du château Saint-Ange, qui saluait, avant 1870, l'élection papale, resta muet. A quatre heures, on ouvrit les portes de Saint-Pierre; et Léon XIII, apparaissant dans la Loggia de Paul Y, fit ouvrir la fenêtre intérieure, donnant sur la basilique : il bénit la Ville et l'Univers. Urbi et Orhi. Le pape se montrait, jadis, au balcon extérieur de la Loggia, d'où ses yeux dominaient et dépassaient la Ville éternelle. Léon XIII voulut que ses regards fussent captifs, comme sa personne. Avant 1870, le pape, quatre fois par an, bénissait « la Ville et l'Univers », deux fois à Saint-Pierre, le jeudi saint et le jour de Pâques, puis au Latran pour l'Ascension, et à Sainte-Marie Majeure pour l'Assomption. Ces traditions sont aujourd'hui suspendues, sans être oubliées. Léon XIII, regagnant la Sixtine, revêtit les insignes épiscopaux; il s'assit sur l'autel; une seconde fois, le défilé des cardinaux s'agenouilla : ce fut la deuxième obédience. Avant 1870, le nouveau pape se rendait à Saint-Pierre, s'asseyait sur l'autel

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