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LES FONCTIONS D'UN CARDINAL-SECRETAIRE D'ETAT

contestaient ces prérogatives ou même hésitaient ù recevoir les nonces; l'un d'eux, l'archevêque de Cologne, reçut de Pie VI un bref qui confirmait au nonce la charge de « gérer les affaires du pape et d'exercerconséquemment l'autorité apostolique. Vous le traitez d'étranger, ajoutait le pape, comme si Nousmème nous étions étranger dans l'Église et dans votre diocèse ». Sous le pontificat de Léon XIII, le Saint-Siège, à plusieurs reprises, a rappelé le respect dû aux nonces et le droit qu'ils ont d'être écoutés par les publicistes et les hommes d'État catholiques. On peut voir, aux chapitres de la Papauté au seizième siècle et de la Papauté au dix-neuvième, comment le développement et le rôle actuel des nonciatures intéressent l'histoire même de l'Église.

Deux fois par semaine, le mardi et le vendredi, le cardinal-secrétaire reçoit, l'un après l'autre, les ambassadeurs. Ceux qui représentent les grands États, ayant toujours quelque affaire à régler, sont assidus à cette double audience. C'est là, pour un secrétaire d'État, la première fonction. La seconde est la correspondance avec les nonces : il reçoit leurs rapports, et leur expédie des instructions. Les dîners diplomatiques (ce serait la troisième fonction) sont rares au Vatican : ils n'ont guère lieu qu'à l'occasion des consistoires. L'étiquette défend au pape d'y assister. Hors de Rome seulement, il pourrait déroger à cette abstention ; la salle à manger de Pie IX, dans la villa de CastelGandolfo, était souvent ouverte, avant 1870, à des convives de choix.

Chaque matin, le cardinal-secrétaire est reçu par le pape; dans ces tète-à-téte est discutée l'orientation du gouvernement de l'Église. A l'issue de l'en-

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tretien, il pourvoit aux correspondances : ou bien il les rédige lui-même, ou bien il en charge les prélats attachés à la secrétairerie ; il commande les recherches sur les questions délicates dont la solution a été ajournée. Exécuter les instructions reçues à l'audience du matin, préparer les interrogations pour l'audience du lendemain : ainsi passe la vie du cardinal-secrétaire. Instructions et interrogations ne concernent pas seulement la diplomatie. A V Angélus du soir, tous les jours de l'année, il reçoit les visiteurs. On l'entretient des questions les plus diverses, car il est le premier ministre du pape ; à lui non plus qu'au pape, rien de ce qui intéresse l'Église ne doit rester étranger. Il est le représentant permanent du Siège Apostolique; on lui transmet tout ce qu'on croit utile d'annoncer ou de demander au pape. En deux ou trois heures, les visiteurs promènent l'attention du cardinal dans les pays les plus divers : en un clin dœil — le temps nécessaire pour qu'une porte s'ouvre ou se referme — sa pensée brusquement détournée des affaires de France ou d'Allemagne, objet de la précédente conversation, de^Ta, sans transition, émigrer aux États-Unis, jusqu'à ce qu'un troisième fâcheux, le faisant déchoir de ces hautes préoccupations, lui raconte, avec une obsédante insistance, quelque banale querelle où le narrateur désirerait vivement mettre le pape de son coté. Aucun premier ministre en Europe n'est d'un accès plus facile; et comme toute affaire religieuse est de la compétence du pape, il est rare que le cardinalsecrétaire puisse opposer un déolinatoire d'incompétence. Il a besoin d'une singulière gymnastique intellectuelle, pour comprendre, classer et trier tout

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ce qu'il entend — pour trier surtout, car il n'aura pas le droit, le lendemain, de fatiguer l'attention du pape, comme il permettait, la veille, qu'on fatiguât la sienne. Il lui faut connaître en détail les affaires religieuses du monde; et son expérience doit être quotidiennement enrichie, sous peine de devenir surannée; un anachronisme ne serait pas seulement une erreur, mais une faute. Pour cette formation, livres et journaux sont utiles, mais insuffisants : ils ne découvrent pas, en général, les dessous de l'histoire contemporaine; parfois, il est vrai, ils prétendent entre-bàiller la porte de certaines coulisses; mais alors surtout ils méritent défiance, de peur que ces coulisses ne soient postiches. Un secrétaire d'État a besoin de correspondants et de confidents qui lui chuchotent toute la vérité. Sa situation l'expose aux embûches; elle lui crée des adversaires personnels, et par surcroît tous les ennemis de l'Église sont ses ennemis. Sous une demande en apparence insignifiante peuvent se dissimuler des intentions plus graves; les actes du Saint-Siège, à notre époque, sont assidûment commentés; on prête une signification secrète, une portée conjecturale, aux plus simples d'entre eux ; avant de hasarder un mot au nom du pape, le cardinal-secrétaire doit pressentir quelles conséquences en seront tirées par les observateurs, de boqne ou de mauvaise foi ; et pour écrire avec sécurité ce qu'il veut dire, il doit songer à ce que les interprètes lui feront dire.

Il n'est pas jusqu'aux affaires intérieures du Vatican qui ne captivent ses loisirs. Les palais apostoliques demeurent depuis 1870 le seul endroit où le pape soit roi : le secrétaire d'État, ancien coadjuteur de

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cette royauté, est préfet des palais apostoliques et président de leurs administrations.

LES ROUAGES DE LA DIPLOMATIE PONTIFICALE : BUREAUX DU LA SECRÉTAIRERIE d'ÉTAT, CONGRÉGATION DES AFFAIRES ECCLÉSIASTIQUES EXTRAORDINAIRES.

Pour ses multiples besognes, le cardinal-secrétaire a deux bureaux sous ses ordres : ceux de la secrétairerie d'État, ceux des Affaires Ecclésiastiques extraordinaires.

Le prélat « substitut de la secrétairerie et secrétaire du chiffre » a pour mission spéciale de mettre en langage chiffré ou de traduire en langage clair les dépeciies échangées entre le pape et les nonces. Le marai et le vendredi, il remplace à Taudience pontincaie le cardinal-secrétaire, retenu ce jour-là par es ambassadeurs. 11 dirige, enfin, le personnel de la secrétairerie, composé de six rédacteurs, ecclésiastiques ei laïques {miuutanti), et de deux archivistes.

On appelle « affaires ecclésiastiques extraordinaires » une congrégation de cardinaux créée par Pie VII en 1814. ^'ous avons observé qu'au lendemain de la crise révolutionnaire et du Congrès de Vienne, la cour de Rome, justement impatiente de préciser la situation de lÉglise dans plusieurs États dont les principes ou même l'existence étaient une nouveauté, prépara des concordats. Si elle n'eût consulté que des politiques, ils risquaient d'oublier l'inviolable rigueur de certains principes; si elle n'eût consulté que es canonistes, ils risquaient d'oublier les né-

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