SECOND BIT DU CONSISTOIRE SECRET : LA PRÉCONISATION DES ÉVÊQUES
C'est aussi en consistoire secret que le pape préconise les évéques. On s'étonne parfois, en France,
qu'un prélat « nommé » par le gouvernement ne prenne possession de son siège qu'après plusieurs mois. C'est que les articles 4 et 5 du Concordat, en même temps qu'ils concèdent au pouvoir civil la « nomination » des archevêques et des évêques, réservent au pape Y « institution canonique >> de ces hauts dignitaires; un consistoire est nécessaire pour qu'ils reçoivent cette institution.
On distingue trois cas : ou bien l'évêché vacant appartient à un pays où la hiérarchie catholique est immédiatement soumise à la congrégation de la Propagande ; ou bien il est immédiatement dépendant du Saint-Siège, mais le Saint-Siège, soit qu'il ait signé avec l'État un concordat, soit qu'il ait reconnu à quelque laïque puissant un droit de patronat, soit enfin qu'il ait respecté une ancienne prérogative des chanoines, a réservé à cet État, à ce laïque ou à ces chanoines la nomination de l'évèque ; ou enfin l'évêché vacant, immédiatement dépendant du Saint-Siège, est soumis, par surcroît, à la nomination directe du pape. Au premier cas, que nous expliquerons dans le chapitre de la Propagande, le pape se borne à « déclarer », dans le consistoire, la nomination épiscopale. Au second et au troisième cas, ce n'est pas une déclaration qui est faite par le pape, c'est une « proposition ».
Par une instruction de 1G27, Urbain VIII prescrit la minutieuse enquête dont un ecclésiastique doit être l'objet avant d'être élevé à l'épiscopat. Hors d'Italie cette enquête est faite par les nonces, qui en transmettent le résultat à la secrétairerie d'État : ainsi s'explique-t-on qu'un gouvernement, même investi par le concordat du privilège de « nommer >^
SECOND BUT DU CONSISTOIRE SECRET. Il
les évèques, ne fasse aucune nomination sans accord avec la nonciature; un rapport favorable du nonci' l'st nécessaire pour qu'un évêque « nommé » reçoive l'institution canonique. L'enquête, pour les évêchés d'Italie, est conduite, depuis le pontificat actuel, par une congrégation de cinq cardinaux, qui doivent, même avant la vacance des sièges, envisager les candidatures qu'on y pourrait proposer, et qui soumettent au pape, à chaque vacance, une liste de propositions. Par surcroît, jadis, devant la congrégation pour l'examen des évêques, sous les yeux du pape ou du prélat auditeur de Sa Sainteté, les futurs évèques d'Italie subissaient un interrogatoire en théologie et droit canon ; cette formalité n'a plus lieu. Les enquêtes sont contrôlées, soit par la congrégation consistoriale s'il s'agit de promotions épiscopales hors d'Italie, soit par le prélat auditeur de Sa Sainteté, s'il s'agit de promotions en Italie. Si le contrôle est favorable à l'enquête et l'enquête au futur évêque, alors le notaire du consistoire rédige, pour le pape et les cardinaux, un abrégé de ce procès; il y mentionne la vacance du siège, l'état du diocèse, les titres du candidat proposé; ce document s'appelle la « proposition » ; après approbation de l'auditeur, on l'imprime, et on le distribue, avant le consistoire, aux membres du Sacr^ Collège. D'autre part, le substitut du consistoire, sous la surveillance de l'auditeur, rédige pour chaque siège les « feuilles consistoriales ». La veille de l'assemblée, il en doit remettre quatre minutes au pape, au vice-chancelier, au camerlingue et au secrétaire des Brefs. Ces feuilles sont courtes : elles résument la « proposition ». « Que voussemble-t-il? qnid vohis videtur? » demande
ensuite le pape aux cardinaux. Ceux-ci se lèvent et se découvrent. Alors le pape, « par l'autorité du Tout- Puissant », prépose à FÉglise veuve Tévèque désigné. L'expédition des bulles par la chancellerie apostolique complète cette promotion. Dès lors, le prélat élevé à la dignité épiscopale s'intitule « évèque élic de... ». C'est seulement après sa consécration qu'il s'appellera « évèque de... »; avant le consistoire, s'il était déjà désigné par le gouvernement, il se qualifiait « évèque nommé de... ». Ces étapes de la promotion épiscopale ne sont pas moins nettement définies par le vêtement que par le langage : avant le consistoire, l'évèque n'a pas droit au costume prélatice; il le revêt à l'issue du consistoire; consacré, il prendra la croix pastorale et, par-dessus sa mantelletta, la mozette, signe de juridiction.
LE CONSISTOIRE PUBLIC : REMISE DU CHAPEAU AUX NOU- VEAUX CARDINAUX. — LE SECOND CONSISTOIRE SECRET : OUVERTURE DE LA BOUCUE.
A l'issue du consistoire secret, les nouveaux cardinaux résidant à Rome accueillent une triple visite : on leur apporte, au nom de la secrétairerie d'État, le billet marquant leur élévation ; au nom de la chancellerie, le décret du consistoire qui la constate ; enfin un maître des cérémonies leur indique le jour et l'heure où le pape leur remettra la barrette. Les cardinaux étrangers reçoivent, en général, le jour même du consistoire, un garde-noble, qui leur porte la