LE CONSISTOIRE PUBLIC
calotte rou^e, et un prélat, dit ablégat, porteur de la barrette rouge.
C'est dans la salle du Trône, au milieu des cardinaux, que le pape remet aux nouvelles Éminences italiennes la barrette rouge, et les couvre de la mozette violette. Quant aux cardinaux appartenant à des États catholiques en relations avec le Saint-Siège, le chef de ces États leur impose la barrette : la cérémonie donne lieu à un échange de compliments entre le prince ou le président de République, d'une part, Tablégat et les cardinaux, d'autre part. Généralement lorsqu'une nation catholique entretient des relations avec le Saint-Siège, il appartient au chef du gouvernement de solliciter du pape, pour tel évéque, les honneurs de la pourpre ; et les nominations de cardinaux étrangers résultent parfois de longues négociations entre le pape et les ambassadeurs. Au lendemain de ces négociations, à l'heure même où le consistoire en ratifie le succès, le rôle de l'ablégat est facile; il n"a point à faire de diplomatie; il revient décoré par le chef d'État, et parfois enrichi par les cadeaux du cardinal.
Les nouvelles Éminences, pourvues de la calotte et de la barrette, attendent encore le chapeau : elles le reçoivent en consistoire public. Sous peine de déchéance, les cardinaux éloignés de Rome s'y doivent rendre, dans le délai d'un an, pour prendre le chapeau. C'est dans la salle Royale que cette cérémonie a lieu. Les ambassadeurs, l'aristocratie romaine, un certain nombre de speclateurs y sont conviés. Au fond se dresse le trône pontifical : une housse de soie violette, lamée d'or, le recouvre. 11 est comme encadré par la superbe tapisse-
rie des Lions : entre la Justice et la Charité, la Religion pose ses pieds sur le globe du monde; et deux lions accroupis soutiennent les étendards de l'Église, timbrés, sur fond rouge, dune tiare et de deux clefs en sautoir. A droite et à gauche du pape, jusqu'au milieu de la salle, deux banquettes sont alignées : les cardinaux précédemment créés y prennent place. Au début du consistoire, ils s'approchent du trùne et baisent la main du pape. « Accédant, qu'ils viennent », dit alors un maître des cérémonies. Cet appel s'adresse aux avocats consistoriaux et au secrétaire de la congrégation des Rites; ils s'avancent: et l'un des avocats lit une instance latine concernant une canonisation ou une béatification. En souvenir du temps où l'on traitait en consistoire toutes les affaires de l'Église, on remplit ainsi les vides de la cérémonie par la lecture d'une pièce relative au procès d'un saint. Après quelques minutes de lecture, le maître des cérémonies, sur un signe du pape, interrompt l'avocat consistorial : « Recédant, qu'ils s'éloignent » ; aussitôt, devant le trône papal, le vide se fait. Plusieurs cardinaux, créés dans les plus récents consistoires, se lèvent : ils vont chercher à la Sixtine leurs nouveaux collègues. Alors le maître des cérémonies prononce un nouvel Accédant; le secrétaire des Rites et les avocats consistoriaux réapparaissent, et la lecture se poursuit.
A la Sixtine, peu avant l'ouverture du consistoire, les nouveaux membres du Sacré Collège ont trouvé les trois doyens de l'ordre des évèques, des prêtres et des diacres, et le camerlingue : en leur présence, ils ont prêté les divers serments ordonnés par
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Jules II, Pie Y, Sixte-Quint, Grégoire XV. Ils ■seront fidèles au pape; ils l'aideront à « conserver, défendre ou reconquérir, contre tous, le Siège llomain et les biens de saint Pierre »; ils ne permettront ni ne souhaiteront Tinféodation ou l'aliénation (les villes et campagnes de l'État Romain. Les doyens d'ordres et le camerlingue ont quitté la Sixtine, laissant les nouveaux cardinaux en présence de Dieu et de leur serment. Sur la carte de l'Italie, les États de l'Église ont disparu; on parle, à la Sixtine, comme s'ils existaient. Les mots ont leur force, lors même qu'ils subissent le démenti des faits ; l'Église ainsi maintient à l'ordre du jour la question romaine, et réfute ceux qui la disent résolue; un anachronisme voulu, mûri, raisonné, est-il une erreur? Transportés dans le passé par la formule même de leurs serments, les nouveaux cardinaux sont ramenés, bientôt, à la réalité présente, par l'entrée des Éminences qui les doivent introduire dans la salle Royale.
Entourés chacun de deux collègues plus anciens, ils s'acheminent vers le pape. L'avocat consistorial et ses acolytes sont aussitôt congédiés. Chaque nouveau cardinal fait trois révérences, baise le pied de Sa Sainteté, puis sa main, reçoit du pape la double accolade, et dessine un large circuit, tout le long des sièges : en passant devant chacun de ses collègues une double accolade est échangée. Et les nouveaux membres du Sacré Collège prennent place à leur tour sur la série des sièges cardinalices. Un Accédant encore; le pape, après avoir entendu, pour la troisième fois, quelques lignes de la harangue, rapporte la connaissance du procès à
la congrégation des Rites; l'avocat consistorial se retire : on ne le reverra plus.
Les deux premiers cardinaux-diacres entourent le trône pontifical ; et leurs nouveaux collègues se présentent derechef. « Pour la gloire du Dieu toutpuissant et l'ornement du Siège Apostolique, recois le chapeau rouge, éminent insigne de la dignité cardinalice; il atteste que jusqu'à l'effusion de ton sang inclusivement, pour Texaltation delà foi sainte, pour la paix et le repos du peuple chrétien, pour Taccroissement et la conservation de l'Église romaine, tu dois te montrer intrépide ». Ainsi parle le pape, et sur la tête des nouveaux cardinaux il place une coiffure que lui passe le majordome. Elle est en drap rouge, doublée de soie rouge, avec glands et cordons rouges; les paroles du pape expliquent le symbolisme de celte couleur. Les bords en sont larges, la forme ronde, l'ensemble plat, presque sans fond. Jadis, à certaines cavalcades solennelles, les cardinaux arboraient, par-dessus le capuchon de leur chape, cet incommode et singulier couvre-chef; c'en est fait de cet usage. Le chapeau pontifical frôle la tète du cardinal pendant quelques secondes du consistoire ; il frôlera ses pieds sur le lit de parade où l'on exposera son corps; il ornera sa bière, et, suspendu à la voûte de FËglise, se balancera audessus de sa sépulture. C'est à la mort des Éminences que commence l'usure des chapeaux.
Lorsque les élus sont coiffés, le consistoire public s'achève. Le pape se lève, bénit le Sacré Collège; la croix papale, les Éminences, les prélats sortent avec lui. Un second consistoire secret, dans une salle voisine, commence en général immédiatement. « Nous