COMMENT SONT NOMMKS LES VICAIRES, ETC
COMMENT SONT NOMMES LES VICAIRES, ORDINAIRES ET PATRIARCUES SUJETS DE LA PROPAC.ANDE.
La Propagande nommo directement les préfets, les vicaires, qui ont un caractère épiscopal, et les évèques résidentiels, sujets de la Propagande, sont désignés avec plus de formalités. Fréquemment, les chefs des missions adressent des rapports sur l'état de leurs Églises ; des interrogatoires détaillés leur sont soumis, auxquels ils doivent une réponse précise; l'un de ces questionnaires a pour objet, en cas de vacance d'un siège épiscopal, « les qualités » du personnage qui pourrait y être promu. A l'aide de ces rapports, la Propagande procède aux nominations. Pour le vicariat apostolique elle désigne immédiatement un nom; elle prie l'Auditeur de Sa Sainteté, qui a la liste des évèchés titulaires vacants, d'indiquer un évèché titulaire pour lequel le nouveau vicaire sera proposé au pape. Pour les évéchés résidentiels qui sont de son ressort, elle désigne d'abord trois noms; les cardinaux delà congrégation, réunis ensuite en assemblée générale, élisent un nom parmi les trois. Pour les sièges des Étals-Unis et d'Irlande, la liste des trois noms, dite terna, est dressée, non f>ar la Propagande, mais par les curés et chanoines du diocèse, dont la décision, en même temps qu'elle est expédiée à Rome, est communiquée aux évêques <h' la province; ceux-ci, dans un rapport à la Propagande, apprécient la liste et peuvent même, en Amérique, en proposer une seconde. Dans cette tenta
d'origine indigène, la congrégation générale choisit; le secrétaire annonce au pape les élus de la Propagande, aussi bien pour les évèchés titulaires que pour les évèchés résidentiels. Les nominations, approuvées par le pape, sont transmises par bref; et le pape se contente, au consistoire, de « déclarer» qu'il les a faites d'après l'avis de la Propagande. En revanche, c'est en consistoire que les patriarches des chrétientés unies d'Orient sont confirmés. Désignés par les évêques de leur nation, ils adressent à Rome le procès-verbal des opérations électorales; si la Propagande les juge régulières, elle sollicite l'approbation du pape ; solennellement, en consistoire secret, il « propose » le patriarche; les cardinaux opinent oui, et la bulle de nomination prend la route d'Orient.
LA PAPAUTE ET L ORIENT. — CONGREGATION SPECIALE POUR LES AFFAIRES ORIENTALES.
A l'étendue des pouvoirs et des domaines de la Propagande, on peut mesurer le poids de son fardeau. Elle en est allégée par deux commissions adjointes, qui examinent les rapports des Ordinaires et des vicaires sur l'état de leurs Églises, et les constitutions des nouveaux instituts de missionnaires, et par une congrégation particulière pour les affaires de Rite oriental, que créa Pie IX en iSiS'l. Pour saisir la portée de cette dernière création, une brève notice est nécessaire.
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L'ensemble des règles liturf^iques pour Tadministration des sacrements et la célébration des offices : voilà ce qu'on appelle un rite. Les Orientaux, à l'autel, usent de leurs propres langues; les Occidentaux, du latin. Les Grecs se servent, pour les cérémonies eucharistiques, de pain fermenté; les Latins et les Arméniens, de pain azyme, c'est-à-dire sans levain. A l'élévation de la messe, les chrétiens d'Orient invoquent l'Esprit-Saint, et professent, d'ailleurs, que la répétition du texte sacré : « Ceci est mon corps, ceci est mon sang », est non seulement nécessaire, mais suffisante, pour renouveler le miracle eucharistique; dans la messe occidentale cette invocation, dite « épiclèse », n'existe pas. Ces dill'érences n'affectent point le dogme et n'attestent point, môme, des façons diverses de l'interpréter. Rome n'a jamais prohil)é la diversité des rites : au grec qu'elle employa d'abord, elle substitua le latin, vers le début du quatrième siècle, pour les chrétientés d'Occident ; saint Basile et probabhmient aussi saint Jean Chrysostome composèrent ensuite, pour les chrétientés d'Orient, les liturgies grecques qui portent leur nom; les liturgies syriaque et copte thébaine parurent sans doute au deuxième siècle, les liturgies arménienne et étiiiopienne vers le cinquième; au neuvième, saints Cyrille et Méthode, traduisant la messe grecque en slave, eurent l'approbation d'Adrien Il et de Jean VIII ; Léon IX, enfin, au onzième, prescrivit aux Grecs établis en Occident de conserver leurs rites. X celte attitude de Rome, il est remarquable d'opposer celh' de Photius et Cérulaire, qu'offusquait cliez les Latins une liturgie difl'érento de la leur.
Les chrétiens d'Orient, étrangers au rite latin, peuvent être classés en trois catégories: 1° les hérétiques, antique survivance des querelles sur Tlncarnation : Terreur de Nestorius fut adoptée au cinquième siècle par les Syriens Orientaux; celle d"Eutychès, vers la même époque, fît d'importantes conquêtes parmi les Syriens Occidentaux, qui s'intitulèrent Jacobites, les Coptes, les Âljyssins, les Arméniens; depuis treize siècles, ces chrétientés vivent isolées, et leurs membres à l'heure actuelle, fort ignorants en théologie, ont à peu près perdu toute notion des divergences qui les séparèrent jadis de l'Église; — 2° les schismatiques ou « frères séparés ». Ils forment la masse des chrétiens d'Orient. Au moment où l'unité se rompit, les dogmes étaient les mêmes. Depuis lors, ils se sont précisés et développés dans l'Église latine, assoupis et embaumés dans l'Église grecque ; aujourd'hui, de part et d'autre, ils sont à deux moments divers de leur croissance. Dans la foi des Orientaux le dogme romain est en germe. Les différences entre les deux Églises, plus importantes apparemment qu'au début du schisme, ne creusent pas un infranchissable fossé. Il serait comblé si les Grecs signaient un acte d'union au Saint-Siège ; on ne les réputé pas hérétiques; cette union n'implique donc aucune rétractation. La Grèce, la Roumanie, la Bulgarie, beaucoup de chrétientés de l'empire Ottoman, la Russie enfin, sont schismatiques ; — S'' les chrétiens unis au Saint-Siège.
L'Annuaire de la Propagande énumère douze rites de chrétiens unis. Le rite grec pur est suivi par quelques centaines de catholiques à Constantinople, Césarée de Cappadoce, Margara en Thrace ; la Pro-
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pagande respecte ces minuscules îlots, confiés au délégué de Conslantinople ; en outre, elle entretient deux séminaires, en Calabre et Sicile, pour l'instruction des catholiques de rite grec, que la conquête turque chassa jadis d'Albanie. Le rite grec bulgare, observé par trente mille catholiques en Macédoine et trois mille en Thrace, est remis à deux vicaires, à Salonique et Andrinople; c'est seulement depuis 1S()() qu'un certain nombre d'adeptes de ce rite sont revenus à l'unité catholique. Le rite copte compte, en Egypte, dix mille fidèles unis; ils furent confiés dès 1()27 à une mission de Franciscains, vicariat depuis 1815. Le rite éthiopien en compte vingt-cinq mille en Abyssinie ; un vicaire installé à Keren les dirige. Le rite syrien du Malabar, dans IHindoustan, est pratiqué par deux cent mille adhérents catholiques; naguère soumis, comme les catholiques latins, il l'archevêque de Goa et à l'évèque de Verapoly, ils dépendent depuis 1887 de deux vicaires. Les chrétientés, beaucoup plus importantes, qui pratiquent les sept autres liturgies, ont une hiérarchie constituée. Le rite grec roumain possède dans la Transylvanie, terre roumaine occupée par les Hongrois, plus d'un million d'adhérents unis au Saint-Siège; un archevêque et trois évêques en sont les pasteurs. DanslaGalicie, la Croatie et la Hongrie septentrionale, environ 3.400.000 catholiques, avec un archevêque et quatre évêques, suivent le rite grec ruthêne. Le rite grec melchite, dont la liturgie emprunte la languearabe et les cérémonies grecques, est observé par 109.000Syriens, tous catholiques; c'est depuis 1089 qu'un certain nombre de Melchites renouèrent avec Rome les antiques relations : ces Melchites ont un patriarche,
du titre d'Antioche, Alexandrie et Jérusalem, qui réside à Damas et régit neuf évèchés. En 1783. un petit groupe de chrétiens de Syrie et Mésopotamie, professant le rite syriaque pur, s'unit au Saint- Siège; au nombre de 22.000, ils ont un patriarche qui réside à Mardin, et neuf diocèses. Dès le début du dix-septième siècle, des observateurs du rite syrochaldaïque, dont la langue est le chaldéen, échangèrent le nestorianisme contre la communion romaine : en Mésopotamie, Perse et Kurdistan, ils sont environ quarante mille, répartis en onze diocèses, sous l'autorité du « patriarche de Babylone « qui réside à Mossoul. Le rite syro-maronite, dont la liturgie mêle le syrien à l'arabe, est observé en Syrie et à Chypre par 275.000 catholiques : il n'y a pas de maronites non-unis; le patriarche, du ti4;re d'Antioche, réside près de Beyrouth et commande à huit diocèses. Enfin le rite arménien, dont la langue est l'arménien, est professé à Constantinople et Alexandrie, dans l'Asie Mineure, la Mésopotamie et la Perse, dans la région de Lemberg en Hongrie, et dans celle d'Artuin en Russie, par 97.01J0 catholiques environ; c'est au dix-huitième siècle qu'un certain nombre d'Arméniens revinrent à la communion romaine; ils relevaient alors, en Asie du patriarche de Cilicie, en Europe du vicaire apostolique de rite latin; Pie VIII, en 1830, créa à Constantinople un archevêché arménien; Pie IX, en 1867, fondit avec cet archevêché le patriarcat de Cilicie, et transporta à Constantinople le siège de ce patriarcat. M^^ Âzarian, qui en est actuellement titulaire, occupe une êminente situation parmi les chrétientés d'Orient; il eut mission de porter à Rome, à l'occasion du jubilé épiscopal de
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Sa Sainteté, les compliments du sultan. Un diocèse hongrois, un diocèse russe, un diocèse égyptien, (juinze diocèses asiatiques sont sous sa juridiction.
A l'égard de ces rites, la doctrine de la papauté n'a Jamais changé. Elle leur reconnut, à toute époque, un droit à Texislence. Elle les protégea, même, contre lindiscrétion des missionnaires de rite latin, en prohil)ant le passage d'un rite oriental au rite latin : Nicolas V au quinzième siècle. Pie V au seizième, Urbain Vin et Clément IX au dix-septième, Benoît XIV au dix-huitième, énoncèrent formellement celte défense. Les l)ulles Demandalum, de 1743, et Allaliv suiit, de 1755, publiées par ce dernier pape, sont décisives; en voici la doctrine : « Lorsqu'un Grec ou tout autre Oriental non-uni désire revenir à l'unité catholique, il n'est jamais permis à un missionnaire de l'engager à quitter son propre rite. Il n'a jamais été et il n'est permis à personne de rien innover, (le rien introduire, qui diminue l'exacte et entière observance du rite grec ». Le rite, pour les chrétiens d'Orient, est à la fois un élément, un symbole et une garantie de leur nationalité; Rome exige qu'en se rattachant à l'Église internationale ils conservent leur façon nationale de prier Dieu. Et les instructions données par le Saint-Siège à la congrégation de la Propagande furent toujours conçues en ce sens.
Depuis trois siècles, cette congrégation consacrt' aux afl'aires Orientales une attention spéciale. Urbain VIII chargea deux commissions, prises dans la Propagande, de faire enquête « sur les questions litigieuses relatives aux Orientaux, super dii/nis Orioitdlium, et de discuter les corrections requises par le missel grec, appelé Euchologe. La seconde commis-
sion, du vivant d'Urbain VIII, tint quatre-vingt-deux séances; ses travaux, restés inachevés, furent repris sous Benoît XIY. Avec une conscience aduiirable, l'actif et savant pontife les surveilla; il exigeait que la commission se réunît fréquemment; le secrétaire, avant chaque séance, devait étudier les pages de TEuchologe qu'on allait examiner, et transmettre au pape, ainsi qu'aux commissaires, un abrégé des difficultés avec des indications précises, sur l'avis des commissions antérieures et sur l'opinion des théologiens autorisés. Ainsi travailla-t-on dix ans; en 1754, une édition de l'Euchologe sortait des presses de la Propagande. Jusqu'à Pie IX, la commission pour l'étude des livres orientaux fut maintenue. Pie IX, en janvier 1862, par la bulle Romani Pontifices, résolut de créer une congrégation de la Propagande pour les rites orientaux, de Propaganda fide pro negodis ritus Onentalis, « congrégation spéciale et stable, écrivaitil, qui s'occupera uniquement de corriger les livres orientaux et de traiter, dans l'ensemble et dans le détail, les multiples affaires des Orientaux ». Cette assemblée dépend du même préfet que la congrégation générale de la Propagande, et elle a pour membres quelques-uns des cardinaux de cette congrégation générale. Mais elle possède un secrétaire des consulteurs et des employés spéciaux. De même que les affaires de l'Orient étaient attribuées à une congrégation spéciale, de même, dans cette congrégation, les cardinaux étaient appelés à se partager la besogne. Pie IX ordonnait que chacun d'entre eux fût chargé des affaires d'une ou plusieurs nations orientales, et devînt dans la congrégation le cardinal rapporteur de ces affaires; par là, les diverses chrétientés unies
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étaient pourvues d'avocats compétents. Par surcroit, il tira de cette congrégation nouvelle une commission pour la révision et la correction des livres de TÉgliso orientale : un cardinal « ponent », nommé par le pape, y devait présider. La publication de tous les livres liturgiques de l'Église grecque, commencée en 1872 et achevée eu onze années, attesta l'activité de cette commission, que guidait la docte expérience du cardinal Pitra.
Les résultats obtenus sont demeurés fort inférieurs aux efforts prodigués. L'Orient conservait une grande défiance à l'égard de la Propagande; il considérait comme des agents de conquête, menaçants pour ses propres rites, les missionnaires latins qu elle envoyait. Lorsque Pie IX, par les bulles Reversurus, du l'I juillet 1807, et Ciim ecclesiaslica disciplina, du 31 août 1800, modifia les règles électorales du patriarcat d'Arménie et du patriarcat de Chaldée, confia le choix du patriarche aux seuls évoques et le soumit à la coniirmation du Saint-Siège, l'Orient s'émut, et les imprudentes espérances de certains Occidentaux, qui rêvaient l'unification des rites comme couronnement de la centralisation Romaine, semblaient justifier ces anxiétés. En vain Pie IX, en 1870, par sa lettre à M»' Pluym et son bref aux Arméniens, s'efforça-t-il de rassurer les frères d'Orient : dans certaines chrétientés unies, des défections se produisirent, dont Léon Xlll, au début de son pontificat, recueillit la soumission.
11 ne suffit pas à Léon XIII de rappeler formellement, dans l'encyclique par laquelle il étendit à lÉglise entière la fête des saints Cyrille et Méthode, et dans les lettres apostoliques par lesquelles il réforma
Tordre basilien de Galicie, rattachement du Saint-Siège à rintégrité desritesorientaux. En envoyant un légat, en 1893, au Congrès eucharistique de Jérusalem, le Saint-Siège a voulu se rapprocher des Orientaux. Il ne connaissait, naguère, les besoins et les souffrances des chrétientés unies, que par les rapports de la Propagande; il les connaît aujourd'hui, d'une façon plus complète et plus intime, par les rapports du cardinal Langénieux. A cœur ouvert, les clergés unis d'Orient ont pu s'entretenir avec le légat, qui, loin de traiter ombrageusement ses interlocuteurs, provoquait au contraire leurs confidences. Dans les relations du Saint-Siège avec l'Orient, le Congrès de Jérusalem inaugure une phase nouvelle : entre les chrétientés unies et le pape, il a renoué les liens d'une confiance réciproque ; et c'était précisément l'absence de ces liens qui rendait inféconde l'action de la Propagande en Orient. Deux politiques étaient en présence. L'une, implicitement professée et volontiers appliquée, malgré la doctrine contraire des papes, par certains missionnaires de rite latin, pouvait s'énoncer ainsi : « Pour convertir les Orientaux, il faut leur imposer le rite latin, il faut qu'ils cessent d'être Orientaux, bref, les supprimer ». L'autre politique, résultant logiquement de la tradition romaine, conseillait d'écouter les chrétientés unies, de les traiter avec une affection et une déférence assidues, de les honorer sous les regards des schismatiques, de les rendre assez fortes pour qu'elles devinssent, chacune en leur nation, des centres de propagande, et de préparer, ainsi, la conversion des Orientaux par les Occidentaux. C'est dans cette seconde voie que le Saint-Siège s'engage.