LES COLLÈGES DK LA PROPAGANDE
lerai-je, lors môme qu'avec la permission du Saint- Siège, je serais entré dans un ordre religieux ou dans une congrégation de réguliers et y aurais fait profession ». Depuis Alexandre VII, en 1660, tous les élèves du collège Ur])ain prêtent ce serment. Institutrice de leur jeunesse, la Propagande demeure la gouvernante de leur vie : ils ne peuvent rien contre ses ordres, ne veulent rien sans son consentement, ne doivent ni l'oublier ni se laisser oublier. Urbain VIII définit ainsi leur devoir : « s'exposer à la mort et au martyre, si besoin est, pour la défense, les progrès, la diffusion et la propagation de la foi, et cela jusqu'à la fin des siècles, jusqu'à ce que le nombre des élus soit complet et qu'il n'y ait plus qu'un seul pasteur et un seul bercail ». Parfaire le nombre des croyants jusqu'à ce qu'il atteigne celui des vivants : voilà le but du collège Urbain. Verser leur sang pour cette œuvre : voilà l'ambition proposée à ses élèves ; la ceinture, la bordure et les boutons rouges qui tranchent sur leur noire soutane, apparaissent aux jeunes Propagandistes comme une annonce, parfois vérifiée, de cette sanglante destinée.
A Rome et hors de Rome, un certain nombre de séminaires et collèges, à cùté du collège Urbain, préparent des missionnaires pour le service de la Propagande. On les doit classer en deux catégories : dans les uns, les clercs, issus de nations infidèles ou hérétiques, se préparent à évangéliser leurs compatriotes ; dans les autres, les clercs, issus le plus souvent de nations catholiques, se préparent à prêcher l'Évangile à des peuplades qui leur sont étrangères aussi bien par la race que par la langue.
Parmi ce dernier groupe, l'établissement le plus
considérable est le séminaire des Missions étrangères de Paris: depuis 1663, il a fourni près de quatrevingts noms au martyrologe; il comptait, en 1892, lieux cent soixante-quatre élèves, et neuf cent dixsept anciens élèves répandus dans l'Asie orientale et méridionale. Le séminaire des Missions africaines de Lyon, le séminaire des Missions étrangères de Milan, le séminaire romain de Saint-Pierre et Saint- Paul, le séminaire de Vérone pour les missions parmi les nègres, le collège Brignole-Sale de Gènes, le séminaire de Saint-Joseph du Sacré-Cœur à Mill-Hill, le séminaire hollandais de Styl, le collège américain de Louvain, le collège anglais de Bruges et la congrégation du Cœur Immaculé de Marie, de Scheut-lès- Bruxelles, datent du pontificat de Pie IX. A l'origine de toutes ces institutions, vous rencontrez Finitiative privée ; ce n'est pas Rome qui les a fait surgir, elles ont surgi pour se donner à Rome.
Je passe aux collèges qui instruisent pour divers pays des prédicateurs indigènes. Plusieurs ont une origine officielle : un pape est leur créateur. C'est le cas du collège anglais, qu'établit à Rome Grégoire XIII en 1579; les élèves, anglais d'origine, propagent la foi romaine en Angleterre. A Valladolid depuis 1592, à Lisbonne depuis 1662, deux autres collèges anglais ont une clientèle et un ])ut analogues. L'Ecosse a son collège à Rome, fondé par Clément VIII en 1600, et un second à Valladolid, depuis 1627. Le collège irlandais de Rome fut fondé, au début du pontificat d'Urbain VIII, par le cardinal Ludovisi ; à Paris, dès le seizième siècle, existait un pareil séminaire, encore très prospère ; les Franciscains, en 1625, créèrent à Rome, sous le vocable de Saint-