LES COLLEGES DE LA PROPAGANDE
Isidore, un second collège pour l'Irlande; et les Auguslinsen installèrent un troisième en 1739. En 1892, cent quarante et un Irlandais (dont quatre-vingt-trois à Paris), trente-neuf Écossais, quatre-vingt-quinze Anglais, se recueillaient dans ces différents asiles, avant de porter la foi romaine en Grande-Bretagne. Pie IX, en 1859, établit à Rome un collège pour les États-Unis, et Léon XIII, en 1888, un collège pour le Canada; ils comptaient, en [H\)-I, le premier soixantecinq clercs, le second vingt et un. Le collège albanais, fondé à Scutari en 1858, donne des prêtres à l'Albanie, où les séminaires font défaut. Au dix-huitième siècle, Mathieu Ripa fondait à Naples le collège de la Sainte- Famille, pour l'éducation de jeunes Chinois et de jeunes Indiens, futurs apôtres de leurs pays ; dépossédé par le gouvernement italien, ce collège a été rétabli aux frais de la Propagande; en 1892, huit Chinois en étaient élèves. Plus important est le collège qu'entretient dans TExtréme Orient, depuis IGGG, le séminaire des Missions étrangères de Paris, et qui depuis 1807 est installé à Poulo-Penang : il reçoit des Chinois, des Indo-Chinois, des Birmans, et les renvoie instruits et consacrés dans leurs patries; il abritait, en 1892, quatre-vingt-dix élèves. Enfin dans plusieurs vicariats de la Chine, existent des grands séminaires, où l'élite des catholiques chinois est élevée pour la prêtrise.
La multiplication des ap<Hrcs indigènes, instruits soit à l'étranger, soit dans leurs propres nations, et -^e consacrant exclusivement à la conversion de leurs 'Ompalriotes : c'était là, au seizième siècle, le souhait le plus ardent de saint François Xavier, et Léon XIII, au dix-neuvième, le répète impérieuse-
ment. Il écrivait en 1893, dans sa lettre aux Indiens : « Le zèle des hommes apostoliques venus d'Europe rencontre beaucoup d'obstacles, dont les plus grands sont l'ignorance de la langue du pays, bien difficile à apprendre, la nouveauté des mœurs et des habitudes auxquelles on ne se fait pas toujours, même après de longues années; aussi le clergé européen reste-t-il considéré, dans l'Inde, absolument comme étranger. De même, à cause de la moins grande confiance des indigènes envers les étrangers, il est évident que des prêtres du pays produiront des fruits de salut beaucoup plus abondants ». Et Léon XIII rappelait qu'en Chine, aux époques de persécution, les vicariats gérés par les prêtres chinois survécurent intacts; en Ethiopie, au contraire, où toutes les missions étaient composées d'étrangers, elles furent balayées, et du coup deux cent mille chrétiens furent perdus. Encore que les séminaires du premier groupe, installant dans les régions lointaines des prédicateurs exotiques, rendent de précieux services, les collèges du second groupe, empruntant des indigènes et restituant des missionnaires aux peuples mêmes qu'il s'agit d'amener à l'Église, sont d'une plus grande efficacité ; on ne peut les installer d'ailleurs que pour la conversion des pays où l'Église romaine occupe déjà quelques positions ; ailleurs ils ne pourraient se recruter.
Naturellement, pour former le clergé destiné aux chrétientés unies de l'Orient, c'est à ce second type de séminaires que le Saint-Siège recourt; il suffirait de ce fait, pour attester sa sincère bienveillance à l'égard des rites orientaux. Grégoire XIII, dès la fin du seizième siècle, établit à Rome un collège pour les
L'ECONOMIE DE LA l'UOPAGANDE. 141
Grecs et les Maronites et projetait d'en créer un pour les Arméniens; ils devaient être élevés dans leurs rites respectifs et rendus ensuite à leur patrie. Ce collège, après diverses vicissitudes, devint, sous Grégoire XVI, le collège grec-ruthène. Par un bref du l" mars 188 i, Léon XIII a créé à Rome un collège pour les clercs arméniens; le rétablissement d'un collège pour les Maronites a été décidé en 1891. Si convaincu qu'il soit de légale excellence des divers rites, le prêtre latin chargé d'instruire les Orientaux considère instinctivement sa propre liturgie comme la meilleure : de là des susceptibilités contraires aux intentions du Saint-Siège et aux intérêts de l'Église. C'est par des clergés indigènes que le Vatican, de plus en plus, fortifiera sa prise sur Tunivers: lorsqu'il voulait faire du collège Urbain de la Propagande une pépinière pour ces divers clergés, le pape Urbain VIII devinait les nécessités de l'avenir.